Luc, XXIV
lo6 LES SOIRÉES DE SAINT-PÉTERSBOURG.
« la mission ', et l'indéfectibilité ~ ; alors, tout étant con- « sommé dans un nouveau sens , en présence de ses dis- « ciples qui venaient de le toucher et de manger avec lui, « l'Homme-Dieu cessa de peser et se perdit dans les nues,
« Il y a loin de là aux atom,es gravi fiques; cependant « il n'y a pas d'autre moyen de savoir ou de se douter « au moins de ce que c'est que la pesanteur. »
A ces mots, un éclat de rire, parti d'un coin du salon , nous déconcerta tous. Vous croirez peut-être que le commandeur se fâcha : pas du tout , il se tut ; mais nous vîmes sur son visage une profonde expression de tristesse mêlée de terreur. Je ne saurais vous dire combien je le trouvai intéressant. Le rieur, dont vous croirez sans doute deviner le nom, se crut obligé de lui adresser des excuses qui furent faites et reçues de fort bonne grâce. La soirée se termina très paisiblement.
La nuit , lorsque mes quatre rideaux m'eurent séparé^ par un double contour, des hommes, de la lumière et des affaires, tout ce discours me revint dans l'esprit. Quel mal y a-t-il donc, me disais-je, que ce digne homme croie que l'état de sainteté et les élans d'une piété ardente aient la puissance de suspendre, à l'égard de l'homme, les lois de la pesanteur, et qu'on peut en tirer des conclusions légitimes sur la nature de cette loi? Certainement il ny a rien de plus innocent.
Mais ensuite je me rappelais certains personnages de ma connaissance qui me paraissent être arrivés par le même chemin à un résultat bien différent. C'est pour eux qu'a été fait le mot à'illuminé , qui est toujours pris en mauvaise part. Il y a bien quelque chose de vrai dans ce mouvement de la conscience universelle qui condamne ces