‹ Œuvres choisiesChapitre 74 sur 84 · A¥EG GRANDES GENS PETIT PROFIT · texte numérisé non relu

A¥EG GRANDES GENS PETIT PROFIT

Qu'on ne se donne point la peine de cherclver ce proverbe dans Salomon, Sancho Pança« ou autres Êtbricans d'aphorismes moraux ; c'est moi seul qui l'ai inventé et qui entreprends ici d'en démontrer la justesse.

Je conviens que mon proverbe peut blesser la manière de voir de beaucoup de personnes :

Wms il faut le prouver en forme* J*y consens* Réponds-moi donc, lecteur, et mets-toi^sur les bancs

Qu'est-ce qui constitue un profit?

C'est, si je ne me trompe, de vendre cher et d'être payé vite ; or les personnes qui peuvent procurer ce double avantage aux marchands sont surtout celles qu'ils doivent rechercher comme pratiques.

UQUI6SES. 416

Les grandes gens^ ou ceux que le peuple appelle trèf-improprement ainsi, sont-ils de ce nombre? je ne le pense point, et voici mes raisons pour en douter.

Les grandes gens qui ont de Tordre et de la conduite défendent leur aident mieux que les minces bourgeois ; ils leur enseignent à compter ; ils mar-* cfaandent à fond, à extinction; et moins ils font cas de ce qu'ils appellent la roture ou les petites géns, moins ils se gênent pour Êdre pester les marchands en leur tiraillant sou par sou leur bénéfice de dessous les dqigts. Cela est si vrai que dans telle boutique de notre ville la marchande d'étoffes, en discussion avec une grande dame , doit déplier souvent cent pièces pour lui vendre une chétive demi-aune ; aussi, lorsqu'il survient une simple villageobe, il faut voir comme la maîtresse du comptoir , potir aller au devant de la campagnarde , lâche la grande adieteusë de la ville , et la remet aux mains de ses jeunes apprenties pour les fonner à une patience qu'elle-même sent prête à lui échapper.

Les grandes gens sans ordre ont des domes^ tiques pourvoyeurs qui gagnent plus sur ce qu^ils achètent que les marchands sur ce qu'ils leur vendent , ou bien ils font des comptes dont l'échéance vague flotte indécise pendant des années, et quelque-* fois n'arrive pas du tout ; mais il y a souvent autant d'oubli et d'insouciance que de mauvaise foi chex des gens qui, se procurant les choses à crédit < croient que tout le monde peut en fiiire autant , ou Inen q«d

EflQUIS8S5.

s'imaginent que chacun doit vivre comme eux « sans s'inquiéter de créanciers qu'eux-mêmes font attendre sans pitié. Si parfois les grandes. gtns paient mieux que d'autres , combien n'exigent-ils pas plus aussi! Que de peines pour les contenter, poursatis- Élire tous leurs caprices ! comme il &ut être à leur disposition ! Il semble que tous ceux à qui ils ont affaire doivent se déranger pour leur plaire ; que rien n'est assez bien £iit , assez bon , assez beau pour eux; que les égards qu'on leur accprde leur sont dûs. Combien d'humiliations, d'affronts, de couleuvres, il fàul avaler quelquefois avant de tenir un argent bien amèrement acquis sous leur arrogant despotisme !

Si un homme du peuple se décide à faire un ca* deau à sa femme , c'est qu'il a mis de côté l'argent nécessaire à son achat; il paie donc de suite; mais un grand seigneur , ah ! c'est bien différent ! souvent la robe donnée à madame est usée et en chiffons que le marchand en attend la valeur , et l'on ne paie pas de bien bon coeur up objet dont on n'a plus la jouissance , et qui ne vient plus , en frappant les yeux« aider à se souvenir qu'il est encore dû«

Quant aux domestiques des gens nés^ comme quelques niais impertinens les nomment encwe, leurs gages, plus élevés peut-être que chez les petites genSf sont-ils en rapport avec la dépense plus considérable que leurs vêtemens exigent d'eux? Les véritables bénéfices qu'ils font résultent-ils de leurs appointemens ou des abus nés souvent du désordre

ESQUISSES. ittV

<j[iiirègttediui»aQegrM^^e^^ damcecasi péul^ii. àfféiéT profit îiii'ap^tiit écquis de cette

manière?

Ces laquais è ^mde JhFée^ ces jokeya ai |olis, icroit-ôn que kur i^gîme atimentaire aoit toufoura en rapport à^eciéur brillante ténue? Qui ne connall le proverbe (qui certes n'est pas de moi ) ventre de son, cuhttes dè ptà^irs? Lei a^rarea sotasptueux^ qui domieàt tont à Textérieur, se trouvent particuti^er ment dans cette classe de gens y fidlle dp^ préjugés va*mteuk ft def sa position iM)dale» .

Écodteli' Sosie ^ vakt decet Amphytrion« ieqpieL, cerless,'éiait'pannileaAf2fe*^eR5deThèbes: > i

Sosie, a quelle servitude Tes jours sont-ils assujettis !

Not'i^ (art èst beaoooup plus rude Ches les grands que chez les petits*

Et qu'on n'allègue point que c'est Molière et non Sosie qui parle en cette occasion « car ce serait ajouter à la force de l'argument, loin de le c<»nbat^ tre , puisque Molière a été le peintre le plus vrai des misérables travers de l'humanité.

Parmi les diverses aubei^es voit-on que celles qui prospèrent soient celles que fréquentent habi* tuellement les grandes gens? je crois que non« De ce que les grands y font plus de dépenses quelquefois , il s'ensuit qu'ils font éprouver aussi de plus grosses pertes lorsqu'ils oublient ou sont incapables de payer, l^es petites gens, d'ailleurs, se servent beau-

416 tBvsums.

caap eiix**méiciëa ^ tûidia^Qe lea grandis-gmè ole^ tent toàt YhÙtA ea réqnisitioii poar dea uhiukàMv àu bagatelles de bon ton.

lièa boargêoia^ pkia raj[>prodiéi deperaotints qni , cominerçaiit comme eux, ne leur aemblent potnt feuva iafiSrieuts, lea bourge<Hs« dia-jé, paient leamar^ chaada , soignent leura domestiques , et ne ae periqettent pas la noUe illusîoa de croke qu'en fait de respect chacun leur en doit de reate. Smb doute Si est des exceptiona à la manière cavalière dont ae conduiaent envers les prolëtairèa des geiksqiHa'aiH pdkflît comme il faut; mais on n*en ddit paa moina reconnattre que mes remàriiee sort vraies, géné^ ralement parlant , et qu'elles suffisent pour maintenir mon proverbe :

Açee grandes gens petit profit.

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