‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 59 sur 93 · P. L., IX · texte numérisé non relu

P. L., IX

4. Trop de gens savent malheureusement dans quel endroit de ses œuvres Voltaire a nommé ces figures des Saints joufflus. Il n'y a pas, dans les jardins de l'inlelligence, une seule fleur que celle chenille n'ait souillée.

de connaissance et de conscience , c'est ce que je ne croirai jamais, à moins qu'il ne m'arrivât d'être averti que je me trompe par la seule puissance qui ait une autorité légitime sur la croyance humaine. Dans ce cas, je ne balancerais pas un instant , et au lieu que , dans ce moment, je n'ai que la certitude d'avoir raison, j'aurais alors la foi d'avoir tort. Si je professais d'autres sentiments, je contredirais de front les principes qui ont dicté l'ouvrage que je publie , et qui ne sont pas moins sacrés pour moi.

Quelque parti qu'on prenne sur la duplicité de l'homme, c'est sur la puissance animale^ sur la vie, sur lame (car tous ces mots signifient la même chose dans le langage antique) , que tombe la malédiction avouée par tout l'univers.

Les Égyptiens, que l'antiquité savante proclama les seuls dépositaires des secrets divins^ , étaient bien persuadés de cette vérité, et tous les jours ils en renouvelaient la profession publique; car lorsqu'ils embaumaient les corps, après qu'ils avaient lavé dans le via de palmier les intestins, les parties molles, en un mot tous les organes des fonctions animales , ils les plaçaient dans une espèce de coffre qu'ils élevaient vers le ciel, et l'un des opérateurs prononçait cette prière au nom du mort :

« Soleil, souverain maître de qui je tiens la vie, dai- « gnez me recevoir auprès de vous. J'ai pratiqué fidèlé- « ment le culte de mes pères; j'ai toujours honoré ceux « de qui je tiens ce corps, jamais je n'ai nié un dépôt; « jamais je n'ai tué. Si J'ai commis d'autres fautes, je n'ai « "point agi par fnoi-même , mais par ces choses-. » Et

1. ^gyptios solos divinaricm rerum conscios. (Macrob., Sat. I, 12.) On peut dire que cet écrivain parle ici au nom de toute l'antiquité.

2. 'A).>,à ôià xaùia. (Porphyr., De abstdn, et usu anim., IV, 10.)

tout de suite on jetait ces choses dans le fleuve, comme la cause de toutes les fautes que l'homme avait commises ' : après quoi on procédait à l' embaumement.

Or il est certain que , dans cette cérémonie , les Égyptiens peuvent être regardés comme de véritables précurseurs de la révélation qui a dit anathème à la chair, qui l'a déclarée ennemie de l'intelligence, c'est-à-dire de Dieu, et nous a dit expressément que tous ceux qui sont nés du sang ou de la volonté de la chair ne deviendront jam,ais enfants de Dieu-.

L'homme étant donc coupable par son principe sensible, par sa chair, par sa vie , l'anathème tombait sur le sang ; car le sang était le principe de la vie , ou plutôt le sang était la vie 3. Et c'est une chose bien singulière que ces vieilles traditions orientales , auxquelles on ne faisait plus d'attention, aient été ressuscitées de nos jours, et soutenues par les plus grands physiologistes.

Le chevalier Rosa avait dit , il y a longtemps , en Italie,

1. '£î; ahiav àTtâvTwv uv ô àv6pw7to; ■îîi/.apTEv. Atà taÙTa,.. (Plut., De USU mrn., Orat. II.), cités par M. Larcher dans sa précieuse traduction d'Héjodote, liv. II, g 85. Je ne sais au reste pourquoi ce grand helléniste a traduit ôià xaiJTa par c'ect pour ces choses; au lieu de, c'est par ces choses.

Il y a un rapport singulier entre cette prière des prêtres égyptiens et celle que l'Église prononce a côté des agonisants. « Quoiqu'il ait péché, il « a cependant toujours cru; il a porté dans son sein le zèle de Dieu; il n'a « cessé d'adorer le Dieu qui a tout créé, etc. »

Licet enim peccaverit, tamen credidit, et zelum Dei in se habuit, et

eum qui fecit omnia fideliter adoravit, etc.

2. Joh. I, 22, 13. Lorsque David disait : Spiritum rectum innova in visceribus mets, ce n'était point une expression vague ou une manière de parler : il énonçait un dogme précis et fondamental.

3. Vous ne mangerez point le sang des animaux, qui est leur vie. (Gen., IX. 4, 5 ) La vie de la chair est dans le sang; c'est pourquoi je vous l'ai donné, afin qu'il soit répandu sur l'autel pour l'expiation de vos péchés; car c'est par le sang que I'ame sera purifiée. {Lev. XIII, 11.) Gardez- vous de manger leur sang 'des animaux) car leur sang est leur vie; ainsi vous ne devez pas manger avec leur chair ce ^ni est leur vie; mais vous répandrez ce sang sur la terre comme l'eau. (Deut. XII, 23. 34, etc., etc.)

que le principe vital réside dans le sang^. Il a fait sur ce sujet de fort belles expériences, et il a dit des choses curieuses sur les connaissances des anciens à cet égard; mais je puis citer une autorité plus connue 2, celle du célèbre Hunter, le plus grand anatomiste du dernier siècle, qui a ressuscité et motivé le dogme oriental de la vitalité du sang

« Nous attachons , dit-il , l'idée de la vie à celle de Force ganisation ; en sorte que nous avons de la peine à foret cer notre imagination de concevoir un fluide vivant ; « mais r organisation n'a rien de commun avec la vie 3. Elle « n'est jamais qu'un instrument , une machine qui ne pro- « duit rien, même en mécanique , sans quelque chose qui « réponde à un principe vital, savoir une force

« Si l'on réfléchit bien attentivement sur la nature du « sang , on se prête aisément à l'hypothèse qui le suppose « vivant. On ne conçoit pas même qu'il soit possible d'en « faire une autre , lorsqu'on considère qu'il n'y a pas uni* « partie de l'animal qui ne soit formée du sang, que « nous venons de lui [yoe groiio ont ofit), et que, s'il n'a « pas la vie antérieurement à cette opération , il faut au <( moins qu'il l'acquière dans l'acte de la formation, puisée que nous ne pouvons nous dispenser de croire à l'exisee tence de la vie dans les membres ou différentes parties, ee dès qu'elles sont formées^.

1. On trouvera une belle analyse eie ce système dans les oeuvres du comte Giam-Rinaldo Caril-Rïibi. Milan, 1790, 30 vol. in-8°, tome IX.

2. Je ne dis pas plus décisive, car les pièces ne sont plus sous mes yeux, et jamais je n'ai pu les comparer. D'ailleurs, quand lîosa aurait tout dit, qu'importe? l'honneur <ie la priorité pour le système de la vitalité du sang ne lui serait point accordé. Sa patrie n'a ni flottes, ni armées, ni colonies; tant pis pour elle et tant pis pour lui.

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