‹ Œuvres choisiesChapitre 44 sur 84 · L'ESPRIT DE COTERIE · texte numérisé non relu

L'ESPRIT DE COTERIE

£q>rit étroit, mesquin, exdonf, répulsif; il isole des sociétés d*individus au sein des masses cœnme Ton parque des moutons dans un pré; il nuit aux rapports qui devraient exister entre les fils d une même patrie ; il rend suffisant , orgueilleux envers les concitoyens, glacé envers les étrangers ; enfin il noua remplit de préjugés injustes pour tout ce qui n'est pas nous ou les nâtres^ C'est là une des plaies dt Genève, plaie ancienne et presque incurable de notre caractère national.

n s'est présenté pourtant une bien belle occasion pour la guérir, alors qu'en 1 8i3, échappés au joug impérial, nous fûmes rendus en même temps à notre nationalité et au gouvernement représentatif; sous •le régime français on conçoit qu'il pût y avoir quelque patriotisme à ne pas vouloir noyer notre individualité comme peuple dans le grand état qui nous avait absorbés ; on conçoit que quelques sociétés particulières aient voulu conserver intacts nos mœurs, nos habitudes, notre type genevois, et que pour cela elles se soient isolées de cette foule de dominateurs étrangers qui abondaient dans nos murs ; de là cette froide réserve dont l'habitude , une fois contractée, pouvait sans doute être sujette à l'exagération, mais dont on pouvait concevoir le motif. Aujourd'hui que les mêmes raisons n'existent plus, nous sommes restés à peu près les mêmes; en vain le système de gouvernement adopté réunit-il dans le conseil re-

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présentatif les diverses classes des citoyens , en vain se rencontrent-elles encore au sein de nombreuses assemblées administratives ; en vain des institutions particulières accessibles à tous tendent-elles à lier entre eux les enfans d'une même ville ; toujours le misérable esprit de coterie vient jeter son influence dans nos relations et bannir Tintimité et l'abandon du milieu de nous.

Je n'hésite point à le dire, ce sont les femmes qui ont le plus contribué à perpétuer à Genève Tesprit de coterie ; une femme assigne à son mari la place qu'il doit avoir dans le monde et ne lui permet guère d'en sortir ; aussi, si je devais tracer une figure allégorique de ce que nous nommons V aristocratie chez nous , je la représenterais avec une face minaudièr^, coiffée en cheveux, vêtue d'une robe élégante et portant dessous des culottes et des bas de soie noire, parce que les honunes cachent mieux que leurs épouses leurs penchans aux prétentions de supériorité et aux séparations des castes; on voit des citoyens nés aux deux extrêmes de la hiérarchie sociale conserver entre eux toute leur vie le ton et la &miliarité contractés dans l'enfance ; il est des amis de collège qui se serrent cordialement la main et se tutoient alors qu'ils se rencontrent , mais je ne sache pas que ce Êdt si commun entre hommes airive jamais parmi les femmes.

Et sur quoi se basent après tout les barrières élevées entre nos diverses coteries? Est-ce sur le mérite, l'intelligence, l'éducation, la conformité des caractères? hélas! point du tout. L'ancienneté des

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noms , certaines habitudes ou manières plus élégantes, quelques mille francs de rente de plus, une mise plus recherchée, une rue élevée topographiquement , voilà les misérables matériaux avec lesquels se construisent les murs qui nous séparent, murs qui devaient tomber, disait-on, comme ceux de Jéricho au son de la trompette , alors que le Casino réunirait nos dames pour y faire de Tharmonie, mais que ces réunions ont plutôt cimentés que détruits.

Ces murs même ne croulent point devant les écus d'un négociant subitement enrichi, et ne peuvent être battus en brèche par la catapulte dorée d'un gros collier de la bourse; il £aiut à Yâne de Philippe, chargé d'espèces, beaucoup de ténacité, de circuits, de £aitigue, de patience, pour arriver dans la forteresse de la coterie placée au dessus de lui. Ainsi qu'un vaisseau venu du Levant , il convient que le parvenu fasse une quarantaine , non de jours, mais d'années, avant d'entrer dans cette citadelle qu'il assiège , et que sa famille et lui se soient dépouillés peu à peu de la couche épaisse de roture qui les souille , comme le navire dans le lazaret se purge de miasmes pestilentiels.

