Voy, tome I
2. Isaïe, XXVI, 21. Gen. IV, 11. Dans la tragédie grecque d'Oreste, Apol-
« Au moindre intérêt qui divise « Ces foudroyantes majestés, « Bellone porte la réponse, « Et toujours le salpêtre annonce « Leurs meurtrières volontés. »
Mais que ces considérations très inférieures ne nous empêchent point de porter nos regards plus haut.
La guerre est divine dans ses résultats qui échappent absolument aux spéculations de la raison humaine : car ils peuvent être tout différents entre deux nations, quoique l'action de la guerre se soit montrée égale de part et d'autre. Il y a des guerres qui avilissent les nations, et les avilissent pour des siècles; d'autres les exaltent, les perfectionnent de toutes manières, et remplacent même bientôt, ce qui est fort extraordinaire, les pertes momentanées, par un surcroît, visible de population. L'histoire nous montre souvent le spectacle d'une population riche et croissante au milieu des combats les plus meurtriers ; mais il y a des guerres vicieuses, des guerres de malédiction, que la conscience reconnaît bien mieux que le raisonnement : les nations en sont blessées à mort et dans leur puissance, et dans leur caractère; alors vous pouvez voir le vainqueur même dégradé, appauvri, et gémissant au milieu de ses tristes lauriers, tandis que, sur les terion déclare : « Qu'il ne faut point s'en prendre à Hélène de la guerre de n Troie, qui a coûté si clier aux Grecs; que la beauté de cette femme ne « fut que le moyen dont les dieux se servirent pour allumer la guerre en- « ire deux peu|)les, et faire couler le sang qui devait purifier la terre, <i souillée par le débordement de tous les crimes, w (Mot à mot, ^jowr POMPER les souillures.) Eurip., Orest. V, 1677-80.
Peu d'auteurs anciens se montrent i)lus versés qu'Euripide dans tous les dogmes de la théologie antique. Il a ])arlé comme Isaïe, et Mahomet a parlé comme l'un et lautre : Si Dieu, dit-il, n'élevait pas nation contre nation, la terre serait entièrement corrompue. (Alcoran , cité par le chevalier Wi 11. Joncs; hist. de Thamas-Kouli-Khan. Works, in-4'', tome V, pag. 8.) t'as est et ab Iioste doceri.
LES SOIRÉES DE SALVT-PETERSBOURG. "Zo
res du vaincu, vous ne trouverez, après quelques moments, pas un atelier, pas une charrue qui demande un homme.
La guerre est divine par l'indéfinissahle force qui en détermine les succès. C'était sûrement sans y réfléchir, mon cher chevalier, que vous répétiez l'autre jour la célèbre maxime, que Dieu est toujours pour les gros bataillons. Je ne croirai jamais qu'elle appartienne réellement au grand homme à qui on l'attribue^; il peut se faire enfin qu'il ait avancé cette maxime en se jouant, ou sérieusement dans un sens limité et très vrai ; car Dieu, dans le gouvernement temporel de sa providence, ne déroge point (le cas du miracle excepté) aux lois g-énérales qu'il a établies pour toujours. Ainsi, comme deux hommes sont plus forts qu'un, cent mille hommes doivent avoir plus de force et d'action que cinquante mille. Lorsque nous demandons à Dieu la victoire, nous ne lui demandons pas de déroger aux lois générales de l'univers; cela serait trop extravagant; mais ces lois se combinent de mille manières, et se laissent vaincre jusqu'à un point qu'on ne peut assigner. Trois hommes sont plus forts qu'un seul, sans doute : la proposition générale est incontestable; mais un homme habile peut profiter de certaines circonstances, et un seul Horace tuera les trois Curiaces. Un corps qui a plus de masse qiiun autre a plus de mouveinent : sans doute, si les vitesses sont égales; mais il est égal d'avoir trois de masse et deux de vitesse, ou trois de vitesse et deux de masse. De même une armée de 40,000 hommes est inférieure physiquement à une autre armée de 60,000 : mais si la première a plus de courage, d'expérience et de discipline, elle pourra battre la seconde ; car elle a plus d'action avec m^oins de