‹ Œuvres choisiesChapitre 19 sur 83 · Sir William Jone's works, loin. III^ ;;ap · texte numérisé non relu

Sir William Jone's works, loin. III^ ;;ap

ils rien de particulier et d'étrang-er à notre nature ? Pour moi, je n'en sais pas douter. Il est fait comme nous extérieurement? il nait comme nous ; mais c'est un être extraordinaire, et pour qu'il existe dans la famille humaine il faut un décret particulier, un Fiat de la puissance créatrice. Il est créé comme un monde. Voyez ce qu'il est dans l'opinion des hommes, et comprenez, si vous pouvez, comment il peut ignorer cette opinion ou l'affronter! A peine l'autorité a-t-elle désigné sa demeare, à peine a-t-il pris possession, que les autres habitations reculent jusqu'à ce qu'elles ne voient plus la sienne. C'est au milieu de cette solitude et de cette espèce de vide formé autour de lui qu'il vit seul avec sa femelle et ses petits, qui lui font connaître la voix de l'homme : «ans eux il n'en connaîtrait que les gémissements... Un signal lugubre est donné; un ministre abject de la justice vient frapper à sa porte et l'avertir qu'on a besoin de lui : il part; il arrive sur une place publique couverte d'une foule pressée et palpitante. On lui jette un empoisonneur, un parricide, un sacrilège : ille saisit, il l'étend, il le lie sur une croix horizontale, il lève le bras : alors il se fait un silence horrible, et l'on n'entend plus le cri des os qui éclatent sous la barre, et les hurlements de la victime. Il la détache; il la porte sur une roue : les membres fracassés s'enlacent dans les rayons; la tête pend; les cheveux se hérissent, et la bouche, ouverte comme une fournaise, n'envoie plus par intervalle qu'un petit nombre de paroles sanglantes qui appellent la mort. Il a fini : le cœur lui bat, mais c'est de joie; il s'applaudit, il dit dans son cœur : Nul ne roue mieux que moi. Il descend : il tend sa main souillée de sang, et la justice y jette de loin quelques pièces d'or qu'il emporte à travers une double haie d'hommes écartés par l'horreur. Il se met à table, et il mange; au lit ensuite, et il dort.

Et le lendemain, en s'éveillant, il songe à tout autre chose qu'à ce qu'il a fait la veille. Est-ce un homme? Oui : Dieu le reçoit dans ses temples et lui permet de prier. Il n'est pas criminel; cependant aucune langue ne consent à dire, par exemple, qu'il est vertueux, quil est honnête homme, qu'il est estimable, etc. Nul éloge moral ne peut lui convenir; car tous supposent des rapports avec les hommes, et il n'en a point.

Et cependant toute grandeur, toute puissance , toute subordination repose sur l'exécuteur : il est l'horreur et le lien de l'association humaine. Otez du monde cet agent incompréhensible; dans l'instant même l'ordre fait place au chaos, les trônes s'abîment et la société disparait. Dieu qui est l'auteur de la souveraineté, l'est donc aussi du châtiment : il a jeté notre terre sur ces deux pôles; car Jéhovah est le maître des deux pôleSj et sur eux il fait tourner le monde ^.

Il y a donc dans le cercle temporel une loi divine et visible pour la punition du crime; et cette loi, aussi stable que la société qu]elle fait subsister, est exécutée invariablement depuis l'origine des choses : le mal étant sur la terre, il agit constamment ; et, par une conséquence nécessaire, il doit être constamment réprimé par le châtiment; et en effet, nous voyons sur toute la surface du globe une action constante de tous les gouvernements pour arrêter ou punir les attentats du crime : le glaive de la justice n'a point de fourreau; toujours il doit menacer ou frapper. Qu'est-ce donc- qu'on veut dire lorsqu'on se plaint de V impunité du crime? Pour qui sont le knout, les gibets, les roues et les bûchers? Pour le crime apparemment. Les erreurs des tribunaux sont des exceptions qui n'ébranlent point la règle : j'ai d'ailleurs plusieurs

1. Domini cnimsuat cardines terrx, et posuit super eos orbem. (Cant. Annœ, I. Reg. Il, 8.)

LES SOIREES DE SAINT-PETERSBOURG. 2i

réflexions à vous proposer sur ce point. En premier lieu , ces erreurs fatales sont bien moins fréquentes qu'on ne l'imagine : l'opinion étant, pour peu qu'il soit permis de douter, toujours contraire à Tautorité, l'oreille du public accueille avec avidité les moindres bruits qui supposent un meurlre judiciaire; mille passions individuelles peuvent se joindre à cette inclination générale; mais j'en atteste votre longue expérience, Monsieur le sénateur; c'est une chose excessivement rare qu'un tribunal homicide par passion ou par erreur. Vous riez, Monsieur le chevalier!

