DE LA RANCUNE DES GENS D'ÉGLISE
S'il Mt on aentiaient qaturel àrhonime, c'eit nos doute cdui d'être offenaë par une ii^ure; mai«« suivant la position âodale, ce sentimem est plus ou moins comprimé; car alors que le militaire irrité met, comme Achille , la main sur la garde de son épée , il n'en est pas de même de tous ceux auxquels un emploi public, des fonctions graves* un caractère sacré interdisent l'explosion subite de leur indigna* tion. En pareil cas, pour être étouffé par les ccm«^ ▼enances, leur ressentiment n'en existe pas mcmia* On n'en saurait douter, puisque le cœur humain, modifié dans la manifestation de ses penchans par l'éducation et des exigences pénibles, n'en subit pas moins l'influence de nos passons. Or « de toutes les j^osilions de la vie dans lesquelles un homme peut se trouver, fl n'en est aucune qui lui commande plus impérieusement de voiler sa colèi^ que celle où se trouve l'ecclésiastique. On conçoit que le ministre d'un Dieu de paix , celui qui prêche l'oubli et le pardon des injures, seraitplus mal placé qu^un autre pour se venger puMiquement des siennts* Il y a chez lui kiécessHé absolue de comosander à son ressentiment, et il ne saurait agir d'une autre manière sanï sortir de son caractère , et perdre son autx>rilé sdr ceux auxquels il {prêche des devoirs dont il doit donner l'exemple.
Certes, je comprends mieux pourtant celui qui recommande l'abnégatiim de toute rancune, que
fBSQfinSSÊB.
celui tjui suitrait è la léttre ce sublimé précepte ; il est trop haut pour une créature rampante, pour im étri enfoncé comme Thomme dans la fange jdes in* térèts terrestres; un commandement aussi divin nt peut que causer son admirMion sans Tentralner i rdE>éissance ; et si, ostensiblement» le ministre sacré dompte son empâtement, s'il parait insensible i nne insulte, c>st que parfois il renferme en son sdo ce que sa boncfae craindrait d*exhaler; c'est qu'il accorde ii son état le pardon patent qu'il refuse en secret à celui qui l'a offensé; c'est qn il a de bonne heure contracté l'habitade de cacher ce qu'il éprouve en isembhble occasion; c'est quMl voit dans l'avenir nne vengeance qui, pour être plus lente, n'en doit être que plus sûre. Triste obligation sans doute qat celle dans laquelle se trouve alors l'homme d'alise, car k colère est ùn sentiment passager chez celui qui peut s'y livrer sans crainte; c'est une explosion violente, mais momentanée, pour ceux qui déchar-igent leur cœur de toute l'aigreur dont il est plein ; c'est un orage qui épure l'air; et^ én effet, rien de 9t commun que de voir deux amis plus intimes en^ core, lorsqu'une discussion vive et In^uyante a ainené une explication franche et un raccommodement ; après s'ttre battus, deux rivaux se tendent la main, et peuvent devenir inséparables. Mais il n'en est pas de même de cèlui que son caractère sacré porte à revêtir au dehors la longanimité d'un Dieu , quand il est peut-être au dedans rangé par le fiel du dépit et de l'animosité ; son courroux , loin d'^é inflam^ matoirtË cMnme celui des gens du itoondë , devient
éhTOîAque et krcttrable» et de là éette ràxiccipe càu^ teleuM à laquelle les théologiens sont plutôt cùn^ daÎDûés ptr leur ininistèré que portés pot leur mturd.
La. plus légère injure s-aggraTe pour eux Vimposinbité où ils sont dW tirer fengeance; èllè roule dans leur tètè , elle pèse ainsi que du plomb sur leur cceun; et^ côimne le torrent gèaé dans son èss<»* pai^ une digue qu^iln^a pu renverser/ die filtre goutte à goutte durant des années, tandis qué, sans Tobstacle insunncmtable qui lui fut oppos^, eQe.au* raifc passé dans quelques heures.
: . LV^Iensie iaite à un prêtre lui parait: d'autant plus grave que des ionctidtfis sont plus relevées ; mais plus il se trouve blessé, moin» il doit le laiflvser paratr ire. OAcpnçoittoutcequ'unesemblablepositionade &UX, et combien elle doit aigrir celui qui ae voit acculé dans, un poste oà il sent mieux lei^ xroup^ , et il lui est interdit d>n rendre.
