‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 23 sur 93 · Voy. pag · texte numérisé non relu

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fonde découvre ensuite qu'il en doit être ainsi. Qui ne diirait que la meilleure constitution politique est celle qui a été délibérée et écrite par des hommes d'Etat parfaitement au fait du caractère de la nation , et qui ont prévu tous les cas? néanmoins rien n'est plus faux. Le peuple le mieux constitué est celui qui a le moins écrit de lois constitutionnelles; et toute constitution écrite est nulle. Vous n'avez pas oublié ce jour où le professeur P... se déchaîna si fort ici contre la vénalité des charges établies en France. Je ne crois pas en effet qu'il y ait rien de plus révoltant au premier coup d'œil, et cependant il ne fut pas difficile de faire sentir, même au professeur, le paralogisme qui considérait la vénalité en elle-même , au lieu de la considérer seulement comme moyen d'hérédité; et j'eus le plaisir de vous convaincre qu'une magistrature héréditaire était ce qu'on pouvait imaginer de mieux en France,

Ne soyons donc pas étonnés si dans d'autres branches de nos connaissances, en métaphysique surtout et en histoire naturelle, nous rencontrons des propositions qui scandalisent tout à fait notre raison, et qui cependant se trouvent ensuite démontrées par les raisonnements les plus solides.

Au nombre de ces propositions, il faut sans doute ranger comme une des plus importantes celle que je me contentai d'énoncer hier : que le juste, souffrant volontairement , ne satisfait pas seulement pour lui-même , mais pour le coupable, qui, de lui-m,ême , ne pourrait s'acquitter.

Au lieu de vous parler moi-même, ou si vous voulez, avant de vous parler moi-même sur ce grand sujet, permettez. Messieurs, que je vous cite deux écrivains qui l'ont traité chacun à sa manière , et qui , sans jamais s'être lus ni connus mutuellement, se sont rencontrés avec un accord surprenant.

86 LKS SOIRÉES DE SAiNT-PÉTERSROlTRf;.

Le premier est un gentilhomme anglais, nommé Jennyngs, mort en 1787, homme distingué sous tous les rapports, et qui s'est fait beaucoup d'honneur par un ouvrage très court , mais tout à fait substantiel , intitulé : Examen de l' évidence intrinsèque du Christianisme * . Je ne connais pas d'ouvrage plus original et plus profondément pensé. Le second est l'auteur anonyme des Considérations sur la France -^ publiées pour la première fois en 1794. Il a été longtemps le contemporain de Jennyngs, mais sans avoir jamais entendu parler de lui ni de son livre avant l'année 1803 ; c'est de quoi vous pouvez être parfaitement sûrs. Je ne doute pas que vous n'entendiez avec plaisir la lecture de deux morceaux aussi singuliers par leur accord.

Le CHEVALIER. — Avcz-vous ces deux ouvrages? Je les lirais avec plaisir, le premier surtout, qui a tout ce qu'il faut pour me convenir, puisqu'il est très bon sans être long.

Le comte. — Je ne possède ni l'un ni l'autre de ces deux ouvrages , mais vous voyez d'ici ces volumes immenses couchés sur mon bureau. C'est là que , depuis plus de trente ans, j'écris tout ce que mes lecteurs me présentent de plus frappant. Quelquefois je me borne à de simples indications; d'autres fois je transcris mot à mot des morceaux essentiels ; souvent je les accompagne de

1. Ce livre fut traduit en français sous ce titre : Vxie de l'évidence de la Religion chrétienne, considérée en elle-même, par M. Jennyngs. Paris, 17G4, in-12. Le traducteur, M. Le Tourneur, se permit de mutiler et d'allérer l'ouvrage sans en avertir, ce qu'il ne faut, je crois, jamais faire. On lira avec plus de fruit la traduction de l'abbé de Feller avec des notes. Liège, 1779, in-12. Elle est inférieure du côté du style, mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Celle de Le Tourneur est remarquable par cette épigraphe, faite pour le siècle : Vous me persuaderiez piiesql'e d'être Chrétien. (Act. XXVI, 29.)

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