Le chevalier. — C'est que dans ce moment j'ai pensé aux Calas; et les Calas m'ont fait penserait cheval et à toute I écurie '. Voilà comment les idées s'enchainent, et comment l'imagination ne cesse d'interrompre la raison.

Le comte. — Ne vous excusez pas, car vous me rendrez service en me faisant penser à ce jugement fameux qui me fournit une preuve de ce que je vous disais tout à l'heure. Rien de moins prouvé, Messieurs, je vous l'assure, que l'innocence de Calas. Il y a mille raisons d'en douter, et même de croire le contraire ; mais rien ne m'a frappé comme une lettre originale de Voltaire au célèbre Tronchin de Genève, que j'ai lue tout à mon aise, il y a quelques années. Au milieu de la discussion pablique la plus animée, où Voltaire se montrait et s'intilalait le tuteur de l'innocence et le vengeur de l'humanité, il bouffon n ait dans cette lettre comme s'il avait parlé de l'opéra-comique. Je me rappelle surtout cette phrase qui me frappa : Vous avez trouvé mon mémoire trop chaud, mais je vous en prépare un autre aubain-marie. C'est dans ce style grave et sentimental que le digne homme parlait à l'o-

1. A l'époque où la mémoire de Calas fut réhabilitée, le duc d'A... demandait à un habitant de Toulouse comment il était possible que le tribunal de cette ville se fût trompé aussi cruellement : à quoi ce dernier répondit par le proverbe trivial : Il n' y a pas de bon cheval qui ne bronche. A la bonne heure, répliqua le duc, mais toute %ine écurie!...

reille d'un homme qui avait sa confiance, tandis que l'Europe retentissait de ses Trénodies fanatiques.

Mais laissons là Calas. Qu'un innocent périsse, c'est un malheur comme un autre, c'est-à-dire commun à tous les hommes. Qu'un coupable échappe, c'est une autre exception du même genre. Mais toujours il demeure vrai, généralement parlant, qu'il y a sur la terre un ordre universel et visible pour la punition temporelle des crimes; et je dois encore vous faire observer que les coupables ne trompent pas à beaucoup près l'œil de la justice aussi souvent qu'il serait permis de le croire si l'on n'écoutait que la simple théorie, vu les précautions infinies qu'ils prennent pour se cacher. Il y a souvent dans les circonstances qui décèlent les plus habiles scélérats quelque chose de si inattendu, de si surprenant, de si imprévoyable, que les hommes, appelés par leur état ou par leurs réflexions à suivre ces sortes d'affaires, se sentent inclinés à croire que la justice humaine n'est pas tout à fait dénuée, dans la recherche des coupables, d'une certaine assistance extraordinaire.

Permettez-moi d'ajouter encore une considération pour épuiser ce chapitre des peines. Comme il est très possible que nous soyons dans l'erreur lorsque nous accusons la justice humaine d'épargner un coupable, parce que celui que nous regardons comme tel ne l'est réellement pas; il est, d'un autre côté, également possible qu'un homme envoyé au supplice pour un crime qu'il n'a pas commis, l'ait réellement mérité par un autre crime absolument inconnu. Heureusement et malheureusement il y a plusieurs exemples de ce genre prouvés par l'aveu des coupables; et il y en a, je crois, un plus grand nombre que nous ignorons. Cette dernière supposition mérite surtout une grande attention; car quoique les juges, dans ce cas, soient grandement coupables ou malheu-

reux, la Providence, pour qui tout est moyen, même l'obstacle, ne s'est pas moins servie du crime ou de l'ignorance pour exécuter cette justice temporelle que nous demandons ; et il est sûr que les deux suppositions restreignent notablement le nombre des exceptions. Vous voyez donc combien cette prétendue égalité que j'avais d'abord supposée se trouve déjà dérangée par la seule considération de la justice humaine.