Le prâtre catholique , sans fenùne et sans enfiios qui puissent développer sa s<^nsibiUté| se livre plus encore à une rancune.dont aucune affection teiidreâe vient le. distraire, et corriger Tâpreté. Car ainsi que lapriva^qn4'un seu? augmente la finesae d^ autrieSf de même Iç prêtre, auquel. r^gmour est interdit» est plus entièrenient abandonné ; à la . haine qui s*esk élevée en soasçin ; . il ne songe qu'aux mcyen^idk la satis£adre ;;il la cpuve dans sa cellule, Ten^^forte ^ule dans son presbytère , où elle enflamme des nuits que rhymen ne peut lui disputer.
; . : . Mais comment se satis^ cette rancune des gens
d^ëglise? hëlas! elle n'est jamais satisÊiite , car elle ne ssu>n|it Vétre^ ,«Ue «e :inaKiflQe awOttiiCKdoQasion de se faire jour ; mais, obligée d'aller à petits pas pooT ne scandaliser personne, ellepèut biearare- Bientatteindre én plein le but qu'elle a oanstammenl devant ellcé N'osant terrasser un «nnemi ouYérté4 m»! ^ elle le poursuit à côups d'^ingle ^ eDe miné sa réputation là / ajttaque son cré^t id , exagère ses torts , ^diminue sea talens: et aéa gualités , , s^apitoie sur ses^â»its; rafraîchit le sourenir dé sfis méhitB\ et tout delà benotten^ent/ d'un ton dolent, flegma«» tique, en cacbant l'agitation d'ud cœurr palpitant îde haine et: embrasé par le désir. 4'une vengeance sans cisse étouffée dans son explosion.
Divin Jésus ! quaùd tu disais aux. homsam: Aimez vas ennemis p béhiÉsez ieuoà 4pâ vous maudissent,, ià morale était trop élevée poili'.nc^re frêle nàture; eé^ ina^ré la bonne opinion qu^ je toudrais avoir dç l'eapi^e hu^laine« it m'tist impossible 4e ne pas voir qiie t9 :» Imsé ph» de mioirtrea pour répéter tes pMTi^ed.qjiie d'hommes de bien^poui* imiter ta vie.
BSI|UI88B8«
DES EÉGRÉATIONS GRATUITES.
Un sage de la Grèce , coniraltë poor saYoir qvels genres de spectacles attiraient le plus d'amours ; si c'étaient cen qui flattaient les yeux ou bien les oreilles, si c'étaient ceux qui chatouillaient agréaUement Tesprit, ou ceux qui élevaient Tâme, répondit : Ceux qui n entraînent à ammu dépense pour en jouir. Cet ancien*là n'aurait pas nHeux dit \ Genève. Il est impossible que tous les hommes soient également doués pour apprécier tel ou tel mode d'amuser, d'intéresser ou de plaire; mais il n'en est aucun qui n^éprouve une jouissance vraie en sentant que la récréation qu'on lui fournit, ou à laquelle il se livre, ne Ipi coAte rien. Cet agrément^ là est palpable pour rintelligenee la plus crasse, pour l'esprit le plus borné ; les moins éclairés mêmes sont ceux qui le savourent le mieux, le plus pl^e-» mentv Çeci noqs explique comment certaines* pwtsonnes Sont toujours à l'affût de jouissances aussi économiques , et comment elles ne laissent passer aucune occasion de se les procurer.
L'avare se réfugie au sein des plaisirs de la nature ; ils sont sans prix à ses yeux par cela même qu'ils ne lui coûtent rien ; la promenade est sa dame de compagnie ; suivant lui elle entretient la santé, élève l'âme , remplit le cœur d'émotions douces ; mais , comme les plus belles choses ont pour chacun de nous leur mauvais côté, il ne lui reproche in petto que de dévorer un peu la semelle des souliers,
et d'augmenter beaucoup Tappétit; du reste, il est fou dea hemà pointa de vue, û aj^bu^ également au lever et au eoucher du soleil, il se baigne avec délices daaa Tonde du Léman, il s'abreuve à une source d'eau vive , cueille des violettes au pied des bttds, dés mûres^ sauvages sur les buissons, chérit lé gaxon qui épargne ses cors et sa chaussure ^ et ftt« ainsi tous ses goâts champûres sans porter la plus légère atteinte 3i ses revenus. S'il rentre à la vflle, c'est par l'une de nos trois portes ; car, bien qu'ad-^ mirateur des ponts de fil de fer, il n'en use guÀre^ et leur trouve infiniment plus d'élégance quiUE^ il les considère dans le lointain qu'alors qu'il les envisage de plus près; surtout le guichet du percepteur lui semble du dernier mauvais goàt.
