Asiat. Research., tome VII, p
en 1803 le nombre des femmes qu'un préjugé barbare conduisait sur le bûcher de leurs maris , trouva qu'il n'était pas moindre de trente mille par an^
Au mois d'avril 1802, les deux femmes d'Ameer- Jung, régent de Tanjore, se brûlèrent encore sur le corps de leur maTi. Le détail de ce sacrifice fait horreur : tout ce que la tendresse maternelle et filiale a de plus puissant, tout ce que peut faire un gouvernement qui ne veut pas user d'autorité , fut employé en vain pour empêcher cette atrocité : les deux femmes furent inébranlables ~.
Dans quelques provinces de ce vaste continent, et parmi les classes inférieures du peuple, on fait assez communément le vœu de se tuer volontairement, si l'on obtient telle ou telle grâce des idoles du lieu. Ceux qui ont fait ces vœux et qui ont obtenu ce qu'ils désiraient , se précipitent d'un lieu nommé Calabhairava , situé dans les montagnes entre les rivières Tapti et Nermada. La foire annuelle qui se tient là est communément témoin de huit ou dix de ces sacrifices commandés par la superstition 2.
1. Extraits des papiers anglais traduits dans la Gacelte de France du 19 juin 1804; n" 2369. — Annales lilléraires et morales, tome II. Paris, 1804 ; in-S", page 145. — M. Colebrooke, de la société de Calcutta, assure, à la vérité, dans les Recherches asiatiqxtes (Sir William Jones's works, Supplém., tome II, p. 722.), que le nombre de ces martyres de la superstition n a jamais été bien considérable, et que les exemples en sont devenus rares. Mais d'abord ce mot de rare ne présente rien de précis ; et j'observe d'ailleurs que le préjugé étant incontestable, et régnant sur une population de plus de soixante millions d'hommes peut-être, il semble devoir produire nécessairement un très grand nombre de ces atroces sacrifices.
2. Voy. The asiatic. annual Register , 1802, in-8°. On voit dans la relation que , suivant l'observation des chefs marattcs , ces sortes de sacrifices n'étaient point rares dans le Tanjore.