De ces punitions corporelles qu'elle inflige, passons maintenant aux maladies. Déjà vous me prévenez. Si l'on ôtait de l'univers l'intempérance dans tous les genres, on en chasserait la plupart des maladies, et peut-être même il serait permis de dire toutes. C'est ce que le monde peut voir en général et d'une manière confuse ; mais il est bon d'examiner la chose de près. S'il n'y avait point de mal moral sur la terre, il n'y aurait point de mal physique; et puisqu'une infinité de maladies sont le produit immédiat de certains désordres, n'est-il pas vrai que l'analogie nous conduit à généraliser l'observation? Avez-vous présente, par hasard, la tirade vigoureuse et quelquefois un peu dégoûtante de Sénèque sur les maladies de son siècle? Il est intéressant de voir l'époque de Néron marquée par une affluence de maux inconnus aux temps qui la précédèrent. Il s'écrie plaisamment : « Se- « riez-vous par hasard étonné de cette innombrable quan- « tité de maladies? comptez les cuisiniers'. «Il se fâche surtout contre les femmes : « Hippocrate, dit-il, l'ora- « de de la médecine, avait dit que les femmes ne sont « point sujettes à la goutte. Il avait raison sans doute « de son temps; aujourd'hui il aurait tort. Mais puis- « qu'elles ont dépouillé leur sexe pour revêtir l'autre, « qu'elles soient donc condamnées à partager tous les

1. Innumerabiles esse morbos miraris? coquos numera (Sen., en. XCV.)

« maux de celui dont elles ont adopté tous les vices. Que (( le ciel les maudisse pour rinfâme usurpation que ces misé- « râbles ont osé faire sur le nôlrel^ » Il y a sans doute des maladies qui ne sont, comme on ne l'aura jamais assez dit, que les résultats accidentels d'une loi générale : l'homme le plus moral doit mourir; et deux hommes qui font une course forcée, l'un pour sauver son semblable et l'autre pour l'assassiner, peuvent l'un et l'autre mourir de pleurésie; mais quel nombre effrayant de maladies en général et d'accidents particuhers qui ne sont dus qu'à nos vices ! Je me rappelle que Bossuet, prêchant devant Louis XIV et toute sa cour, appelait la médecine en témoig'nag'iie sur les suites funestes de la volupté ^ Il avait grandement raison de citer ce qu'il y avait de plus frappant ; mais il aurait été en droit de généraliser l'observation; et pour moi, je ne puis me refuser au sentiment d'un nouvel apologiste qui a soutenu que toutes les maladies ont leur source dans quelque vice proscrit par l'Évangile ; que cette loi sainte contient la véritable médecine du corps autant que celle de l'âme ; de manière que, dans une société de justes qui en feraient usage, la mort ne serait plus que l'inévitable terme d'une vieillesse saine et robuste; opinion qui fut, je crois, celle d'Origène^. Ce

1. C'est en effet cela, à peu près du moins. Cependant on fera bien de lire le texte. L'épouvantable tableau que présente ici Sénèqjie mérite égaj'enient l'attention du médecin et celle du moraliste.

2. « Les tyrans ont-ils jamais inventé des tortures plus insupportables « que celles que les plaisirs font souffrir à ceux qui s'y abandonnent? Ils « ont amené dans le monde des maux inconnus au genre humain ; et les « médecins enseignent, d'un commun accord, que ces funestes complica- « tions de symptômes et de maladies qui déconcertent leur art, confondent « leurs expériences, démentent si souvent les anciens asphorismes, ont « leur source dans les plaisirs. » (Sermon contre l'amour des plaisirs. I^' point.)

Cet homme dit ce qu'il veut; rien n'est au-dessus ni au-dessous de lui.

