‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 6 sur 93 · Awpiw çwvàv ëvap(ii6?ai IIEAIAQ, Olymp. III · texte numérisé non relu

Awpiw çwvàv ëvap(ii6?ai IIEAIAQ, Olymp. III

des espèces de cadavres dont l'esprit s'est retiré pour toujours. Que vous importent les chevaux de Hiéronon les mules d'Agésias? Quel intérêt prenez-vous à la noblesse des villes et de leurs fondateurs , aux miracles des dieux , aux exploits des héros, aux amours des nymphes? Le charme tenait aux temps et aux lieux; aucun effet de notre imagination ne peut le faire renaître. Il n'y a plus d'Olympie , plus d'Elide , plus d'Alphée ; celui qui se flatterait de trouver le Péloponèse au Pérou serait moins ridicule que celui qui le chercherait dans la Morée. David, au contraire, brave le temps et l'espace, parcn qu'il n'a rien accordé aux lieux ni aux circonstances : il n'a chanté que Dieu et la vérité immortelle comme lui. .Jérusalem n'a point disparu pour nous : elle est toute où nous sommes; et c'est David surtout qui nous la rend présente. Lisez donc et rehsez sans cesse les Psaumes, non, si vous m'en croyez, dans nos traductions modernes qui sont trop loin de la source, mais dans la version latine adoptée dans notre Église. Je sais que l'hébraïsme, toujours plus ou moins visible à travers la Vulgate, étonne d'abord le premier coup d'œil; car les Psaumes, tels que nous les lisons aujourd'hui , quoiqu'ils n'aient pas été traduits sur le texte , l'ont cependant été sur une version qui s'était tenue elle-même très près de l'hébreu; en sorte que la difficulté est la même : mais cette difficulté cède aux premiers efforts. Faites choix d'un ami qui, sans être hébraïsant , ait pu néanmoins , par des lectures attentives et reposées , se pénétrer de l'esprit d'une langue la plus antique, sans comparaison, de toutes celles dont il nous reste des monuments , de son laconisme logique, plus embarrassant pour nous que le plus hardi laconisme grammatical, et qui se soit accoutumé surtout à saisir la liaison des idées presque invisible chez les Orientaux, dont le génie bondissant n'entend rien aux nuances

européennes : vous verrez que le mérite essentiel de cette traduction est d'avoir su précisément passer assez près et assez loin de l'hébreu; vous verrez comment une syllabe, un mot, etjenesais quelle aide légère donnée à la phrase, feront jaillir sous vos yeux des beautés du premier ordre. Les Psaumes sont une \ér'ûahle pi'éparation évangélique ; car nulle part l'esprit de la prière , qui est celui de Dieu, n'est plus visible , et de toutes parts on y lit les promesses de tout ce que nous possédons. Le premier caractère de ces hymnes, c'est qu'elles prient toujours. Lors même que le sujet d'un psaume paraît absolument accidentel, et relatif seulement à quelque événement de la vie du Roi-Prophète, toujours son génie échappe à ce cercle rétréci; toujours il généralise : comme il voit tout dans l'immense unité de la puissance qui l'inspire , toutes ses pensées et tous ses sentiments se tournent en prières : il n'a pas une lig-ne qui n'appartienne à tous les temps et à tous les hommes. Jamais il n'a besoin de l'indulgence qui permet l'obscurité à l'enthousiasme; et cependant, lorsque l'Aigle du Cédron prend son vol vers les nues, votre œil pourra mesurer au-dessous de lui plus d'air qu'Horace n'en voyait jadis sous le Cygne de Dircé^. Tantôt il se laisse pénétrer par l'idée de la présence de Dieu , et les expressions les plus magnifiques se présentent en foule à son esprit : Où me cacher, où fuir tes regards pénétrants? Si j'emprunte les ailes de V aurore et que je rn' envole jusqu aux bornes de l'Océan, c'est ta main même qui m'y conduit et j'y rencontrerai ton pouvoir. Si je m'élance dans les deux, t'y voilà; si je m'enfonce dans r abîme , te voilà encore-. Tantôtil jette les yeux sur la nature, et ses transports nous apprennent de quelle ma-

t. Multa dircxiim levât aura Cycnum, etc. (llor.) 2. Ps. CXXXVIII, 7, 8, 9, 10.

nière nous devons la contempler. — Seigneur, dit-il , vous m'avez inondé de joie par le spectacle de vos ouvrages; je serai ravi en chantant les œuvres de vos mains. Que vos ouvrages sont grands, ô Seigneur ! vos desseins sont des abîmes; mais l'aveugle ne voit pas ces merveilles et l'insensé ne les comprend pas ^.

S'il descend aux phénomènes particuliers, quelle abondance d'images ! quelle richesse d'expressions ! Voyez avec quelle vigueur et quelle grâce il exprime les noces de la terre et de l'élément humide : Tu visites la terre dans ton amour et tu la combles de richesses! Fleuve du Seigneur, surmonte tes rivages! prépare la nourriture de l'homme, c'est Tordre que tu as reçu'^; inonde les sillons, va chercher les germes des plantes, et la terre, pénétrée de gouttes génératrices , tressaillera de fécondité 3. Seigneur, tu ceindras l'année d'une couronne de bénédictions; tes nuées distilleront V abondance^; des îles de verdure embelliront le désert^; les collines seront environnées d'allégresse; les épis se presseront dam les vallées; les troupeaux se couvriront de riches toisons; tous les êtres pousseront un cri de joie. Oui, tous diront une hymne à ta gloire^.

Mais c'est dans un ordre plus relevé qu'il faut l'entendre expliquer les merveilles de ce culte intérieur qui ne pouvait, de son temps, être aperçu que par l'inspiration. L'amour divin qui l'embrase prend chez lui un caractère prophétique; il devance les siècles et déjà il appartient à la loi de grâce. Comme François de Sales ou Fénelon, il

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