Et ces remarques, c'est l'étranger surtout qui les fait à son débotter dans notre ville ; car il ne s'est pas, ainsi que nous-mêmes, accoutumé au bizarre mode de vivre qui nous régit à cet égard , et qui le choque de suite. Recommandé aux membres de diverses coteries, il ne peut que difficilement les réunir durant son séjour passager, et, s'il y parvient,

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c*est un frèle anneau qui se brise aussitôt qu'il a quitté nos murs.

Cependant, il &ut Tavouer, le sentiment que certaines classes ont de leur infériorité contribue à en* fier la vanité et Torgueil de celles qui s'imaginent alors d'autant mieux leur être supérieures.

n est des gens qui se pensent h<morés d'un salut, d'un serrement de main, d'un compliment banal, faits par ceux qu'ils estiment être placés plus haut qu'eux-mêmes sur l'échelle de la considération ; ik se pavanent de ces niaiseries comme de flatteuses distinctions, ils les recherchent, et cette petitesse dégoûtante accroît sans cesse l'insolence de ceux qui voient leurs moindres procédés appréciés d'une fàçon aussi basse et aussi exagérée. Puis il est d'autres personnes qui tombent dans l'extrême contraire; elles, ont une forte répulsion pour les gens que leur grande richesse, un emploi distingué semblent placer au dessus d'elles ; elles se refusent à tout rappro^ chement qui ferait contraster leur situation avec ut)t autre plus brillante à l'œil , elles reçoivent mal lés prévenances qu'on leur fait en pareille occasion , et ces deux travers réunis renforcent encore parmi nous le pitoyable esprit de coterie, esprit que l'on retrouve dans les lettres et les arts, d'où il devrait surtout être banni.

Toutes les avenues du temple de la renommée sont ici sous la garde des coteries ; elles n'y bissent passer qu'elles et leurs amis. H est vraiment risible de voir ces réputations de salon qui croissent arrosées du thé de certaines soirées, qui ont pour engrais

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la meringue indigène, et qui se fanent sons des deux étrangers, pareilles à ces fleurs délicates qu'on ne peut transplanter sans les Êdre périr, parce qu'elles demandent pour prospérer Tair et le sol de leur patrie. Les célébrités écloses dans ces comités prôneurs sont portées péniblement à dos d'honune, et tombent avec la génération d'épaules qui les soutenait.

Encore si ces coteries , espèce de compagnies d'assurânce mutuelle, se contentaient d'attribuer à leurs membres le mérite qu'ils n'ont pas ou d'exagérer celui qu'ils ont! mais elles empêchent souvent l'essor de celui qui a réellement du talent, s'il a négligé leur appui, &it fi de leur protection ou encouru leur ressentiment; souvent elles écrasent un jeune homme plein d'espérances avec plus de facilité qu'el-les n'élèvent de pitoyables médiocrités ; découragent le génie naissant pour lancer aux nues le petit pédant qui ne leur porte aucun ombrage, et avec lequel elles fraternisent d'autant mieux.

Écoutez -les applaudir toutes ensemble ceux qu'elles ont placés sous leur protection ! Voyez-les soufflant des bulles d'air qui s'enflent et qui deviennent des ballons ! Regardez ces Lapons glacés, qu'elles ont guindés sur des échasses, et dont elles ont £aât des Patagons ! Que de célébrités, à les en croire, foisonnent au milieu de nous! que d'orateurs profonds! quelle myi^ade d'hommes distingués! En vérité, le génie court les rues, et l'on ne voit que gens illustres dans notre cité.

A Dieu ne plaise pourtant que je n'applaudisse

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pas à la renommée earopéemie acquise par plusieurs vrais savans de notre ville! je m'en félicite et j'en jouis comme leur compatriote. Aussi je les distingue de ces pédans pleins de sufiBsance qu'on a &its leurs égaux, quand ils ne sont que leurs minces disciples, en dépit de la grêle d'épithètes superbes qui pleuvent sur la téte de ces Benjamin de nos bureaux d'esprit.