3. Je n'ai rencontré nulle part cette observation dans les œuvres d'Origène; mais dans le livre des Principes il soutient que, si quelqu'un avait le loisir de chercher dans l'Écriture sainte tous les passages où il est

qui nous trompe sur ce point, c'est que lorsque TefFet n'estpasimmédiat, nous ne l'apercevons plus; mais il n'est pas moins réel. Les maladies, une fois établies, se propagent, se croisent, s'amalg-ament par une affinité funeste; en sorte que nous pouvons porter aujourd'hui la peine physique d'un excès commis il y a plus d'un siècle. Cependant, malgré la confusion qui résulte de ces affreux mélanges, l'analogie entre les crimes et les maladies est visible pour tout observateur attentif. Il y a des crimes actuels et originels, accidentels^ habituels, mortels et véniels. 11 y a des maladies de paresse, de colère, de gourmandise, d'incontinence, etc. Observez de plus qu'il y a des crimes qui ont des caractères, et par conséquent des noms distinctifs dans toutes les langues, comme le meurtre, le sacrilège, l'inceste, etc.; et d'autres qu'on ne saurait désigner que par des termes généraux, tels que ceux de fraude, d'injustice, de violence, de malversation, etc. Il y a même des maladies caractérisées, comme l'hydropisie, la phtisie, l'apoplexie, etc. ; et d'autres qui ne peuvent être désignées que par les noms généraux de malaises, d'incommf"lttti&, 4^ ùoiileurs, de fièvres innommées^ etc. Or, |.. ^ iuu.iiiiu est vertueux, et plus il est à l'abri des maladies ig^ia' pni des noms^.

question des maladies souffertes par des coupables, on tiuuveii. < '>.•:< ces maladies ne sont que des types qui figurent des vices ou des supplices spirituels. (ïlept io/wv, II, ii.) Ce qui est obscur probablement par la faute du traducteur latin.

L'apologiste cité par l'interlocuteur parait être l'auteur espagnol du Triomphe de l'Evangile.

1 . Mais il y a bien moins qu'on ne le croit communément de ces maladies caractérisées et clairement distinguées de toute autre; car les médecins du premier ordre avouent qu'on peut à peine compter trois ou quatre maladies, entre toutes, qui aient leur signe pathognomonique tellement propre . et exclusif, qu'il soit possible de les distinguer de toutes les autres. (Joan. Bap. Morgagni. Desedibus et causis morborum, Lib. V, in epist. ad Joan. Fried. Mechel.)

On serait tenté de dire : Pourquoi pas trois précisément, puisque toute

Bacon, quoique protestant, n'a pu se dispenser d'arrêter son œil observateur sur ce grand nombre de saints (moines surtout et solitaires) que Dieu a favorisés d'une longue vie^; et l'observation contraire n'est pas moins frappante, puisqu'il n'y a pas un vice, pas un crime, pas une passion désordonnée qui ne produise dans l'ordre physique un effet plus ou moins funeste, plus ou moins éloigné. Une belle analogie entre les crimes se tire de ce que le divin Auteur de notre Religion, qui était bien le maître, pour autoriser sa mission aux yeux des hommes, d'allumer des volcans ou de faire tomber la foudre, mais qui ne dérogea jamais aux lois de la nature que pour faire du bien aux hommes ; que ce divin Maitre, dis-je, avant de guérir les malades qui lui étaient présentés, ne manquait jamais de remettre leurs péchés, ou daignait rendre lui-même un témoignage public à la foi vive qui les avait réconciliés- : et qu'y a-t-il encore de plus marquant que ce qu'il a dit au lépreux : w Vous voyez que je vous ai guéri ; prenez garde main- <( tenant de ne plus pécher, de peur qu'il ne vous ar- « rive pis ? »

Il semble même qu'on est contait à pénétrer en quella hideuse famille des vices va se terminer à trois désirs? (Saint Jean, I, épilre 11, IG.)

1. Je crois devoir placer ici les paroles de Bacon tirées de son Histoire de la vie et de la mort.

« Quoique la vie humaine ne soit qu'un assemblage de misères et une accu- « mulation continuelle de péchés, et qu'ainsi elle soit bien peu de chose pour • celui qui aspire à l'éternité; néanmoins le chrétien même ne doit point la « mépriser, puisqu'il dépend de lui d'en faire une suite d'actions vertueuses. « JVoMS voyons en effet que le disciple Bien-aimé survécut à tous les autres, et « qu'un grand nombre de Pères de l'Église, surtout parmi les saints moines et « ermites, jjarvinrent à une extrême vieillesse; de manière que, depuis la ve- « nue du Sauveur, on peut croire qu'il a été dérogé à cette bénédiction de la « longue vie, moins qu'à toutes les autres bénédictions temporelles. » (Sir Francis Bacon's Works. London, 1803, in-8", tome VIII, pag. 358.)

