SECOND CHAPITRE
vus EsqmUA.
«du pcartier d'un secrétaire dun des membres du «sénat; je suis compromis; je 01e sauve; personne «ne court après moi ; mon exil. »
Mon libraire ne crut pas devoir faire emplette de ces Mémoires. Il reste à savoir maintenant si la postérité aurait gagné à leur publication autant que lui-même aurait perdu à leur vente.
LB GOQUEMAB.
C'est le héros de la batterie de cuisine , celui des ustensiles de ménage le seul indispensable par son utilité constante ; aussi lorsqu'une jeune domestique suisse se marie, c'est le premier cadeau de noce qu'elle reçoit; en effet, quelle que soit la position gênée des nouveaux conjoints, il est impossible d'imaginer qu'ils n'auront pas de l'eau à bouillir. Le coquemar, constamment pendu à la crémaillère, à cheval sur un tison, ou les pieds dans la braise, quand vous avez un refiroidissement, un rhume, une indigestion , vous porte les premiers secours , avant même que le docteur soit arrivé ; grâce à lui vous avez promptement eau sucrée, infiision de tilleul, de camomille, etc., etc.
L'importance du coquemar étant chose constatée aux yeux de tous , qu'il me soit pentais de donner quelques éloges à son extérieur plein de rondeur et de bpnhomie. Ses formes rappellent un peu les nôtres ;
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il ressemble, surtout en profil, à un petit homme re- I^et et cambré, et cela est si vrai que, étant enfant, j*aTais notre coquemar en horreur parce qu'il offrait le portrait frappant du garde -champêtre de notre commune, avec lequel j'avais eu quelques difficultés; mais Tâge est venu, qui m'a fait sentir l'utilité du protecteur des récoltes pendantes , et a dissipé en mènie temps mes préventions fâcheuses contre le coquemar.
Cet ustensile n'a point varié de tournure ; il est resté immuable parmi les nombreux changemens qu'ont subis les cafetières, les théières, etc. Ceux qui remontent à la plus hante antiquité sont à peu près pareils à ceux d'aujourd'hui , et je suis toujours surpris qu'on n'en ait pas trouvé à Herculanum et à Pompeïa.
Le coquemar tient compagnie. Avant d'artiver à râ>ullition , l'eau qu'il renferme occasionne une série de bruits harmonieux qui ne sont point sans charmes , et qui ont pu donner la première idée dû concerto^ Qu'on écoute attentivement ces sons filés et soutenus qui indiquent que l'eau tiédit! n'est-ce pas une image fidèle des notes graves de V adagio? puis, quand l'ébullition arrive, qu'on observe cette suite de traits brillans , ces gammes chromatiques, cette évaporation de triples croches! tout cela ne vous semble-t-il pas comme à moi le patron sur lequel fut taillé le rondo allegro? Cette mélodie domestique a le grand mérite de ne rien coûter ; le coquemar, peu semblable aux musiciens ordinaires, n'a besoin que d'eau pour se mettre entrain, et,
suivant la dispositioQ où notre âme te trouve , cette harmonie lui £aiit éprouver les plus agréables sensations. Que de fins j'ai révé au bruit d'un coquemar en belle humeur ! Et qu'y a-t-il là de singulier ? Tous les jours les poètes ne rêvent*ik pas au murmure des eaux , aux sifflemens des vents , au frémissement des feuilles agitées par la brise? les glouglous du coquemar ne valent-ils pas ces rumeurs-là?
Qu'on ne reproche point au coquemar d^étre ventru/ certes ce ne sont point des repas ministériels qui lui valent cette honorable proéminence; ce ne sont ni truffes ni bons morceaux qui causent cette utile obésité. Il est ventru parce que le chaudronnier l'a fait ainsi pour' le bien de l'humanité souffrante.
Si c'est le premier meuble dont une famille ait besoin, c'est aussi le dernier dont elle se prive, et ces mots: Ils ont vendu kur coquemar, expriment le plus haut degré de misère d'un couple malheureux»
Voyez aussi, suspendus aux bâtons d'un chariot à échelles, cés ustensiles des ménages nomades qui vont à la campagne ou rentrent à la ville ! écoutez le retentissement de ces batteries de cuisine ! le coquemar y est pour sa bonne part, et y joue le râle que les cymbales remplissent dans nos harmonies guerrières.
Le coquemar , enfin , est le symbole de la frugalité ; il tempère les accommodages , jette sa salutaire influence dans des sauces trop épicées, intervient partout comme modérateur, et les bouillons de plus d'un
ESQUISSES
restaonteur en vogue sont là pouir témoigner de la vérité de mon assertion.
En vérité, si je devais prendre le héros d*un poème dans un o£Gice , je n^hésiterais point , par reconnaissance et par goût , à choisir le coqoemar.