Genève étatit une^ des villes où l'on appréde le mieux la valeur de l'argent, il est tout naturel que ce soot une dé celles où l'on sait lé mieux se dispen-i» ser de l'employer ; aussi nous abondons en amans * des récrûUiom graàutes.
Les exportions de tableaux, de l'industrie , de Tagriculture, sont admirablement firéquentées ; vous ave^ là de ces partisans effrénés de la peinture qui font une dépense excessive de louanges, d'encoura^ gemeas, d'enthousiasme, devant des paysages colo* riés qui leur rappdlent leurs promenades sans leur coûter davantage ; ils ont l'air des maîtres tlu musée, 3s y séjournent , ils en font les honneurs , ils y cô»* dnisent leurs amis, ils en savent le catalogue par coÊur , enfin ils jouissent là de tont ce qu^ils n'iachè^ tent paS| et certes ce n'est pas peu dire«
y Ces inênM hlâividas eotretkniieaitde lWi^ilé flafl» noa^ ëtaUissemeDS public» et gratuite: la iNblio*^ «hèqua de la ville n^a paaides'povtéa astea brge», ai des rayons assez chargés pour ^x ; îia.&itf «lùb cobsomutetioik énorme dé VetlMt ; ils se pempttssent de philosoplne, de ècieBcei d:hÎ6ti9rè,: eftfle^^tôiil frxmto ; pourquoi achètenitotils des li^ès) ils-raA li 'treôte tniHe ^ voluneè cpii leur Uniraent le dos et s'o&eàt à lefnrs iuvésttgatioDs? Sans dénâe leur Sai^ twaè ieur' foumicait: les oMyeafiide^iatre gagAfsr les lâirair e» et lès cabinets de Ibcture ; qiabi Aiià: rpiai«r tîe1hN»id*écotiomié^ anè^jduissaDce.ètkpMtëe dù^àuM gratis f lés chantae ^eii*iiùirèmènt. . . ' * . ^ - Ge ^t *cés braTestgeiiB qui retppliiaenfJajsalle où se donnent ;les deux preim^es séahbeS'grà d'un cours; ifs y trouvent Boinet cômpQgirieî ^ide la distraction , « dë Fëi^uditioit ;^ léiir tpréseooé ;flatté ratqeiir^ropre<dti iprofésseûpvitiais'à là'^ leçons rétribuée ils manquent à Vappel ; ils ont' ao^ compagné la science jusqu^avinokBeiitoàiàUe ^ifOèlu ntettrè.sa main sûr leut nîonkiaie ciosàifiili^iDfrrdculé devant le frontispice de la trbiâ&inie séance! car ..ils y pnt lu cette devise qu*Hercule gtava sur lés cbloo^ nés du détroit de Gibrakar:riiec/7/tt^iiZ^ii;^G^ eà frança» x Tu n'irai pas au délà\; ou ; en; genevois t il fh^ pofer potir aller plus kén4 . ^
' Les gens économes' dans leurs rédréations tout ovdinairement fort assidus à nos offices divina; cela leur fournit^ les dimanches , ùn jpasse^-tempS aùsc» moral que peu dispendieux; ils sont à Taffût des ministres qui débutent oU' des ) orateurs ckrétienâ
ESQUISSES
de passage en notre ville, curiosité religieuse fort innocente , qui se satisËut à très-bon marché, puisqu'elle ne leur coûte que de l'attention et du recueillement, deux choses qui ont beaucoup de valeur pour leur salut, mais qui s'obtiennent sans représen* tatif monétaire , car ils e^uivent Técueil du tronc, dont ils se tiennent éloignés à la sortie de l'église. Toutefois, les amateurs des récréations gratuites ne se refûsent pas des spectacles plus mondains : ainsi vQus les trouverez devant le cirque des chevaux savans, où ils écoutent les gentillesses d'un paillasse et les lazzis d'un arlequin ; ils chérissent les bagatelles de la porte et ne la franchissent jamais, car ils y lisent, ainsi travesti, ce beau vers du Dante:
La5ciate il danaro, voi ch* entrate!
Jaloux pourtant de se procurer les émotions du drame moderne dont ils ont entendu les analyses terribles et lu les feuilletons pleins d'horreur, ils vont voir assommer un bœuf à la boucherie, ou tuer un porc chez leur voisin; ils rencontrent U tout ce qui charme maintenant sur la scène : des meurtres, des cris de douleur, des couteaux sanglans, des blessures profondes, des victimes innocentes ; et, pour obtenir quelque ébranlement nerveux , ilsQe déboursent aiuM que leur {^tié et leur attendrissement.
ESQUISSES