SE FAIRE GENDRE
Il n*est pas de vie moins attrayante, pour hkm des jeunes gens, qu'une vie à gagner; les ennuis de la résidence les effraient, les travaux d*un commerce les épouvantent ; il y a de phis, dans les idées de gain, quelque chose de roturier, de pénible qui répugne à certaines castes , aussi jalouses de leur noblesse que de leur bien-être. Ces garçons-là devraient tous naître dans Topulenee; mais, parfois, le sort leur fit la niche de leur donner un grand nom et une petite bourse, du goût pour la dépense et pas d'argent pour y parer ; il &ut alors qu'ils tirent parti de leurs avantages physiques, de leur position sociale, de leur aptitude à pêcher la dot, et voilà tout juste ceux qui cherchent à se faire gendres, ne se trouvant nulle vocation pour se faire autre chose.
Un état rapporte, mais une femme apporte. jCe proverbe est en harmonie , non-seulement avec leur humeur, mais encore avec les notions positives et les vérités de calcul qui sont en honneur parmi nous. Un commerce peut mal tourner, une spéculation peut avorter, mais une riche dot ne trompe que celui qui la manque en y visant : elk tombe comme une
manne câeite sur le flâneur qoi parvient à se faire gendre; elle le conduit par la main au sein des jouissances de la vie, elle Tassied dans un tilbury, Tétend sur un sopha, le laisse au lit la grasse matinée, et s*il devait prendre une. devise pour ses armoiries, ce serait : Tu feUx Austria nube.
Ces chercheurs d'épouses à rentes courtes ont souvent, en manière de compensation, des moustaches et des éperons fort longs ; ils sont doués d*une grande aptitude pour la promenade, d^un pendiant décidé pour les soirées, d'une élégante tournure ii cheval, d un tact exquis pour se vêtir. C'est, armés de ces qualités^ qu'ils courent le contrat et qu'ils sont à la piste d'un brillant hyménée, qui sàra pcwr eux un diplôme d'indolent, un permis de fainéantise dcmt ik useront largement. Lmrs ccrars brûlent d'une flamme dont l'ardeur est toujours en rapport avec la cassette convoitée; vils voient dans les bdles, objets de leur poursuite , non l'excellence des vertus qu'elles ont , mais le degré de repos qu'elles peuvent leur procurer; leurs épouses futures ne devront pas seulement répondre à leur amour, mais encore satisfaire à leurs dettes, payer leurs [daisirs désordonnés et assurer leur moUe incurie contre les dbanoes fâ- . cheuses de l'avenir.
Un nom ancien et un jeune visage, voilà ce qui sert le plus efficacement pour se faire gendre; des malheurs ont assailli une famille patricienne, les 60115 deNaples ou les emprunts des cories ont iait de larges trouées dans la fortune dont elle jouissait ; ses re^efams, forcés de renoncer au luxe que de longues
aimées avaient impaUtmiié dana leur maison , dWraient convenir de leur d^ctnfiture ; ib soutiennent leur crédit en public au moyen du linge Uanq çt de rhabit noir brossé à &nd; U gâne et les privations sont parquées dans Tintérienr de leur domicile , tandis que Taifsance leur jette sa draperie sur les épaules quand ils en sortent; puis ils se lancent dans le monde, et, jaloux d'y faire toujours bonne figure sans souiller leurs mains de Tencre du commerce ou de la limaille de Tatelier , ils entrent en chasse, i;uettent la dot, flairent un beau-père bien renté, et tombent en arrêt devant la riche héritière, à laquelle ils ofirent avec d'autant plus de ferveur leur cœur et leur main , qu'il leur est impossible de lui ofinr autre chose*
C'est le plus souvent souç les ailes de la finance que se réfiigient et se réchauffent les patriciens déchus que des malheurs ont dépouillés; le commer-* çant enrichi s!allie facilement avec la noblesse appauvrie ; celle-ci donne en considération ce que Tautre débourse en écus; alors le travail infatigable fait resplendir la mollesse titrée , et le farniente aristocratique se greffe et fleurit sur Tactivité roturière.
Ceux qui visent à se faire gendres parviennent à leur but par une route semée de fleurs: une toilette élégante, des habitudes recherchées, quelques talens agréables et superficiels, beaucoup de complaisance, un petit caquet de salon, voilà leur bagage; il est légar sans doute, mais très-séduisant; et le travailleqr, rhomme de comptoir, gauches, empesés, sans expérience du grand monde, cmt qn immense dés-
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avantage auprès de ces raessieiirs. Le iartûoiiakk qui aspire à se faire gendre^ ayant, tout ensemUe, plus d'intérêt à réussir et plus de chances, réussit souvent; car, s'il n*a rien en numéraire, il a do moins tout son temps à dépenser pour manœuvrer dans le but de son unique entreprise ; il entoure de bienveillantes captations les grands parens, il tient les pieds chauds aux grand*mères, auxquelles il lit la feuille d*avis; il séduit les oncles, dont il fait la partie de piquet; il s'embellit de complaisances aux yeux du papa et de la maman, si bien qo'av bout de Tannée il s'est ouvert dans la Êimille un compte courant en prévenances, et un compte de fonds en politesses , qui pourraient au besoin remplacer les avantages plus solides qui lui manquent* Une fois mariés , ceux qui se sont faits gendres veulent souvent cacher aux yeux leur vie de sybarite, leurs habitudes de Gapoue, et pour cela ils demandent et obtiennent assez facilement quelque empkri non rétribué, quelque surveillance volontaire , dont ils sont payés en éloges; ils se font ainsi une petite réputation de capacité, d'utilité, de zèle pour le Uen public, et les mauvaises langues leur pardonnent d'avoir accaparé une femme riche en les voyant occuper des places qui ne leur rapportent rien ; le peu de besogne qu'ils font leur est compté d'autant plus qu'ils ont plus de fortune ; ils ne se rattachent donc à la société que par des liens de soie, légers, glorieux, point tendus, point forts, mais ductiles, élastiques, souples, et dont aucun de leurs membres ne garde la rude empreinte*
ESQUISSES
Heureux OKnrtels, flâaeuts privilégiés par Yhymen, faioésuns couronnés de la main des grâces, dandies que Taoïour pose sur un lit de fleurs, pardonnezHmoi d avoir dévoilé au public Télégant manège qui vous aide à vous faire gendres/