‹ Œuvres choisiesChapitre 26 sur 83 · Dià anterem romanam. Tit. Liv · texte numérisé non relu

Dià anterem romanam. Tit. Liv

2. Théog., V. 114. Consultez, au sujet des Étrusques, Carli-Rubhi, Lettere americane, p. III, lett. ii, p. 94, — 104 de ledit. in-8° de Milan. Lanzi, Sag'jio di lingua étrusca, etc., 3 vol. in-8'', Roma, 1780.

3. Veneris stelhv naluram Pythagoras rleprehendit. Olynipiad. XLII, qui fuit annus urbis CXLII. Plin., Hist. nat., lib. II, cap. 8, tom. I, pag. 150. Edit. Hard. in-4". llacrob. Saturn, I. XII. — Mauiice's History of Indostan, in-40. tom. I, pag. 167.

4. On peut lire cette histoire dans le traité de Plutarque, De Iside et Osiride, C3ip. XII. — 11 faut remarquer que la soixante-douzième partie du jour multipliée par 360 donne les cinq jours qu'on ajouta, dans l'antiquité, pour former l'année solaire, et que 360 multipliés parce même nombre donnent celui de 25,9'20, qui exprime la grande révolution résultant de la précession des équinoxes.

5. Eî-a cù osôia:, x. t. X. Sept. Sap. conv., Edit. Steph. in-fol., tom. II, jiag. 149. Amyot a traduit : « Les Égyptiens disent que les astres, en faisant

58 LES SOIRÉES DE SAINT-PÉTERSBOaRG.

Vous pourrez , quand il vous plaira , vous donner le plaisir de vérifier ce texte. Julien, dans l'un de ses fades discours (je ne sais plus lequel), appelle le soleil le dieu mixsept rayons ^ Où avait-il pris cette singulière épithète? Certainement elle ne pouvait lui venir que des anciennes traditions asiatiques qu'il avait recueillies dans ses études théurgiques ; et les livres sacrés des Indiens présentent un bon commentaire de ce texte, puisqu'on y lit que sept jeunes vierges s'étant rassemblées pour célébrer la venue de Crischna-, qui est l'Apollon Indien, le dieu apparut tout à coup au milieu d'elles, et leur proposa de danser; mais que ces vierges s'étant excusées sur ce qu'elles manquaient de danseurs, le Dieu y pourvut en se divi-

o leurs révolutions ordinaires, sont une fois haut et puis une fois bas, et, « selon leur hauteur et leur bassesse, deviennent pires ou meilleurs, qu'ils « n'étaient, etc. » (Banq. des sept sages, c. XL]

1. C'est dans le V« discours qu'il emploie celte expression remarquable; et il en fait honneur en effet aux Chaldéens. Il est vrai que Pétau, à la marge de son édition (in-4o, pag. 323), cite un manuscrit qui porte eTrâxTtva ^éov, au lieu de eTr-ràxTiva; mais la première leçon est évidemment l'ouvrage d'un copiste qui, ne comprenant rien à ces sept rayons, dut s'applaudir beaucoup d'avoir imaginé cette correction. Elle prouve seulement combien il faut se garder de corriger les manuscrits sans pouvoir s'appuyer d'une autre autorité écrite.

2. Ce n'est pas précisément cela. La fable indienne ne dit point que ces vierges fussent au nombre de sept, mais dans le monument qui représente la fable, et dont on a envoyé une copie en Europe, on voit en effet sept jeunes filles {Maurice s hist. of Ind., tom. I, pag. 108); ce qui semble néanmoins revenir au même, d'autant plus que les brahmcs soutiennent expressément que le soleil a sept rayons primitifs. (Sir William Jone's Works, supplem., in-4o, tom. II, pag. 116.)