2. Bourdaloue a fait à peu près la même observation dans son sermon sur la Prédestination : vis sanus fieri? chef-d'œuvre d'une logique saine et consolante.

que manière ce grand secret, si l'on réfléchit sur une vérité dont renonciation seule est une démonstration pour tout homme qui sait quelque chose en philosophie, savoir : « Que nulle maladie ne saurait avoir une cause matérielle ^ » Cependant, quoique la raison, la révélation et Texpérience se réunissent pour nous convaincre de la funeste liaison qui existe entre le mal moral et le mal physique, non seulement nous refusons d'apercevoir les suites matérielles de ces passions qui ne résident que dans l'âme, mais nous n'examinons point assez, à beaucoup près, les ravages de celles qui ont leurs racines dans les organes physiques, et dont les suites visibles devraient nous épouvanter davantage. Mille fois, par exemple, nous avons répété le vieil adage, que la table tue plus de monde que la guerre; mais il y a bien peu d'hommes qui réfléchissent assez sur l'immense vérité de cet axiome. Si chacun veut s'examiner sévèrement, il demeurera convaincu qu'il mange peut-être la moitié plus qu'il ne doit. De l'excès sur la quantité, passez aux abus sur la qualité : examinez dans tous ses détails cet art perfide d'exciter un appétit menteur qui nous tue; songez aux innombrables caprices de l'intempérance, à ces composi-

1. A l'appui de cette assertion, je puis citer le plus ancien et peut-être le meilleur des observateurs. // est impossible, a dit Hippocrate, de connaître la nature des maladies, si on ne les connaît dans l'INDlVISIBLE dont elles émanent f'Ev tw AMEPEI xaTà ik^àgy-Ci^ £$ r,; 5(£y.pî6yi\ (Hippocr. 0pp. Edit. Van der Linden, in-8°, tom. II. De Virginum viorbis, pag. 355.)

C'est dommage qu'il n'ait pas donné plus de développement à cette pensée ; mais je la trouve parfaitement commentée dans l'ouvrage d'un physiologiste moderne (Bartliez, Nouveaux éléments de la science de l'homme. Paris, 1806, 2 vol. in-S»), lequel reconnaît exjjressément que le principe vilal est un être, que ce principe est un, que nulle cause ou loi mécanique n'est recevable dans l'explication des phénomènes des corps vivants, qu'une maladie n'est (hors le cas des lésions organiques) qu'une affection de ce principe vital qui est indépendant du corps, selon toutes les vraisemblances (il a peurj, et que cette affectionest déterminée par l'influence qu'une cause quelconque jjeut exercer sur ce même principe.

Les erreurs qui souillent ce même livre ne sont quune offrande au siècle; elles déparent ses grands aveux sans les affaiblir.

SOIRÉES DE SAINT-PÉTERSlîOUliC. — T. I. 2

lions séductrices qui sont précisément pour notre corps ce que les mauvais livres sont pour notre esprit, qui en est tout à la fois surchargé et corrompu ; et vous verrez clairement comment la nature, continuellement attaquée par ces vils excès, se débat vainement contre nos attentats de toutes les heures ; et comment il faut, malgré ses merveilleuses ressources, qu'elle succombe enfin, et qu'elle reçoive dans nous les germes de mille maux. La philosophie seule avait deviné depuis longtemps que toute la sagesse de l'homme était renfermée en deux mots : susTiNE ET ABSTiNE^. Et quoiquc ccttc faible législatrice prête au ridicule, même par ses meilleures lois, parce qu'elle manque de puissance pour se faire obéir, cependant il faut être équitable et lui tenir compte des vérités qu'elle a publiées; elle a fort bien compris que les plus fortes inclinations de l'homme étant vicieuses au point qu'elles tendent évidemment à la destruction de la société, il n'avait pas de plus grand ennemi que lui-même, et que, lorsqu'il avait appris à se vaincre, il savait tout-. Mais la loi chrétienne, qui n'est que la volonté révélée de Celui qui sait tout et qui peut tout, ne se borne pas à de vains conseils : elle fait de l'abstinence en général, ou de la victoire habituelle remportée sur nos désirs, un précepte capital qui doit régler toute la vie de l'homme, et de plus, elle fait de la privation plus ou moins sévère , plus ou moins fréquente des plaisirs de la table, même permis, une loi fondamentale qui peut bien être modifiée selon les circonstances, mais qui de-

