NEUVIÈME ENTRETIEN
Le sénateur. — Eh bien, Monsieur le comte, êtes-vous prêt sur cette question dont vous nous parliez hier^?
Le comte. — Je n'oublierai rien , Messieurs, pour vous satisfaire, selon mes forces; mais permettez-moi d'abord de vous faire observer que toutes les sciences ont des mystères, et qu'elles présentent certains points où la théorie en apparence la plus évidente se trouve en contradiction avec l'expérience. La politique, par exemple, offre plusieurs preuves de cette vérité. Qu'y a-t-il de plus extravagant en théorie que la monarchie héréditaire? Nous en jugeons par l'expérience; mais si l'on n'avait jamais ouï parler de gouvernement, et qu'il fallût en choisir un, on prendrait pour un fou celui qui délibérerait entre la monarchie héréditaire et l'élective. Cependant nous savons, dis-je, par l'expérience, que la première est, à tout prendre, ce que l'on peut imaginer de mieux, et la seconde de plus mauvais. Quels arguments ne peut-on pas accumuler pour établir que la souveraineté vient du peuple ! Cependant il n'en est rien. La souveraineté est toujours prise, jamais donnée; et une seconde théorie plus pro-