[Note de l'éditeur.) Pindare a dit (Olymp. Vil, 13-135. Edit. Heinii. Goiting., 1798, in-8", tom. I, pag. 98.) « qu'après que les dieux se furent divisé la terre, et que « le soleil, oublié dans le partage, eut retenu pour lui l'île de Rhodes qui « venait de sortir du sein de la mer, il eut de la nymphe qui donna son « nom à l'ile i»/;? {ils d'un esprit merveilleux ; » el l'on peut voir de plus dans le grand ouvrage du P. de Montfaucon, que toutes les figures qui représentent Apollon ou le Soleil ont la tête ornée de sept rayons lumineux ou d'un diadème à sept pointes, ce qui revient encore au même. D'une manière ou d'une autre, on voit constamment le nombre sept attaché au Soleil, el ceci m'a toujours paru remarquable. [Antiq. expL, Paris, 1722, in-fol., tom. TU, chap. VI, pag. 119 et suiv.)

sant lui-même, de manière que chaque fille eût son Crischna. Ajoutez que le véritable système du monde fut parfaitement connu dans la plus haute antiquité*. Songez que les pyramides d'Egypte, rigoureusement orientées, précèdent toutes les époques certaines de l'histoire; que les arts sont des frères qui ne peuvent vivre et briller qu'ensemble ; que la nation qui a pu créer des couleurs capables de résister à l'action libre de l'air pendant trente siècles , soulever à une hauteur de six cents pieds des masses qui braveraient toute notre mécanique ', sculpter sur le granit des oiseaux dont un voyageur moderne a pu reconnaître toutes les espèces 3; mais que cette nation, dis-je, était nécessairement tout aussi éminente dans les autres arts, et savait même nécessairement une foule de choses que nous ne savons pas. Si de là je jette les yeux sur l'Asie , je vois les murs de Nemrod élevés sur une terre encore humide des eaux du déluge , et des observations astronomiques aussi anciennes que la ville. Où placerons-nous donc ces prétendus temps de barbarie et d'ignorance? De plaisants philosophes nous ont dit : Les siècles ne nous manquent pas : ils vous manquent très fort ; car l'époque du déluge est là pour étouffer tous les romans de l'imagination ; et les observations géologi-

1. On peut voir sur ce point les nombreux témoignages de l'antiquité recueillis dans la belle préface que Copernic a placée à la tête de son fameux livre De Orb. cal. RevoL, dédié au pape Paul III, grand protecteur des sciences et surtout de l'astronomie. On peut observer, à propos de ce livre, que les souverains Pontifes ont puissamment favorisé la découverte du véritable système du monde par la protection qu'ils accordèrent, à diflerentes époques, aux défenseurs de ce système. Il est devenu tout à fait inutile de parler de l'aventure de Galilée, dont les torts ne sont plus ignorés que de l'ignorance. Voy. les Mém. lus à l'acad. de Mantoue, par l'abbé Tiraboschi. Storia délia letterat. îiaZ. , Venezia, 1796, in-8'', tom. S. pag. 313. et seq. )

2. voy. les Antiq. égypt., grecq., etc., de Cayliis, in 4°, tom. V, préface.

3. Voyez le voyage de Bruce et celui de Hassel([uist, cité par M. Bryant. tfew System, or analysis of ancient Mylhology, etc.; in-4o, tom. III, p. 301.

ques qui démontrent le fait , en démontrent aussi la date, avec une incertitude limitée, aussi insignifiante, dans le temps, que celle qui reste sur. la distance de la lune à nous, peut l'être dans l'espace. Lucrèce même n'a pu s'empêcher de rendre un témoignage frappant à la nouveauté de la famille humaine; et la physique, qui pourrait ici se passer de l'histoire , en tire cependant une nouvelle force , puisque nous voyons que la certitude historique finit chez toutes les nations à la même époque, c'est-à-dire vers le viii® siècle avant notre ère. Permis à des gens qui croient tout , excepté la Bible , de nous citer les observations chinoises faites il y a quatre ou cinq mille ans , sur une terre qui n'existait pas , par un peuple à qui les jésuites apprirent à faire des almanachs à la fin du xvi^ siècle ^ ; tout cela ne mérite plus de discussion : laissons-les dire 2. Je veux seulement vous

1. Sénèque a dit : Philosophi credula gens. (Qusest. nat. V, 26.) Eh! comment ne seraient-ils pas crédules, ceux qui croient ce qu'ils veulent? Les exemples ne manquent pas. Ceux-ci sont remarquables. Ne les avonsnous pas vus, pendant plus d'un demi-siècle, nous démontrer l'impossibilité physique du déluge par le défaut d'eau nécessaire à la grande submersion! xMais du moment que, pour former les montagnes par voie de précipitation, il leur a fallu plus d'eau que n'en suppose le déluge, ils n'ont pas hésité d'en couvrir le globe jusqu'au-dessus des Cordillères. Dites que les blocs gigantesques qui forment certains monuments du Pérou pourraient bien être des pierres factices, vous trouverez sur-le-champ un de ces messieurs qui vous dira : Je ne vois rien là que de très probable. {Lettres améric, tom. I, lettre vi, pag. 93; note du traducteur.) Montrez-leur la pierre de Sibérie, qui est à l'Académie des sciences de Saint- Pétersbourg, et qui pèse 2,000. C'est un aérolithe, diront-ils; elle est tombée des nues et s'est formée en un clin d'œil. Mais s'agil-il des couches terrestres, c'est autre chose. Un Péruvien peut fort bien faire du granit impromptu, comme il s'en forme en l'air très souvent; mais, pour la roche calcaire, Dieu ne s'en tirera pas en moins de soixante mille ans: il faut qu'il en passe par là.