1. Souffre et abstiens-toi. C'est le fameux ANEXOY KAI AIIEXOY des Stoïciens.

2. Le plus simple, le plus pieux, le plus humble, et par toutes ces raisons le plus pénétrant des écrivains ascétiques, a dit « que notre affaire de tous les jours est de nous rendre plus forts que nous-mêmes ». Hoc deberet esse negotlum nostrum... quotidie se ipso fortioretn fieri. (De Imit., 1, 1, c. lu, n. 3), maxime qui serait digne d'Épiclète chrétien.

meure toujours invariable dans son essence. Si nous voulions raisonner sur cette privation qu'elle appelle jeûne, et la considérant d'une manière spirituelle, il nous suffirait d'écouter et de comprendre l'Ég-lise lorsquelle dit à Dieu, avec l'infaillibilité qu'elle en a reçue : Tu te sers d'une abstinence corporelle pour élever nos esprits jusqu'à toi, pour réprimer nos vices, pour nous donner des vertus que tu puisses récompenser • ; mais je ne veux point encore sortir du cercle temporel : souvent il m'est arrivé de songer avec admiration et même avec reconnaissance à cette loi salutaire qui oppose des abstinences légales et périodiques à l'action destructive que l'intempérance exerce continuellement sur nos organes, et qui empêche au moins cette force de devenir accélératrice en l'obligeant à recommencer toujours. Jamais on n'imagina rien de plus sage, même sous le rapport de la simple hygiène; jamais on n'accorda mieux l'avantage temporel de l'homme avec ses intérêts et ses besoins d'un ordre supérieur.

Le sénateur. — Vous venez d'indiquer une des grandes sources du mal physique, et qui seule justifie en grande partie la Providence dans ses voies temporelles, lorsque nous osons la juger sous ce rapport ; mais la passion la plus effrénée et la plus chère à la nature humaine est aussi celle qui doit le plus attirer notre attention, puisqu'elle verse seule plus de maux sur la terre que tous les autres vices ensemble. Nous avons horreur du meurtre; mais que sont tous les meurtres réunis, et la guerre même, comparés au vice, qui est comme le

1. Qui corporali jejunio vitia comprimis, mentem élevas, virtutem largiris et prscmia. (Préface de la Messe pendant le carême.)

Platon a dit que, si la nature n'avait pas des moyens physiques pour prévenir, du moins en partie, les suites de l'intempérance, ce vice brutal .suflirait seul pour rendre l'homme inhabile à tous les dons du génie, des grâces et de la verhi, et pour éteindre en lui l'esprit divin. (In Tira. 0pp., (om. X, pajre 394.)

mauvais principe, homicide dès le coimnencemenl^ , qui agit sur le possible, tue ce qui n'e.^iste point encore, et ne cesse de veiller sur les sources de la vie pour les appauvrir ou les souiller? Comme il doit toujours y avoir dans le monde, en vertu de sa constititution actuelle, une conspiration immense pour justifier, pour embellir, j'ai presque dit, pour consacrer ce vice, il n'y en a pas sur lequel les saintes pages aient accumulé plus d'anathèmes temporels. Le Sage nous dénonce avec un redoublement de sagesse les suites funestes des nuits coupables-; et si nous regardons autour de nous avec des yeux purs et bien dirigés, rien ne nous empêche d'observer l'incontestable accomplissement de ces anathèmes. La reproduction de l'homme, qui, d'un côté, le rapproche de la brute; l'élève, de l'autre, jusqu'à la pure intelligence par les lois qui environnent ce grand mystère de la nature, et par la sublime participation accordée à celui qui s'en est rendu digne. Mais que la sanction de ces lois est terrible I Si nous pouvions apercevoir clairement tous les maux qui résultent des générations désordonnées et des innombrables profanations de la première loi du monde, nous reculerions d'horreur. Voilà pourquoi la seule Religion vraie est aussi la seule qui, sans pouvoir tout dire à l'homme, se soit néanmoins emparée du mariage et l'ait soumis à de saintes ordonnances 3, Je crois même que sa

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