LÉ PAT
Que r^taloQ aux formes sveltes, au poil luisant^ à Yoàl de feu, se balance sur ses jarrets sôuples et nerveux, piaffe avec orgueil et sémble dire : Regardez-4aaoi, je suis beau! que le papillon ouvre ses ailes en pompaift le suc des fleurs i et fasse jaillir aux rayons du soleil les nuances de ses mille couleurs ; que \e cygne , le paon étaleilt aux yeuxa, celui-ci Véclat fastueux de son plumage, celui-là la blancheur 'éblouissante du sien , que relèvent encore les suaves ondulations de son çorps ; qtie ces belles créatures, enfin, paraissent s'enorgueillir du rôle flatteur qu'elles joi?ent dans la nature, je le conçois « c'est comme un hommage rendu par elles au créateur, de qui elles tiennent les avantages réels qui les distinguent ; mais que Thomme, un être raisonnable, entouré d'ornemens étrangersi se pavane d'attraits dont aucun ne lui appartient, voilà ce qui me confond et ce que le ùlI nous montre chaque jour. Le fat, être incompréhensible, mannequin sur lequel s'étalent le goût d'un tailleur, le savoir-iaire d'un cordonnier et l'art du coiffeur ; le fat, qui ne nous exhibe, comme propriété physique, que sa figure, laquelle n'occupe que la plus chétive surface carrée de sa toilette ; le fat, enfin, pour en faire la définition selon moi la plus laconiqpe . et la plus vraie , est composé de vùemem, plus un visage d'homme.
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Que peut-il germer de noble, de fécond, dans une tète sans cesse occupée de breloques et de colifichets; dans un cœur qui ne bat que devant la mode du jour, chez un être qui ne s'échauffe que pour défendre la coupe de son habit, qui n>st pénétré que de l'importance de son costume, et qui ne vise qu'à être cité dans les bulletins d'un salon, et dessiné dans les gravures coloriées des journaux de tailleurs?
Comment peut se distinguer celui dont la garderobe est la bibliothèque où il étudie , l'arsenal où il dépose ses pensées, le foyer qui témoigne de son génie, où se trouvent les preuves de son mérite, Tauréole de sa gloire et son passeport dans le monde ?
Conçoit- on tant d'orgueil emballé dans du drap et de la toile, et qui ne tient qu'à un fil? Comprend- on un homme qui, en fait d'études sérieuses, analyse le gilet, raisonne la chaussure, et approfondit l'art de nouer sa cravate ? un homme qui s'identifie avec son entourage d'étoffe, à tel point qu'il pourrait, parodiant le grand roi, dire: Ma parure, c'est moi; ou bien: Moi, c'est ma parure? Enfin peut-on croire à un tout formé de Casimir d'Elbeuf, de tissus d'Arau, de castors d'Amérique, de cuirs de Russie, de morceaux d'orfèvrerie , et puis d'une âme humaine ; composé solidement joint et aggloméré par le ciment de la fatuité?
Le fat est vraiment formé de pièces et de morceaux ; son mérite est cousu , doublé , plissé.
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repassë ; il est multiple , et sa fraction la moins importante, puisqu'elle est la moins visible, est son corps; aussi quel profond mépris n*a-t-il point pour les gens vêtus à Tancienne mode! Ce sont pour lui des spectres, des revenans, des ëpouvantails, sous la guenille desquels il se garderait bien de chercher une idée raisonnable. A peine s*il peut concevoir l'existence d'une créature humaine abritée d'une enveloppe aussi vermoulue, et il ne peut s'imaginer comment on a pu oublier d'enterrer des êtres morts aux sept huitièmes, suivant lui.
Les trois journées de Paris ont ému le fat en ce qu'elles l'ont exposé à être sali de poudre ou taché de sang ; car le fat méprise plus la vie que son costume, et il peut être brave en ce sens, qu'il craint moins le péril que de froisser son col de chemise, et qu'il apprécie une croix d'honneur, parce qu'un ruban rose fait toujours très-bien^sur un drap bleu ; mais pour lui les révolutions politiques ne sont que peu de chose auprès de celles de la mode ; il suit avec moins d'intérêt les vicissitudes d*une dynastie de rois que le changement de la forme des chapeaux* Il a pourtant beaucoup d'énergie, mais il la dépense à sa manière; il conspire contre une coupe d'habit, il s'insurge contre la teinte souris effrayée qui est en faveur; il plaide pour un magasin de nouveautés, et il se battrait volontiers pour soutenir la réputation de son tailleur et le goût pur de son bottier.
L'atmosphère la plus Êtvorable au fat est celle
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d'un salon bien garni de trumeaux ; c>st là qu'il vaut tCKit son prix et parait dans tout son lustre. Appuyé contre une cheminée , ou accoudé sur le dossier d'une chaise, un lorgnon sur Tœil (car le fat doit être myope), il se penche comme une branche de saule vers la plus jolie femme de la soi* rée, et lui débite son vocabulaire fermé de phrases de boudoir et de nobles lieux communs. Li il juge de tout par induction ; il fait ou déchire une répu*^ tation en se mirant dans une glace on en tournant sur la pointe de l'escarpin ; il débite avec gi^ace et en souriant des opinions qu'il a recueillies toutes faites dans la bouche d autrui ; il minaude la littérature, grasseie Tanecdote du jour, roucoule de la tendresse. banale, en prenant sans cesse deis pose^ nouvelles et étudiées pdur développer Télégance de son torse lacé et ficelé ; puis, quatad on Fa vu là oom toutes ses faces, il vole ailleurs donner à de nou-^ veaux spectateurs une autre représentation de sa personne.
Il s'imagine que toutes les attentions et les admi^ rations doivent converger sur lui, qu il est le point central où aboutissent les regards de chacun ; le voyes^-vous se dandiner sur la promenade ! le lor-* gnon de rigiieur est pendu à son cou et se balance sur son gilet comme une lentille de pendule; la canne à roban rose à la main , il marche droit devant lui, sans se tourner à droite ou à gauche, de peur de déranger l'édifice galant él«vé sur s^ poitrine, et qui lui a coûté tant de peidfs et d^ scdna ; il évite tout contact qui pourrait fr€»$aer ses appas.
il frémit à Tidée de se trouver dans une foule, et n*a jamais paru dans une émeute « qui pourrait troubler nou-senlement le repos public « mais , ce qui est bien pire, sa mise particulière.
Le iat le pins libéral dans aes opinions politiques a un mattre souverain qui le tyrannise en despote : la mode ! elle le tient asservi sous son joug ; il est emprisonné dans du drap, pris à la gorge par du linge, garrotté par un corset; il est de tous cdtés timbré^, estampillé par le goût et Les caprices du jour ; c'est une édition compacte du code de Thomme <:onniie il fitut, et ces divers costumes, adoptés par gens dont ils firent ressortir les avantages, ne lui servent souvent qn'k produire au grand jour ses défauts physiques. l!4*importe comment un vêtement lui sied, si les élégans créateurs de la mode le portent eux-^mèmes, il &ut qu'il s'en embftte et paraisse enlaidi de ce qui fait Tornement des autres.
En résumé les fats sont une race d'hosmiesenÊins, les Lilliputiens moraux de la civilisation actuelle; et, bien qu'ils aient cœur, âme et tète comme tout le monde, il n'y a chez un &t de chaud que son feu, de bien garni que son armoire, et de réflexion vraie que celle de sa glace.
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