2. Bailli avait démontré que les fameuses tables de Trivalore remontaient à l'époque si célèbre dans l'Inde du Cali-Yag, c'est-à-dire à deux mille ans au moins avant notre ère. Mais ne voilà-l-il pas que ces tables se sont trouvées écrites, et même par bonheur datées vers la (in du xui* siècle! (De l'antiquité du Surya-Sidhanta, par M. Bentley, dans les Rech. asiat., in-i"», tom. VI, pag. 538.) Quel malheur pour la science, si les

présenter une observation que peut-être vous n'avez pas faite : c'est que tout le système des antiquités indiennes ayant été renversé de fond en comble par les utiles travaux de l' Académie de Calcutta, et la simple inspection d'une carte géographique démontrant que la Chine n'a pu être peuplée qu'après l'Inde, le même coup qui a frappé sur les antiquités indiennes a fait tomber celles de la Chine, dont Voltaire surtout n'a cessé de nous assourdir.

L'Asie, au reste, ayant été le théâtre des plus grandes merveilles, il n'est pas étonnant que ses peuples aient conservé un penchant pour le merveilleux plus fort que celui qui est naturel à l'homme en général, et que chacun peut reconnaître dans luimême. De là vient qu'ils ont toujours montré si peu de goût et de talent pour nos sciences de conclusions. On dirait qu'ils se rappellent encore la science primitive et l'ère de Vintuition. L'aigle enchaîné demande-t-il une montgolfière pour s'élever dans les airs? Non, il demande seulement que ses liens soient rompus. Et qui sait si ces peuples ne sont pas destinés encore à contempler des spectacles qui seront rufusés au génie ergoteur de l'Europe? Quoi qu'il en soit, observez, je vous prie, qu'il est impossible de songer à la science moderne sans la voir constamment environnée de toutes les machines de l'esprit et de toutes les méthodes de l'art. Sous l'habit étriqué du Nord, la tête perdue dans les volutes d'une chevelure menteuse , les bras chargés de livres et d'instru-

Français avaient dominé dans l'Inde pendant la fièvre irréligieuse qui a travaillé ce grand peuple, et qui ne parait encore affaiblie que parce qu'elle affaibli le malade ! Ces détestables lettrés du dernier siècle se seraient coalisés avec les brahmes pour étouffer la vérité, et l'on ne sait plus deviner comment elle se serait fait jour. L'Europe doit des actions de grâce à la Société anglaise de Calcutta, dont les honorables travaux ont brisé cette arme dans les mains des malintentionnés.

ments de toute espèce , pâle de veilles et de travaux , elle se traîne souillée d'encre et toute pantelante sur la route de la vérité, baissant toujours vers la terre son front sillonné d'algèbre . Rien de semblable dans la haute antiquité. Autant qu'il nous est possible d'apercevoir la science des temps primitifs à une si énorme distance , on la voit toujours libre et isolée, volant plus qu'elle ne marche , et présentant dans toute sa personne quelque chose d'aérien et de surnaturel. Elle livre aux vents des cheveux qui s'échappent d'une mitre orientale; Véphod couvre son sein soulevé par l'inspiration ; elle ne regarde que le ciel ; et son pied dédaigneux semble ne toucher la terre que pour la quitter. Cependant, quoiqu'elle n'ait jamais rien demandé à personne et qu'on ne lui connaisse aucun appui humain, il n'est pas moins prouvé qu'elle a possédé les plus rares connaissances ^ : c'est une grande preuve, si vous y songez bien, que la science antique avait été dispensée du travail imposé à la nôtre, et que tous les calculs que nous établissons sur l'expérience moderne sont ce qu'il est possible d'imaginer de plus faux. LE CHEVALIER. — Vous vcucz de uous prouvcr, mon bon ami, qu'on parle volontiers de ce qu'on aime. Vous m'aviez promis un symbole sec : mais votre profession de foi est devenue une espèce de dissertation. Ce qu'il y a de bon , c'est ce que vous n'avez pas dit un mot des sauvages qui l'ont amenée.

