DÉSAGRÉMENS
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Montagnes, glaciers, sites magnifiques , lacs azurés, riche végétation, neiges éternelles, tout cela est sublime, tout cela se trouve en Suisse, tout cela mérite d*ètre vu, sans doute ; mais , pour apprécier ces spectacles pittoresques de la nature , il &ut une organisation capable de les sentir, et je conseillerai d*abord à celui qui n*a pas un véritable penchant pour ces genres de beautés de ne point se mettre en route pour les voir , attendu qu'il éprouverait à leur aspect un désappointement réel , qu'il regretterait son argent , sentirait sa fatigue , et maudirait plus
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les tnconfétàeaâ de son voyage qo'il n'admirerait les pays parcoorns. Les album oinrerts aux Topgeurs^ et dans lesquels ils con^gnent les impressions qu'ils prouvent dans divers endroits remarquables, attestent la vérité de mon assertion à cet égard ; on voit là combien il en est qui essuient de cruels mécomptes dans ridée qu'ils s'étaient fidte des curiosités de no* trepatrie.
Pour ceux-li mêmes qui chérissent la nature , il est des inconvéniens dont eDe peut Uen les dédom* raager, mais qui n'en existent pas moins* La Suisse, comme chacun le sait, est un pays montagneux par excellence , surtout dans celles de ses parties qui sont les plus visitées par les voyageurs. U s'ensuit de cette conformation du sol que ceux qui le sillon* n^ sont constamment appelés à monter et à descendre, ce qui peut déjà offrir quelques inconvéniens non-seulement aux obèses , aux asthmatiques, mais encore à ceux qui n'aiment point à £dre une dépense continuelle des forces de leurs jarrets; sans doute il est loisiUe à chacun de prendre un mulet, mais alors vous voilà angoissé ; car , bien que son pied soit plus sûr que le vôtre, il est difficile d'être bien pénétré de cette vérité quand vous gravisses des rocs étroits , et que du haut de votre monture vous voyez à votre gauche ou à votre droite un pré^ dpicede i5oo pieds, plus ou moins; le sentiment qui vous anime alors ne peut guère s'allier avec une admiration bien sentie des points de vue qui vous sont offerts ; vous ne regardez plus que les pieds de votre mulet; ses glissades absorbent votre attention,
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te plabir de viMre pèlerinage deTiéQt tout quand, plas tard» (à votre retour par exemple,) voos ▼antez TadmiraUe chemin que voua avez &it là, il n*en est pas moina certain que ai , dans ce moment même, la nature s y montrait superbe, vous y siez , vous , une assez piètre figure.
Il est pénible de le dire , mais nos cantons catholiques seront bientôt le pays classique de la men*^ dicilé : tandis que les plus ingénus des enfeins y tendent bonnement la main , les moins hardis y men-* dient sous toutes les formes ; tantôt en vous offrant pour deux bats un caillou brillanté, tantôt en vous présentant une fleur de haie ou un bouquet de vio* lettes , tantôt en glapissant à vos oreilles des chants tyroliens qu'on est heureux de &ire cesser au prix de qudqae monnaie, tantôt en vous persécutant pour vous conduire à une cascade qu'on voit à la dis^ tance de deux lieues au moins; tantôt, enfin, en vous taisant les honneurs de la grande route, au moyen de barrières qu'ils ferment lorsqu'ils vous voient venir pour se donner le mérite de vous les ouvrir en sollicitant un péage ; tout cela ma causé plus d'humeur que cela ne m'a coûté d'argent ; car l'avoue que je fîis exaspéré quand , en hce du Grin-^ delwald, un homme eut l'insolence de me demander Z0pei batxen pour un morceau de glace qu'il venait de relever à mes pieds.
