‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 45 sur 93 · C'est l'expression de l'antenr · texte numérisé non relu

C'est l'expression de l'antenr

« divin* ; que toujours elle les a interrogés sur l'avenir; « que, suivant une tradition bizarre, elle les avait décla- « rés antérieurs aux dieux; qu'elle avait consacré cer- « tains oiseaux à ses divinités principales ; que les prêtres (c égyptiens, au rapport de Clément d'Alexandrie, ne « mangeaient, pendant le temps de leurs purifications « légales, que des chairs de volatile, parce que les oi- « seaux étaient les plus légers de tous les animaux ~ , ei « que, suivant Platon, dans son livre des Lois, l offrande « la plus agréable quil soit possible de faire aux dieux , « c'est un oiseau'^; s'ils avaient considéré de plus cette « foule de faits surnaturels où les oiseaux sont intervenus, « et surtout l'honneur insigne fait à la colombe, je ne « doute pas qu'ils n'eussent été conduits à mettre en « question si la loi commune de la pesanteur affecte les « oiseaux vivants au même degré que le reste de la ma- « tière brute ou organisée.

1. Aristophane, dans sa comédie des Oiseaux, fait allusion à cette tradition antique :

OÙTo; ôè (opwç) yâsi irTepôevTi [xiyeî; 'vyyjw xaTct Tocpxapov eùpûv EvsÔTTsyffs YÈvoç yifi.£T£oov, xal upwTov âvïiyaYSv é; çw;. IIpÔTepov ô' oùx f,v yevoç àôavàTwv

nie vero alatus mistus chao et cagilinoso, in tartaro ingentc, Edidit nostrum genus, et primum eduxit in lucern : Neque enira deorum genus ante eral...

{Aristoph., Aves, V, 699, 702.)

2. Si la citation est exacte, ce que je ne puis vérifler en ce moment, il est superflu d'observer que cette expression doit être prise dans le sens vulgaire de viande légère. {Note de Véditeur.)

3. Les citations de mémoire sont rarement parfaitement exactes. Platon, dans cet endroit de ses œuvres, ne dit point que Voiseau (seul) est l'offrande la plus agréable. Il dit que les « offrandes les plus divines (ôsid- « xa-ca Stôpa) sont les oiseaux et les figures qu'un peintre peut exécuter » en un jour. » (0pp., tome IX, de Leg., lib. XII, page 206.) Il faut mettre le second article au nombre de ceux ou le bon plaisir du plus grand philosophe de l'antiquité fut d'être énigraalique ou même bizarre, sans qu'on sache pourquoi. [Note de l'éditeur.)

« Mais pour nous élever plus haut, si l'orgueilleux « aveug-le que je vous citais tout à l'heure au lieu de « lire Lucrèce , qu'il reçut à treize ans des mains d'un « père assassin i, avait lu les vies des saints , il aurait pu (( concevoir quelques idées justes sur la route qu'il fau- « drait tenir pour découvrir la cause de la pesanteur ; il « aurait vu que parmi les miracles incontestables opérés « par ces élus, ou qui s'opéraient sur leurs personnes, a et dont le plus hardi scepticisme ne peut ébranler la (( certitude , il n'en est pas de plus incontestable ni de « plus fréquent que celui du ravissement matériel. Lisez, « par exemple , les vies et les procès de canonisation de « saint François Xavier, de saint Philippe de Néri, de « sainte Thérèse ~, etc., etc., et vous verrez s'il est pos- « sible de douter. Contesterez-vous les faits racontés par

1. Ibid. page 23. 11 appelle quelque part Lucrèce son maître dans la physique. 11 ne doute pas d'avoir trouvé la solution du plus grand problème que les physiciens se soient jamais proposé, et que la plupart d'entre.eux avaient toujours regardé, ou comme absolument insoluble en soi, ou comme inaccessible à l'esprit humain, page 244. Cependant il se garde bien de se livrer à l'orgueil : Il n'a eu de plus que les autres hommes que le bonheur d'avoir été mené, encore écolier, à la bonne source, et d'y avoir puisé. (Page 150.) Et pour faire honneur à son maître, il dit en annonçant la mort d'un Écossais de ses amis : Que le pauvre homme s'en est allé quo non nata jacent. (Page 290.) Personne au moins ne saurait lui disputer le mérite de la clarté.

2. Je crus devoir cherciier et placer ici la narration o* sainte Thérèse décrit cet état extraordinaire.

« Dans le ravissement, dit-elle; on ne peut presque jamais y résister... « 11 arrive souvent que sans que nous y pensions... avec une impétuosité « si prompte et si forte, que nous voyons et sentons tout d'un coup éle- « ver la nuée dans laquelle ce divin aigle nous cache sous l'ombre de ses « ailes... Je résistais quelquefois un peu, mais je me trouvais après s. .< lasse et si fatiguée, qu'il me semblait que j'avais le corps tout brisé... « C'est un combat qu'on entreprendrait contre un très puissant géant... « En d'autres temps, il m'était impossible de résister à un mouvement si « violent : Je me sentais enlever l'âme et la tète, et oisuite tout te « corps, en sorte qu'Une touchait plus à la terre. Une chose aussi extraor- « diuaire m'étant arrivée un jour que j'étais à genoux au chœur, au milieu

<( cette sainte elle-même, dont le génie et la candeur éga- « laient la sainteté ! On croit entendre saint Paul racon- « tant les dons de la primitive Église , et prescrivant des « règles pour les manifester utilement , avec un naturel , « un calme , un sang- froid mille fois plus persuasifs que « les serments les plus solennels.

« Les jeunes gens, surtout les jeunes gens studieux, et « surtout encore ceux qui ont eu le bonheur d'échapper « à certains dangers , sont fort sujets à songer durant le « sommeil qu'ils s'élèvent dans les airs et qu'ils s'y meu- « vent à volonté ; un homme de beaucoup d'esprit et d'un « excellent caractère, que j'ai beaucoup vu jadis, mais « que je ne dois plus revoir, me disait un jour qu'il « avait été si souvent visité dans sa jeunesse par ces sortes « de rêves qu'il s'était mis à soupçonner, que la pesanteur « n'était pas naturelle à l'homme. Pour mon compte, je « puis vous assurer que l'illusion chez moi était quel- « quefois si forte que j'étais éveillé depuis quelques se- « condes avant d'être bien détrompé.

« Mais il y a quelque chose de plus grand que tout « cela. Lorsque le divin auteur de notre religion eut « accompli tout ce qu'il devait encore faire sur la terre « après sa mort, lorsqu'il eut donné à ses disciples les « trois dons qu'il ne leur retirera jamais, l'intelligence ',

« de toutes les religieuses, prête à commuaier, j'usai du droit que me don- « nait ma qualité de supérieure pour leur défendre d'en parler. Une autre « fois, etc. »

{Œuvres et vie de sainte Thérèse, écrite par elle-même et par l'ordre de ses supérieurs. Traduction d'Arnaud d'Andilly, Paris, 1680, in-fol., cap. XX, pag. 104). Voy. encore les Vies des Saints, trad. de l'anglais de Butter; 12 vol. in-8*. — Vie de saint Thomas, tome II, page 572. — De saint Philippe de Néri, tome IV, note d, page 541, seq. — Vie de saint François Xavier, par le P. Bouhours, in-12, tome II, page 572. — Prediche di Francesco Masotti, délia compagnia di Gesii. Venezia, 1769, page 330, etc.. etc.

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