1. L'ouvrage célèbre de M. Bryant, A new System, or an Analysis of ancient mythology, etc. London, 1776, in-4°, 3 vol., peut être considéré comme un savant commentaire de celte proposition. Un livre de ce genre contient nécessairement une partie hypothétique; mais l'ensemble de l'ouvrage, et le HI« volume surtout, me semblent présenter une véritable démonstration de la science primitive, et même des puissants moyens physiques qui furent mis à la disposition des premiers hommes, puisque leurs ouvrages matériels passent les forces humaines, qualia nunc hominum producit corpora tellus. Caylus a défié l'Europe entière avec toute sa mécanique de construire une pyramide d'Egypte. (Rech. d'anliq., etc., in-4°, tom. V, préf.)

LE COMTE. — Je VOUS avoue que sur ce point je suis comme Job, plein de discours^. Je les répands volontiers devant vous; mais que ne puis-je, au prix de ma vie, être entendu de tous les hommes et m'en faire croire! Au reste, je ne sais pourquoi vous me rappelez les sauvages. Il me semble, à moi, que je n'ai pas cessé un moment de vous en parler. Si tous les hommes viennent des trois couples qui repeuplèrent l'univers , et si le genre humain a commencé par la science , le sauvage ne petit plus être, comme je vous le disais, qu'une branche détachée de l'arbre social. Je pourrais encore vous abandonner la science , quoique très incontestable , et ne me réserver que la Religion , qui suffit seule , même à un degré très imparfait, pour exclure l'état de sauvage. Partout où vous verrez un autel, là se trouve la civilisation. Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre, est moins savant que nous , sans doute , mais plus véritablement social, s'il assiste au catéchisme et s'il en profite. Les erreurs les plus honteuses , les plus détestables cruautés ont souillé les annales de Memphis, d'Athènes et de Rome; mais toutes les vertus réunies honorèrent les cabanes du Paraguay. Or, si la religion de la famille de Noé dut être nécessairement la plus éclairée et la plus réelle qu'il soit possible d'imaginer, et si c'est dans sa réalité même qu'il faut chercher les causes de sa corruption , c'est une seconde démonstration ajoutée à la première, qui pouvait s'en passer. Nous devons donc reconnaître que l'état de civilisation et de science dans un certain sens , est l'état naturel et primitif de l'homme. Ainsi toutes les traditions orientales commencent par un état de perfection et de lumières, je dis encore de lumières surnaturelles; et la Grèce, la menteuse Grèce, qui a tout osé dans l'Iiisfoire,

1. Plemis sum enim sermonibus... loquar, et respirabo paululum. Job., XXXII, 18-20.

rendit hommage à cette vérité en plaçant son âge d'or à l'origine des choses^. Il n'est pas moins remarquable qu'elle n'attribue point aux âges suivants, même à celui de fer, l'état sauvage ; en sorte que tout ce qu'elle nous a conté de ces premiers hommes vivant dans les bois , se nourrissant de glands, et passant ensuite à l'état social la met en contradiction avec elle-même , ou ne peut se rapporter qu'à des cas particuliers , c'est-à-dire à quelques peuplades dégradées et revenues ensuite péniblement à l'élat de nature, qui est la civilisation. Voltaire, c'est tout dire, n'a pas avoué que la devise de toutes les nations fut toujours : l'âge d'or le premier se montra SUR la terre? Eh bien , toutes les nations ont donc protesté de concert contre l'hypothèse d'un état primitif de barbarie , et sûrement c'est quelque chose que cette protestation.