n est rare qu'un tçilips propice fiarvorise toujours vos plus intéressantes excursions : les brouillards , enfans dès hautes montagnes , vous jouent souvent de bien vilains tours. Cette magnifique Jungfirau ,
catte Titrfe alpestre dont oui a*a ioulé la âme , in*a vu paaser à ses pie4s 8aD# daigaer découvrir son firoot; c'était pousser la pudeur plus loin que nos {dus raides collets montés. J'ai traversé la Gemmi , entouré de nuages , avec une pluie battante ; sur ie lUghi , le soleil s'est levé pour moi la tâte entourée d'un bonnyet de coton ; deux orages m'ont assailli sur le lac des Quatre«<]antons ; en vérité il est triste que la nature ne £aisse aucun rabais sur les frais de route quand on voit aussi mal ses magnifiques spectacles qu'on vient admirer de si loin» Mais hélas ! ce n'est point à la bonne nature qu'on a affaire en pareil cas^ c'est avec les aubergistes et les voituriers, ce qui est bien différent : aussi, le plus grand griei que je porte et nourrisse dans mon sein, est contre les gens qui m'ont porté et nourri dans ma tournée en Suisse ; et je m'étonne peu si les hôtels y ont pour enseignes des fauconst des aigles^ des ours^ tous animaux carnassiers, dévorant leur proie à belles dents; je suis surpris même qu'on ne leur ait pas joint Vi^ivier, le vautour, le requin et autres bétes ejusdem farinœ^ de la gueule ou du repaire desquelles nul être vivant ne ressort que déchiré et en lambeaux. £n vérité, si nos moixts sont élevés, les prix de nos hôtels ne le sont pas moins ; en ce sens il règne entre eiix une harmonie qui tourne tout au profit des aubergistes , non qu'il n'y ait parmi eux d'honorable exceptions , mais il £iut en convenir , la généralité de ces messieurs écorche cruellement l'inexpérience <W^ide des nationaux et la mwgue pécuniaire des
Rien de plus impertinent que le coup d'œil lancé par le premier sommelier d'un hôtel renommé sur le voyageur qui vient y loger ; de ce coup d'oeil dépen* dent Taccueil qui vous est Êôt , Tëtage où Ton vous place , la chambre qu'on vous donne , et les égards qu'on a pour vous. Si votre équipage est mesquin , votre air modeste, votre vêtement simple , on vous adresse à peu près les paroles adressées jadis à un infortuné monarque français : Fib de saint Louis ^ montez aux cieux! et Ton vous installe sous les tuiles pour y subir le supplice d'étouffer de chaleur. En vain vous réclameriez les chambres vides du rez de chaussée ou du premier étage ; Monsieur^ elles sont retenues par des familles anglaises qu'on attend. Cette excuse banale est stéréotypée sur la langue de tous ceux qui vous relèguent dans les nues. O mœurs simples et hospitalières de la vieille Suisse , si tous fâtes jamais dans les vingt-deux cantons , ce n'est certes plus dans les hôtels garnis qu'il Êiut vous chercher encore !
A peine installé dans la maison, voilà que ses employés se divisent -entre eux le service que vous réclamez , pour que tous puissent, à votre sortie, solliciter un trinkgeld avec quelque apparence de justice; et ces trinkgeld divers, ajoutés aux totaux des mémoires, complètent la large saignée que votre bourse subit.
Voulez-vous manger à table d'hôte, les étemels trois francs d'écot vous y suivent , et vous forcent à une nourriture trop abondante , qui contraste avec votre régime habituel, et peut déranger votre santé;
UQmwis. tôt
▼oules^vous manger dans votre chambre , ce n^est qu*à grand' peine que tous pouvez obtenir moins de plats pour le même prix , attendu la peine qu'on prend pour vous les porter. Le taux de votre chambre, par jour, représente un loyer annuel de mille i douze cents firancs ; de sorte que si Fâge d*orrègne encore dans nos contrées, c'est pour ceux qui hébergent les gens, et non pour ceux qui y sont hâbei^és# Désirez-vous voir les curiosités d'une ville, il fiiut payer (|ui vous y conduit , payer qui voâs reçoit o& dles se trouvent , payer qui vous les montre , ^ t ^ la fin de tous ces pdemens , ce que vous voyez de plus sftr et de moins gai , c'est le fond de votre bourse.
On vous vend sur les hautes sommités des ustensiles en bois trois fois plus cher que dans la plaine, plus, votre iatigue et votre sueur dépensées pour les aller chercher
Enfin, iaites-vous blanchir votre linge, vous soldez votre note à des prix doubles au moins de ce que vous êtes habitué à débourser chez vous ; en revanche et en manière de compensation , vous vous noircissez la peau à fort bon compte ; la réverbération des rochers, celle des lacs, et vos continuelles prcnnenades au soleil vous coffrent le teint à tel point que, de retour dans vos foyers , vous faites peur aux petits en- £ains, et pouvez à la rigueur passer pour un mulâtre.
Si bien que , durant votre voyage , vous aurez admnré la nature à coup sûr plus qu'on ne vous ad*> mirera vous-même à votre retour*