E8QUI6S
vers do prisme conaolant de rivresse ! Hâas ! il est assez à plaindre de ùe pouvoir savourer un instant de joie qu'entre FouUi du passé et des craintes de Favenir.
MONSIEUR FADET D'EAfTliÈDE.
U m'en coûte , vraiment , de faire le portrait de M. Fadet d'Eautiède, car je sens que si j'attrappe sa ressemblance on pour^ croire qae je lui en veux, et pourtant il ne m'a £adt aucun mal ; je serais presque disposé à Taimer : c'est un si honnête garçon ! Je ne sais pas au juste à quoi la nature le destinait, mais à coup sûr il a dévié de la route qu'elle loi indiquait : c'est une trop bonne mère pour l'avoir induit en erreur et poussé vers un but fort au dessus de la portée du pauvret. M. Fadet s'est imaginé qu'il pouvait être homme de lettres, poète, que saisje ! Son application malheureuse pour l'étude lui a fait croire qu'il devait se distinguer en s'y livrant ; son admiration pour les grands auteurs loi a donné Fespoir d'en accroître le nombre ; il a donc prû son envie pour one vocation, et, dès l'âge le plos tendre, ' s'est mis à composer de petites pièces de vers et de prose qui ont excité l'enthousiasme de son excellente £aimille. Plein de confiance dans les lumières de ce trop bienveillant aréopage, il s'est lancé dans la car* rière, aux bravos de ses grands parens , qui un jour rendront compte à Dieu de leur indulgence pitoyable^ et de ses résultats plus pitoyables encore*
L^iofortuné , depuis cette époque « travaille des pieds et des mains à sa célébrité future , avec une assiduité de manœuvre , une vigueur de portefaix , bien dignes d'un meilleur sort ; il a meublé tous les lobes de son cerveau avec les idées d'autrui ; il s'est procuré un fonds de pensées très-riche et varié , mais « quand il a voulu fidre valoir sa pacotille et marcher lui-même « quand il s'est avisé de voler de ses propres ailes , voilà que , pareil au papillon avorté « il * n'a pu s'élever au dessus de la chrysalide scolastique dont il était sorti mal éclos. Il avait bien des ailes » mais repliées sur elles-mêmes ; il avait bien des couleurs éclatantes I mais qui ne présentaient qu'un amas confus de teintes ; il avait bien un corps, mais lourd t et il se traînait péniblement sur la terre au lieu de monter vers les deux.
Cette structure vicieuse aurait dû le décourager, mais l'amour-propre vint lui offrir son binocle imposteur, au moyen duquel il se vit léger, badin, profond , savant , harmonieux. Le moyen , après cela, de renoncer à ses projets !
n compose donc avec plus de £aicilité que de succès ; son inspiration arrive au commandement, ainsi que le caniche le mieux dressé ; dans les fatigues de la digestion , au milieu de la torpeur qui précède le sommeil , au sein des douleurs d'une migraine , il écrit sans peine, sans efforts ; sa fièvre créatrice n'a que l'accès du froid, le délire brûlant ne s'y mêle jamais; il laisse la sueur à ceux qui le lisent. Son esprit est sans cesse à la même température, et l'on dirait qu'il a logé sa muse dans une serre d'orangers, seu-
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laabent pour la préserver de la gelée ; du reste Fa* det est bon , prérenant ^ gracieux, et Ton est moins embarrassé de le recevoir comme ami que de le tolérer comme auteur ; car ses ouvrages sont pareils à ces légumes qui n'ont d'autre saveur que celle de raccommodage; et, suivant qu'on lui est plus on moins attaché, on aime plus ou moins ses productions ; le degré de satisfaction qu'on lui en témoigne est basé sur le degré d'intérêt qu'on lui porte , et il ne doit qu'à son humeur bénigne l'indulgence qu^il attribue , lui, à son génie.
Son style est d'une monotonie désespérante ; le lecteur, bercé sur ses tirades cadencées, balancé sur le roulis de ses périodes, sent son cœur s'affadir; il y cherche le sel de la plaisanterie ou la fougue de l'inspiration , mais ne trouve que des mots bien entremêlés, des idées banales, et une fécondité malheureuse.
Ses amis les meilleurs se hâtent de louer ses productions outre mesure, afin de n'avoir pas à les ouir réciter; s'il veut les faire entendre , on lui coupe la parole avec des bravos, on arrête son essor avec des applaudissemens ; enfin on le contraint de se taire avec les égards et les ménagemens les plus aimables ; cependant, s'il sort victorieux de ces barricades, et parvient à dérouler son manuscrit , le cercle des auditeurs se résigne , écoute en enrageant, se pince les doigts ou se tire les cheveux pour ne pas s'assoupir.
Vous me demanderez peut-être quels sont les dé&uts que les critiques trouvent dans les écrits de M. Fadet d'Eautiède. Hélas! ils ne lui en trouvent
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aucun de réellement capital » mak ils ont un grand grief contre lut, c'est qu'il les ennuie. Oui, mes* sieurs, Fadet se tient en paix avec Aristote, il vit an mieux avec le romantisme , il se met en règle avec la grammaire , et , malgré tout cela , sa méthode est soporative; aucune surprise, soit en bien , soit en mal , ne réveille le lecteur infortuné qui bâille à le suivre ; c'est un brave homme qui ne scandalise et n'émeut personne ; il passe entre les claqueurs et les siiBeurs , qui le regardent d'un œil indifférent ; la jalousie même s'endort auprès de lui , car il est fêté et choyé par chaque écrivain , qui se rapproche de lui afin de trouver un objet de comparaison favorable. Peu à craindre en qualité de rival . on le recherche , car on trouve en lui une (Hnbre propice au mérite. On l'embrasse , on le loue , on le cite , on voudrait presque se l'appliquer sur la joue ou sous l'œil, comme ces mouches que les petites-mattresses du tempsi de Louis XV se mettaient sur la figure pour que leur teint ressortit avec plus d'éclat.
Tel est M. Fadet d'Ëautiède, et si quelques traits manquent encore au croquis que j'en ai voulu tracer , c'est qu'une certaine langueur assoupissante s'empare de moi : il est dangereux , sans doute , de parler longtemps de cet homme , dont le nom trop répété produit l'effet de la torpille ; absolument comme si on écoutait Fadet lui-même lisant ses œuvres.