Maintenant, que m'importe l'époque à laquelle telle ou telle branche fut séparée de l'arbre? Elle l'est, cela me suffit : nul doute sur la dégradation, et, j'ose le dire aussi , nul doute sur la cause de la dégradation , qui ne peut être qu'un crime. Un chef de peuple ayant altéré chez lui le principe moral par quelques-unes de ces prévarications qui, suivant les apparences, ne sont plus possibles dans l'état actuel des choses, parce que nous n'en savons heureusement plus assez pour devenir coupables à ce point; ce chef de peuple, dis-je, transmit l'anathème à sa postérité ; et toute force cons-

1. Il l'a dit en effet dans l'Essai sur les mœurs, etc., aurea prima sata estiiitas. Chap. iv. (Œuvr. de Volt., in-8°, 1785, tom. XVI, ;;. 289.) — Il est bien remarquable que les mômes traditions se sont retrouvées en Amérique. Le règne de Quetzalcoatl était l'âge d'or des peuples d'Anahnac: alors tous les animaux, les hommes mêmes vivaient en paix ; la terre produisait sans culture ses plus riches moissons... mais ce règne et le bonheur du monde ne furent pas de longue durée, etc. (Vues des Cordillères et monum. de l'Amérique, par M. de HuvnboMt, in-S", tom. 1, planche VII, p. 3.)

tante étant de sa nature accélératrice , puisqu'elle s'a joute continuellement à elle-même , cette dégradation pesant sans intervalle sur les descendants, en a fait à la fin ce que nous appelons des sauvages. C'est le dernier degré d'abrutissement que Rousseau et ses pareils appellent Vétat de nature. Deux causes extrêmement différentes ont jeté un nuage trompeur sur l'épouvantable état des sauvages : l'une est ancienne, l'autre appartient à notre siècle. En premier lieu, l'immense charité du sacerdoce catholique a mis souvent, en nous parlant de ces hommes, ses désirs à la place de la réalité. Il n'y avait que trop de vérité dans ce premier mouvement des Européens qui refusèrent, au siècle de Colomb, de reconnaître leurs semblables dans les hommes dégradés qui peuplaient le nouveau monde. Les prêtres employèrent toute leur influence à contredire cette opinion qui favorisait trop le despotisme barbare des nouveaux maîtres. Ils criaient aux Espagnols : « Point rt de violences, l'Évangile les réprouve ; si vous ne savez « pas renverser les idoles dans le cœur de ces malheu- « reux, à quoi bon renverser leurs tristes autels? Pour « leur faire connaître et aimer Dieu, il faut une autre « tactique et d'autres armes que les vôtres ^. » Du sein des déserts arrosés de leur sueur et de leur sang, ils volaient à Madrid et à Rome pour y demander des édits

1. Peut-être l'interlocuteur avait-il en vue les belles représentations que le père Barthélemi d'Olmedo adressait à Cortez, et que l'élégant Solis nous a conservées. Porque se compadecian mal la violencia y et Evangelio; y uqxiello en la substancia, era derribar los aloares y dexar los idolos en el corazon, etc., etc. (Conquesta de la Nueva Esp., 111, 3.) J'ai lu quelque chose sur l'Amérique :je n'ai pas connaissance d'un seul acte de violence mis à la charge des prêtres, excepté la célèbre aventure de Valverde, qui prouverait, si elle était vraie, qu'il y avait un fou en Espagne dans le seizième siècle; mais elle porte tous les caractères intrinsèques de la fausseté. Il ne m'a pas été possible d'en découvrir l'origine ; un Espagnol infiniment instruit m'a dit : Je crois que c'est un conte de cet imbécile de Garcilasso.

SCIRÉ s D2 SAINT-PÉTEr>SBOlIBr.. — T. I. q

('■G .l-K.S SOir/'ÎS DE SAINT-PÉTERSBOURG.