Malheur donc au jeune homme qui débute danà la carrière des lettres ou des arts, s'il ne compte pour réussir que sur son talent, si son caractère indépendant ou sa position sociale l'empêchent d'avoir recours à la protection toute puissante de ces coteries formidables et aux petites intrigues nécessaires pour l'obtenir! il lui Êiudra conquérir sans elles l'opinion publique, et quel travail! Trop heureux alors s'il parvient par ses efforts constans et son mérite à gagner un point d'appui à l'étranger et à échapper par ce moyen aux influences locales! Nos deux sculpteurs si distingués, Pradier et Chaponnière, entre autres, pourraient parler savanunent de l'aide qu'ils ont trouvée dans leur patrie. Le dernier a vu nos Mécènes éclairés jeter hors du Musée, comme embarrussant, son groupe de Daphnis et Chloé, qui fit plus tard l'admiration des artistes parisiens.

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DU SÂLUT.

Dans un siècle où les séparatistes abondent, oà Ton trouve des assemblées religieuses tantôt dans un grenier, tantôt dans un hôtel garni, tantôt dans une chambre borgne ; dans un siècle où les dogmes ks plus ridicules, soutenus par des hommes &natiques on orgueilleux, trouvent des partisans, vous seriez peu surpris, sans doute, de m'^entendre prêcher, comme tant d autres, sur le salut.

Rassurez-vous pourtant, c'est une &ntaisie qui ne me prendra jamais, je Fespère, et ce n'est pas du moyen de £iire notre salut, mais de notre manière de saluer que je dérire vous entretenir pour le moment.

n faut convenir que Fusage Ait bien injuste envers le sexe masculin en étaUissant parmi nous Fohligation du salut ; il voulut qu'une légère inclination suffit aux dames en pareil cas, tandis qu'il enjoignit aux hommes de se découvrir entièrement la tète , et d'ôter une partie de leur vêtement , qui par cela même ne put être fixée solidement. Que d'inconvé* niens n'est-il pas résulté de ce mode de vivre ! Voyez plutôt les jours de gros vent: combien de chapeaux volent dans la rue et s'éloignent en pirouettant du chef qu'ils abritaient ! que de gens qui galopent après la casquette infidèle qui s'est abandonnée au souffle de l'aquilon! quelles tournures grotesques n'ont pas ces individus, alors que le crâne découvert, les cheveux en désordre, la figure angoissée,

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ils croient mettre la main sur la coiffure qu'un tour* billon vient soustraire à leurs désirs, et rouler devant eux dans la voie publique ! heureux encore quand, portée dans une mare ou un lac voisin , elle ne fait pas voile pour la rive opposée !

Mais sans mettre la chose au pis, sans calculer les chances fâcheuses auxquelles un orage expose notre chapeau, que d'ennuis Tusage de saluer ne comporte-t-il point encore pour nous autres hommes ! Fait-il froid, marches^vous dans la rue enveloppé dans votre manteau et les mains cachées chaudement sous un drap protecteur, voilà qu'à chaque personne de connaissance que vous rencontrez, il « fiiut détruire l'économie de votre arrangement ; une

politesse tyrannkiue vous force à une manœuvre glacée que vous exécutez de la plus mauvaise grâce du monde ; si bien que l'aspect éloigné d'une figure connue vous cause un certain effroi « et que vous finissez par redouter la rencontre d'un parent ou d'un ami à peu près autant que celle d'un créancier. Mais qu'est-ce, grand Dieu! lorsqu'entouré ainsi de l'étoffe moelleuse de Louviers ou de Sédan , vous vous trouvez en £aice d'une dame de votre société, qui vous £atit passer de l'état bienheureux de momie chaudement emmaillottée à celui d'un navire désemparé dont les voiles flottent au gré des vents ; quand, par un fi^oid de dix degrés, et chapeau bas devant elle, vous vous trouvez sur le seuil d'une allée de traverse, exposé aux vents coulis, contraint à débiter de jolies choses en souriant , et sentant que cette

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homieide ciTiltté fint planer sur tous catarrhe , rhume de cerveau et refroidissement!

