‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 60 sur 93 · Vérité du premier ordre et de la plus grande évidence · texte numérisé non relu

Vérité du premier ordre et de la plus grande évidence

4. Voy. JoJiJi. Hunter's a Treatise on tlie blood, inflammation and Gunshot ivounds. London, 1794, in-4°.

Il parait que cette opinion du célèbre Hunter a fait fortune en Angleterre. Voici ce qu'on lit dans les Recherches asiatiques :

« C'est une opinion au moins aussi ancienne que Pline, « que le sang- est un fluide vivant ; mais il était réservé « au célèbre physiologiste Jean Hunter de placer cette opi- « nion au rang de ces vérités dont il n'est plus possible « de disputera »

La vitalité du sang", ou plutôt l'identité du sang- et de la vie étant posée comme un fait dont l'antiquité ne doutait nullement, et qui a été renouvelé de nos jours, c'était aussi une opinion aussi ancienne que le monde, que le ciel, irrité contre la chair et le sang-, ne pouvait être apaisé que par le sang; et aucune nation n'a douté qu'il n'y eût dans l'effusion du sang- une vertu expiatoire! Or, ni la raison, ni la folie n'ont pu inventer cette idée, encore moins la faire adopter généralement. Elle a sa racine dans les dernières profondeurs de la nature humaine , et l'histoire , sur ce point , ne présente pas uns seule dissonnance dans l'univers 2. La théorie entière reposait sur le dogme

1, Voy. le mémoire de M. Willian Boag sïtr le venin des serpents, dans les Recherches asiatiques, tome IV, in-4o, p. 108.

On a vu que Pline est bien jeune comparé à l'opinion de la vitalité du sang; voici ce qu'il dit sur ce sujet : Duas grandes venee... per alias minores omnibus membris vitalitatem rigant... viagnu est in eo vitalitatis portio,

(C. Plinii Sec, Hist. nat. curis Harduini. Paris, 1685; in-é»; t. II, lib. XII, cap. Lxix-Lxx, page 564, 565, 583.)

Hinc sedem anivise sanguinem esse veterum plerique dixerunt. (Nol. Hard., ibid., p. 583.)

2. C'était une opinion uniforme, et qui avait prévalu de toute part, que la rémission ne pouvait s'obtenir que par le sang, et que quelqu'un devait mourir pour le bonheur d'un autre. (Bryantis Mythology explaned, tome II, in-40, p. 455.)

Les Thalmudisles décident de plus que les péchés ne peuvent être eifacés que par le sang. (Huet., Dem. Evan. prop. IX, cap. cxlv.) Ainsi le dogme du salut par le sang se retrouve partout. Il brave le

de la réversibilité. On croyait (comme on a cru, comme on croira toujours) que r innocent pouvait payer pour le coupable; d'où l'on concluait que la vie étant coupable, une vie moins précieuse pouvait être offerte et acceptée pour une autre. On offrit donc le sang des animaux; et cette âme, offerte pour une «me, les anciens l'appelèrent antipsychon (àvriJ^u/ov), vicariam animam; comme qui dirait âme pour âme. ou âme substituée^.

Le docte Goguet a fort bien expliqué , par ce dogme de la substitution , ces prostitutions légales très connues dans l'antiquité, et si ridiculement niées par Voltaire. Les anciens, persuadés qu'une divinité courroucée ou malfaisante en voulait à la chasteté de leurs femmes , avaient imaginé de lui livrer des victimes volontaires , espérant ainsi que Vénus , tout entière à sa proie attachée , ne troublerait point les unions légitimes ; semblable à un animal féroce auquel on jetterait un agneau pour le détourner d'un homme-.

Il faut remarquer que , dans les sacrifices proprement dits, les animaux carnassiers, ou stupides, ou étrangers à l'homme, comme les bêtes fauves, les serpents, les poissons, les oiseaux de proie, etc., n'étaient point immolés 3. On choisissait toujours, parmi les animaux, les plus précieux par leur utilité , les plus doux , les plus innocents ,

temps et l'espace; il est indestructible, et cependant il ne découle d'aucune raison antécédente ni d'aucune erreur assignable.

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