et des bulles contre l'impitoyable avidité qui voulait asservir les Indiens. Le prêtre miséricordieux les exaltait pour les rendre précieux ; il atténuait le mal, il exagérait le bien, il promettait tout ce qu'il désirait ; enfin Kobertson, qui n'est pas suspect, nous avertit, dans son histoire d'Amérique, qu^il faut se défier à ce sujet de tous les écrivains qui ont appartenu au clergé, vu quils sont en général trop favorables aux indigènes. Une autre source de faux jugements qu'on a portés sur eux se trouve dans la philosophie de notre siècle, qui s'est servie des sauvages pour étayer ses vaines et coupables déclamations contre l'ordre social; mais la moindre attention suffit pour nous tenir en garde contre les erreurs de la charité et contre celles de la mauvaise foi. On ne saurait fixer un instant ses regards sur le sauvage sans lire l'anathème écrit, je ne dis pas seulement dans son âme, mais jusque sur la forme extérieure de son corps. C'est un enfant difforme, robuste et féroce, en qui la flamme de l'intelligence ne jette plus qu'une lueur pâle et intermittente. Une main redoutable appesantie sur ces races dévouées efface en elles les deux caractères distinctifs de notre grandeur, la prévoyance et la perfectibilité. Le sauvage coupe l'arbre pour cueillir le fruit; il dételle le bœuf que les missionnaires viennent de lui confier, et le fait cuire avec le bois de la charrue. Depuis plus de trois siècles il nous contemple sans avoir rien voulu recevoir de nous, excepté la poudre pour tuer ses semblables, et l'eau-de-vie pour se tuer luimême; encore n'a-t-il jamais imaginé de fabriquer ces choses : il s'en repose sur notre avarice, qui ne lui manquera jamais. Comme les substances les plus abjectes et les plus révoltantes sont cependant encore suscepti- })les d'une certaine dégénération, de même les vices naturels de l'humanité sont encore viciés dans le sau-

vage. Il est voleur, il est cruel, il est dissolu, mais il l'est autrement que nous. Pour être criminels, nous surmontons notre nature : le sauvage la suit, il a l'appétit du crime, il n'en a point les remords. Pendant que le fils tue son père pour le soustraire aux ennuis de la vieillesse, sa femme détruit dans son sein le fruit de ses brutales amours pour échapper aux fatigues de l'allaitement. 11 arrache la chevelure vivante de son ennemi vivant ; il le déchire, il le rôtit, et le dévore en chantant ; s'il tombe sur nos liqueurs fortes, il boit jusqu'à l'ivresse, jusqu'à la fièvre, jusqu'à la mort, également dépourvu de la raison qui commande à l'homme par la crainte, et de l'instinct qui écarte l'animai p.ule dégoût. 11 est visiblement dévoué; il est frappé dans les dernières profondeurs de son essence morale ; il fait trembler l'observateur qui sait voir : mais voulons-nous trembler sur nous-mêmes et d'une ma»nière très salutaire? songeons qu'avec notre intelligence, notre morale, nos sciences et nos arts, nous sommes précisément à l'homme primitif ce que le sauvage est à nous, ,1e ne puis abandonner ce sujet sans vous suggérer encore une observation importante : le barbare . qui est une espèce de moyenne proportionnelle entre l'homme civilisé et le sauvage , a pu et peut encore être civilisé par une religion quelconque; mais le sauvage proprement dit ne l'a jamais été que par le christianisme. C'est un prodige du premier ordre, une espèce de rédemption, exclusivement réservée au véritable sacerdoce. Eh ! comment le criminel condamné à la mort civile pourrait-il rentrer dans ses droits sans lettre de grâce du souverain? et quelles lettres de ce g-enre ne sont pas contresignées*? plus vous y réfléchirez, et plus vous serez con-

1. J'applaudis de tout mon cœur à ces grandes vérités . Tout peuple sauvage s'appolle LO-HAMMi: el iusfiu'à ce qu'il lui ait été dit : Vous êtes mon

vaincus qu'il n'y a pas moyen d'expliquer] ce grand phénomène des peuples sauvages, dont les véritables philosophes ne se sont point assez occupés.

Au reste, il ne faut pas confondre le sauvage avec le barbare. Chez l'un le germe de la vie est éteint ou amorti ; chez l'autre il a reçu la fécondation et n'a plus besoin que du temps et des circonstances pour se développer. De ce moment la langue qui s'était dégradée avec l'homme, renaît avec lui, se perfectionne et s'enrichit. Si l'on veut appeler cela langue nouvelle, j'y consens : l'expression est juste dans un sens; mais ce sens est bien différent de celui qui est adopté par les sophistes modernes, lorsqu'ils parlent de langues nouvelles ou inventées.

