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LES SOIRÉES DE SALNT-rÉTERSBOUUG. 39
avec la volonté antérieure et déterminée d'obéir aux plans de celui qui l'envoie. S'il se trompe sur l'étendue des effets qu'il attribue à cette volonté, il faut avouer qu'il se trompe biea innocemment, et j'ose ajouter bien heureusement.
Le comte, — J'admets de tout mon cœur cette règle de l'utilité, qui est commune à tous les hommes ; mais nous en avons une autre, vous et moi, Monsieur le chevalier, qui nous garde de toute erreur; c'est celle de l'autorité. Qu'on dise, qu'on écrive tout ce qu'on voudra; nos pères ont jeté l'ancre, tenons-nous-y, et ne craignons pas plus les illuminés que les impies. En écartant, au reste, de cette discussion tout ce qu'on pourrait reg-arder comme hypothétique, je serai toujours en droit de poser ce principe incontestable, que les vices moraux peuvent augmenter le nombre et l'intensité des maladies jusqu'à un point quil est impossible d'assigner, et réciproquement, que ce hideux empire du mal physique peut être resserré par la vertu, jusqu'à des bornes quil est tout aussi impossible de fixer ^.
1. Croyons donc de toutes nos forces, avec cet excellent pliilosopbe hébreu, qui avait uni la sagesse d'Athènes et de Meinphis à celle de Jérusalem, que la juste peine de celui qui offense son Créateur esi d'être mis sous la main du médecin. (Eccl., XXXVIII, 15.) Ecoutons-le avec une religieuse attention lorsqu'il ajoute : Les médecins prieront exix-mêmes le Seigneur afin qu'il leur donne un heureux succès dans le soulagement et la guérison du malade, pour lui conserver la vie. {Ibid. 14.) Observons que dans la loi divine qui a tout fait pour l'esprit, il y a cependant un sacrement, c'est-à-dire un moyen spirituel directement établi pour la guérison des maladies corporelles, de manière que l'effet spirituel est mis, dans celte drconstance, à la seconde place. (Jac, V, 14-15.) Concevons, si nous pouvons, la force opératrice de la prière du juste (Jac, V, 16), surtout de cette prière apostolique qui, par une espèce de charme divin, suspend les douleurs les plus violentes et fait oublier la mort. Je l'ai vu souvent à qui les écoute avec foi. (Bossuet, Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans.)
Et nous comprendrons sans peine l'opinion de ceux qui sont persuadés que la première qualité d'un médecin est la lùété. Quant à moi, je déclare préférer infiniment au médecin impie le meurtrier des grands chemins, contre lequel au moins il est permis de se défendre, et qui ne laisse pas d'ailleurs d'être peudu de temps en temps.
Comme il n'y a pas le moindre doute sur la vérité de cette proposition, il n'en faut pas davantage pour justifier les voies de la Providence même dans l'ordre temporel, si l'on joint surtout cette considération à celle de la justice humaine, puisqu'il est démontré que, sous ce double rapport, le privilège de la vertu est incalculable, indépendamment de tout appel à la raison, et même de toute considération religieuse. Voulez-vous maintenant que nous sortions de l'ordre temporel?
Le chevalier. — Je commence à m'ennuyer si fort sur la terre, que vous ne me fâcheriez pas si vous aviez la bonté de me transporter un peu plus haut. Si donc...
Le sénateur. — Je m'oppose au voyage pour ce soir. Le plaisir de la conversation nous séduit, et le jour nous trompe ; car il est minuit sonné. Allons donc nous coucher sur la foi seule de nos montres, et demain soyons fidèles au rendez-vous.
Le comte. — Vous avez raison : les hommes de notre âge doivent, dans cette saison, se prescrire une nuit de convention pour dormir paisiblement, comme ils doivent se faire un jour factice en hiver pour favoriser le travail. Quant à }l. le chevalier, rien n^empêche qu'après avoir quitté ses graves amis, il n'aille s'amuser dans le beau monde. Il trouvera sans doute plus d'une maison où l'on n'est point encore à table.
Le chevalier. — Je profiterai de votre conseil, à condition cependant que vous me rendrez la justice de croire que je ne suis point sûr, à beaucoup près, de m'amuser dans ce beau monde autant qu'ici. Mais dites-moi, avant de nous séparer, si le bien et le mal ne seraient point, par hasard, distribués dans le monde comme le jour et la nuit. Aujourd'hui nous n'allumons les bougies que pour la forme : dans sLx mois nous les éteindrons à peine. A Quito on les allume et les éteint chaque jour à la même
heure. Entre ces deux extrémités, le jour et la nuit vont croissant deTéquateurau pôle, et en sens contraire dans un ordre invariable; mais, à la fin de l'année, chacun a son compte, et tout homme a reçu ses quatre mille trois cent quatre-vingts heures de jour et autant de nuit. Qu'en pensez-vous, Monsieur le comte?
Le comte, — Nous en parlerons demain.
FL\ DU PREMIER ENTRFnfcSf.