Puis, si vous portez un paquet d'une main et votre canne de Tautre, que Êdre? un misérable salut avorté, étriqué, disgracieux, qui excite le sourire de la personne à laquelle vous présentez si comi- , quement la gaucherie de votre civilité et Tembarras de vos prévenances.

D'ailleurs si Ton consent à être chauve aux yeux de ses proches, de ses amis, de ceux en un mot avec qui Ion est appelé à vivre, est*il fort agréable de rétre encore pour tout le public? Faut-il que les passans soient initiés aux vicissitudes de votre chef, au dénuement de votre crâne , qu'on sache dans tout le pays que vous manquez de cheveux? £n con** science , quand il est loisible à un sexe de tout &ire pour voiler ses dé&uts physiques, est -il juste que^ l'autre soit forcé de les étaler sur la grande route?

Avez-vous arrangé galamment votre chevelure, avez-vous construit un édifice capillaire sur lequel vous comptez pour produire de l'effet dans une assemblée, eh bien, voilà qu'en vous y rendant, la rencontre de quelques amis vous force d'abandonner au zéphyr l'espoir fragile de votre toilette et que vous perdez les chances de vos succès par suite des coups de chapeau que vous prodiguez.

Mais je n'aime pas cet usage pour une raison bien plus sérieuse ; c'est que l'orgueil , l'impertinence , la bassesse, et les plus tristes petitesses humaines trouvent un interprète dans cette malheureuse coutume. Qui n'a subi les saluts protecteurs de l'insolence

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titrée, cemx d'un Créans imbédUe, d'un pédant renforcé? Qui n'a vu, de même, les saints dégoûtans de la flatterie, de ces êtres vils qui se courbent comme des arcs devant ceux dont ils cherchent à capter la £iTeur , et qui semblent jeter leur chapeau avec leur dignité d'homme aux pieds de l'idole qu'ils encensent !

J'arrive maintenant à des saluts pittoresques et moins dégradans pour l'espèce humaine» Je les distinguerai en plusieurs classes, dont voici les plus saillantes :

Le salut manqué est celui qu'on tiit quand la personne reconnue trop tard à qui il est destiné est déjà derrière vous, et que la crainte de passer pour impoli à ses yeux vous &it faire une révérence troublée qu'elle ne voit pas.

✓ , Le salut perdu. Celui-ci appartient à la plus nombreuse classe; les gens distraits, préoccupés, ceux qui ne veulent pas voir ou qui ne voient pas, toutes ces personnes -là vous mettent en frais de saluts qu'elles ne vous remboursent nullement; et vous vous trouvez tout mal à l'aise de vos avances perdues, réfléchissant aux divers moti& qpi ont pu &ire laisser sans réponse la courtoisie de votre feutre.

Le salut angoissé. On le &it d'une manière indécise, lorsqu'on croit reconnaître quelqu'un, et qu'on doute si c'est bien celle ou celui que l'on veut gratifier d'une politesse. Irrésolu , on élève le bras en attendant un signe correspondant à celui qu'on ne fait qu'esquisser, et s'il n'a pas lieu, assuré d'avoir

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conmiis une erreur, on se gratte la tête assez décoatenancé, ou bien on a Tair d'arranger son chapeau, genre de civilité avortée qui cause un véritaUe em* barras*

Le sabit daûbk^ Se fait en passant entre deux amis: il est économique; c'est une bonne fortune pour moi« et je manœuvre avec assez d'intelligence pour en faire de cette espèce toutes les fois que l'occasion se présente ; en ce cas il convient de saluer en &ce de soi pour que le partage soit égal, et que votre honnêteté satisfasse à gauche comme à droite*

Le salut à toute portée. Si le Ciel vous a gratifié d'une bonne vue , et que vous avisiez de fort loin une ccmnaissance , vous Imardez k salut à toute portée. Les conséquences en sont fort comiques, car il peut arriver et il arrive souvent que les personnes comprises dans l'espace qui vous sépare de votre connaissance , s'imaginant que vous les saluez, saluent toutes à l'envi les unes des autres, tandis que celle à qui votre politesse est réellement adressée ne s'en doute pas le moins du monde.