Nulle langue n'a pu être inventée, ni par un homme qui n'aurait pu se faire obéir, ni par plusieurs qui n'auraient pu s'entendre. Ce qu'on peut dire de mieux sur la parole, c'est ce qui a été dit de celui qui s'appelle PAROLE. // s'est élancé avant tous les temps du sein de son principe; il est aussi ancien que Vélernilé... Qui pourra raconter son origine^? Déjà, malgré les tristes préjugés du siècle, un physicien,... oui, en vérité, un physicien! a pris sur lui de convenir avec une timide intrépidité, que Vhomme avait parlé d'abord, parce çm'on lui avait parlé. Dieu bénisse la particule on, si utile dans les occasions difficiles. En rendant à ce premier effort toute la justice qu'il mérite, il faut cependant convenir que tous ces philosophes du dernier siècle, sans excepter même les meilleurs, sont des poltrons qui ont 'peur des esprits.

peuple, jamais il ne pourra dire : Vous êtes mon Dieu! (Osée, H, 24.) On peut lire un très bon morceau sur les sauvages dans le Journal du

Nord. Septembre, 1807, mXXXV, |). 704 ef suiv. Robertson (Histoire de

l'Amer., tom. II, I. 4) a parfaitement décrit l'abrutissemeat du sauvage.

C'est un portrait également vrai et bideux. 1. Egressus ejus ab initio, à diehus eeternitatis... Gcnerationem ejus

qui enarrabit! Miellée, V, 2;Isaie, LUI, 8.

Rousseau, dans une de ses rapsodies sonores, montre aussi quelque envie de parler raison. Il avoue que les langues lui paraissent une assez belle chose. La pfirole, cette main de l'esprit, comme dit Charron, le frappe d'une certaine admiration; et, tout considéré, il ne comprend pas bien clairement comme elle a été inventée. Mais le grand Condillac a pitié de cette modestie. Il s'étonne qu'un homme d'esprit comme Monsieur Rousseau ait cherché des difficultés où il n'y en a point; qu'il n'ait pas vu que les langues se sont formées insensiblement, et que chaque homme y a mis du sien. Voilà tout le mystère, Messieurs : une génération a dit ba, et l'autre, be; les Assyriens ont inventé le nominatif, et les Mèdes le génitif.

Quis inepti

Tarn patiens capitis, tam ferreus ut teneat se

Mais je voudrais, avant de finir sur ce sujet, recommander à votre attention une observation qui m'a toujours frappé. D'où vient qu'on trouve dans les langues primitives de tous les anciens peuples des mots qui supposent nécessairement des connaissances étrangères à ces peuples? Où les Grecs avaient-ils pris, par exemple, il y a trois mille ans au moins, l'épithète de Physizoos (donnant ou possédant la vie) qu'Homère donne quelquefois à la terre? et celle de Phereshios, à peu près synonyme, que lui attribue Hésiode^? Où avaient-ils pris l'épithète encore plus singulière de Philemale [amoureuse ou altérée de sang) donnée à cette même terre dans

1. Iliade, III, 243; XXI, 63. Odyssée, XI, 300. Hésiod. 0pp. etDies, v. 694. Cet ouvrage était depuis longtemps entre mes mains lorsque j'ai rencontré l'observation suivante faite par un homme accoutumé à voir, et né pour bien voir : Plusieurs idiomes, dit-il, qui n'appartiennent aujourd'hui qu'à des peuples barbares, semblent être les débris de langues riches, flexibles et annonçant une culture avancée. (Monum. des peuples indigènes de l'Amérique, par M. de Humboldt. Paris, 1816, in-S°. liilrod. p. 20.)

une tragédie'? Qui leur avait enseigné de nommer le soufre, qui est le chijQfre du feu, le divin-'! Je ne suis pas moins frappé du nom de Cosmos, donné au monde 3. Les Grecs le nommèrent beauté, parce que tout ordre est beauté, comme dit quelque part le bon Eustathe, et que l'ordre suprême est dans le monde. Les Latins rencontrèrent la même idée, et l'exprimèrent par leur mot Mundus, que nous avons adopté en lui donnant seulement une terminaison française, excepté cependant que l'un de ces mots exclut le désordre, et que l'autre ex-

1. Sçàyia SàV-' àuTw, y^ç <ï>IAAIMATOY poat. (Eurip., Pliœn. V, 179.) Eschyle avait dit auparavant :

Des deux frères rivaux, l'un par l'autre égorgés, La terre but le sang, etc.

[Les Sept Chefs, acte IV, se. 1.)

Ce qui rappelle une expression de l'Écriture sainte : La terre a ouvert la bouche et anv le sang de ton frère (Gen., IV, 11).

Et Racine qui avait à un si haut degré le sentiment de l'antique, a transporté cette ex])rpssion (un peu déparée par une épithète oiseuse) dans sa tragédie de Phèdre, II, 1.

Et la terre humectée, But à regret le sang des neveux d'Erecthée,

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