‹ Œuvres choisiesChapitre 79 sur 84 · LE PARAPLUIE · texte numérisé non relu

LE PARAPLUIE

Je ne conçois guère comment ce ikre n'a pas dé^ couronné un de mes artides; je m>n veui^ à moi-même d avoir parlé d'objets futiles pendant qu0 j*ai négligé jusqu'ici un des meubles le plus en feveur partout , et qui se trouve indispensable dans une ville où tombent, par année, trentersix pouces cubes d*éau. Certes» le parapluie doit être le v(zde mecum do Genevois ; c'est Tami avec lequel il a les rapports les plus suivis , qui lui rend le plus de services , et dont Futilité se dt^hie le plus souvent. J'ai dit que ce meuble est un cuni, et je n'ai point exagéré; je mamtiens cette expression juste dans toute son étendue ; car, quand la bourse de plus d'un ami de chair et d'os se ferme à nos demandes, et nous manque dans le besoin > le parapluie s'ouvre pour nous protéger ^ nous o£frir un abri ; il reçoit pour nous le choc de riatempérie des saisons , et se met tout en eau pour nous en {^réserver. D ne nous importune point quand brille le soleil de nos beaux jours ; mais nous le trouvons sous la main pour nous aider dans les temps sombres et mauvais: et pourtant, avec quelle légèreté nous oublions ce protecteur ! dès que le ciel sourit à nos désirs nous le laissons , l'aban* donnoqs^ 3i un nuage nous l'a fdji prendre à notre sortie du logis / une édaircie nous le Êiit perdre. Yoyes plutôt comme notre ingratitude à son égard se lit dans la Feuille d'Açis , chapitre des effets per-

ESQUISSES

dus! que de parapluies ëgar^! Ces articles navrent Tobservateur des misères et des faiblesses de la pauvre humanité.

La forme du parapluie est gracieuse , à peu près semblable à celle d'un pavillon chinois ; non-seulement il nous défend contre une averse, mais encore il peut nous dérober à des regards importuns ; c*est le bouclier des amans contre les jaloux, d'un débiteur contre ses créanciers , le voile qui protège la honte ou la timidité ; mais surtout c'est un motif de relations, le premier chaînon de liens souvent bien doux entre les sexes; Toffre d*un parapluie ne va guère sans celle d'un bras ; on se rapproche donc, on cause , on s'apprécie , on se convient ; plus d'un attachement s'est formé sous un parapluie, plus d'une passion s'est enflammée à son ombre, plus d'un hyménée n'a pas eu d'autre origine.

Quand il pleut de vent , le parapluie qu'on op* pose à la bourrasque ne se porte pas sans une certaine dépense de force , sans énergie du poignet : il est quelquefois la cause de chocs assez désagréables entre des passans empressés, qui se heurtent l'un contre l'autre comme dans une charge à la baïon* nette; mais, pour ce léger inconvénient, que d'avantages n'offre*t-il pas!

Avec notre constitution atmosphérique, le règne du parapluie est de tous les temps : c'est le meuble par excellence, d'une exigence étroite pour tout ménage qui s'établit. La mode peut le faire varier de formes, de couleurs; on peut le faire de toile, de soie, de coton , mais il faut qu'il existe ; et, tant que

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Genève sura conme aujourd'hui, on n'y trouvera de remparts indispensables, efficaces et peu coûteux, que-ceux qu'on peut opiK>ser à la pluie.

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