‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 2 sur 93 · Gen. IX · texte numérisé non relu

Gen. IX

il donne , il reçoit la mort sans se douter que c'est lie qui a fait la tnort ^.

Ainsi s'accomplit sans cesse , depuis le ciron jusqu'à rhomme, la grande loi de la destruction violente des êtres vivants. La terre entière, continuellement imbibée de sang, n'est qu'un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé .sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu'à la consommation des choses , jusqu'à l'extinction du mal , jusqu'à la mort de la mort-.

Mais l'anathème doit frapper plus directement et plus visiblement sur l'homme : l'ange exterminateur tourne comme le soleil autour de ce malheureux globe, et ne laisse respirer une nation que pour en frapper d'autres. Mais lorsque les crimes, et surtout les crimes d'un certain genre, se sont accumulés jusqu'à un point marqué, l'ange presse sans mesure son vol infatigable. Pareil à la torche ardente tournée rapidement, l'immense vitesse de son mouvement le rend présent à la fois sur tous les point» de sa redoutable orbite. Il frappe au même instant tous les peuples de la terre ; d'autres fois, ministre d'une vengeance précise et infaillible, il s'acharne sur certaines nations et les baigne dans le sang. N'attendez pas qu'elles fassent aucun effort pour échapper à leur jugement ou pour l'abréger. On croit voir ces grands coupables, éclairés parleur conscience, qui demandent le supplice et l'acceptent pour y trouver l'expiation. Tant qu'il leur restera du sang, elles viendront l'offrir; et bientôt une rare jeunesse se fera raconter ces guerres désolatrices produites par les crimes de ses pères.

La guerre est donc divine en elle-même, puisque c'est une loi du monde.

1. Et infixx sunt cjentes in interitum quem fecerunt. (Ps. IX, 16.)

2. Car le. dernier ennemi qui doit être détruit, c'est la mort. (S. Paul aux Cor. I, 15, 29.)

LES SOIRÉES DE SAIM-PÉTERSBOL'RG. 23

La guerre est divine par ses conséquences d'un ordre surnaturel tant générales que particulières ; conséquences peu connues parce qu'elles sont peu recherchées, mais qui n'en sont pas moins incontestables. Qui pourrait douter que la mort trouvée dans les combats n'ait de grands privilèges? et qui pourrait croire que les victimes de cet épouvantable jugement aient versé leur sang en vain? Mais il n'est pas temps d'insister sur ces sortes de matières; notre siècle n'est pas mûr encore pour s'en occuper : laissons lui sa physique, et tenons cependant toujours nos yeux fixés sur ce monde invisible qui expliquera tout.

La guerre est divine dans la gloire mystérieuse qui l'environne, et dans l'attrait non moins inexplicable qui nous y porte.

La guerre est divine dans la protection accordée aux grands capitaines, même aux plus hasardeux, qui sont rarement frappés dans les combats, et seulement lorsque leur renommée ne peut plus s'accroître et que leur mission est remplie.

La guerre est divine par la manière dont elle se déclare. Je ne veux excuser personne mal à propos; mais combien ceux qu'on regarde comme les auteurs immédiats des guerres sont entrahiés eux-mêmes par les circonstances ! Au moment précis amené par les hommes et prescrit par la justice. Dieu s'avance pour venger l'iniquité que les habitants du monde ont commise contre lui. La terre avide de sang, comme nous l'avons entendu il y a quelques jours', ouvre la bouche pour le recevoir et le retenir dans son sein jusqu'au moment oii elle devra le rendre ~. Applaudissons donc autant qu'on voudra au poète estimable qui s'écrie :

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