Le salut rembarré. C'est le plus triste; vous voyez venir de loin une jolie dame à laquelle vous voulez plaire et témoigner tout votre attachement; vous ne regardez donc plus qu'elle, et, quand elle passe près de vousT, vous vous efforcez de £aâre un salut gracieux, bien arrondi, bien profond ; mais pendant que vous souriez et vous penchez avec finesse, votre chapeau va choir sur la tête ou dans la poitrine d'un malotru , qui vous heurte , écrase votre feutre entre vous et lui, vous jette à la renverse, et vous £aiit

hire la plus i^use figure po^siUie devant celle dont la présence Yoas désole dans cette mésaTenture.

Vraiment, en voyant les inconvéniens du chapeau d'homme, et les fik^heuses conséquences du salut masculin, j'anvie le turban des Turcs et la coutume des Anglais; car les premiers ne peuvent saluer, et les seconds ne saluent presque pas. ^

DU VIN IMB CETTE ANIIÉE.

Quil esi bon! cmMm il j en a! quU est à bon mmrchéi voHà des exclamations qui s'élèvent de nos rues , de nos coteaux , de nos cabarets ; mots d'ordre des fermiers ^ mots de ralliement des ivro** gnes, elles retentissent connne im tocsin max oreilles du pouvoir, de Thyménée, du philosophe; et, pendant qu'elles font la joie do buveur et du spécula* teur , elles sont la terreur du bourgeois jaloux de son sommeil^ du pasteur qui prêche la tempérance, et du diplomate cramponné â l'ancre du ^atu qm.

Quellen, disent les uns, ne va pas r^andre dans les vemes cette liqueur joyeuse qui inspire la gaité, le courage , l'abandon , la firandiise ! Quel mal , s'écrient les autres, ne va pas Êdre ce poison qui attaque la raison , excite les passions, délabre la santé, et pousse l'homme dans la misère !

Que de démarches ondoyantes n'allons-nous pas v<m*! que de chants gutturaux n'allons-nous pas en-

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teadre ! que de marchés nmieiix vont «e fidre! que de paysans répoodront pour leurs amis de cave ! La mesure du. deoii-^t devra dormir oisive t elle ne se remplira plus que de poussière ^ on ne boira qu*à pleia verre et à pots ras. Aussi voyez, quand le visage de rivrogne rayonne , quand son nez boui^eonne , quand il^se réve aux deux face à face avec la comète de i8i I , voyez là mine contrite , Tair songe-creux du moraliste qui réfléchit aux conséquences de cette inondation vineuse ! voyez-le suivre de Toeil, en pâ* lissant, ces basses immenses, rédpiens suspects qui cheminent vadllans et menaçans sur le chariot du campagnard! voyez-le s'enfuir à Fouie des coups de marteau du tonnelier , qui lui semUe travailler aux flancs de tout autant de chevaux de Troie , d'où s'é* chapperont des vices tout armés pour mettre nos cités en émoi ! H suppute en tremblant ce que peuvent con* tenir de blasphèmes, de rixes, de coups de poing, de provocations, les vases énormes qui roulent devant lui ; il ne trouve plusde cervelles pour loger la raison quand il songe que le vendangeur ne trouve plus de place pour mettre sa vinée; il s'e&aie, il maudit le pampre, les ceps, les échalas, Noé, la récolte, et regrette amèrement que la campagne ait échappé cette année aux traits de la grêle et aux périls de la gelée.

Les gouvernans sentent le timon des affaires vaciller dans leurs mains; car Tinfemale politique reverdit arrosée par le moût; elle fermente avec lui ; la liberté a ses plaies irritées par le liquide dont on les arrose ; sa voix prend de la force , ses demandes se changent en menaces ; ceux qui lui avaient voué

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