‹ Œuvres choisiesChapitre 32 sur 83 · Nihil est in intellectu quod priùs non fuerit sub sensu · texte numérisé non relu

Nihil est in intellectu quod priùs non fuerit sub sensu

2. Santeuil disait qu'il préférait à sa plus belle composition, l'hYmne,

Puisque vous savez le latin, Monsieur le chevalier, je ne voudrais pas répondre qu'à l'âge de cinquante ans et retiré dans votre vieux manoir, si Dieu vous le rend, vous n'empruntiez saint Thomas à votre curé pour juger par vous-même de ce grand homme. Mais je reviens à la question. Puisque saint Thomas fut surnommé VAnge de Vécole, c'est lui surtout qu'il faut citer pour absoudre l'école; et en attendant que M. le chevalier ait cinquante ans, c'est à vous, Monsieur le sénateur, que je ferai connaître la' doctrine de saint Thomas sur les idées. Vous verrez d'abord qu'il ne marchande point pour décider que l'intelligence, dans notre état de dégradation, ne comprend rien sans imageK Mais entendez-le parler ensuite sur l'esprit et sur les idées. Il distinguera soigneusement v( Vintellect passif ou cette puissance « qui reçoit les impressions de Vintellecl actif (qu'il « nomme aussi possible), de l'intelligence proprement « dite qui raisonne sur les impressions. Le sens ne « connaît que l'individu; l'intelligence seule s'élève à « l'universel. Vos yeux aperçoivent un triangle; mais « cette appréhension qui vous est commune avec l'ani- « mai ne vous constitue vous-même que simple ani- « mal ; et vous ne serez homme ou intelligence qu'en vous « élevant du triangle à la triangulilé. C'est cette puis- « sance de généraliser qui spécialise l'homme et le « fait ce qu'il est, car les sens n'entrent pour rien dans « cette opération ; ils reçoivent les impressions et les « transmettent à l'intelligence; mais celle-ci peut seule (( les rendre intelligibles. Les sens sont étrangers à « toute idée spirituelle, et même ils ignorent leur

ou, comme on dit, la prose de saint Thomas, pour la fête du Saint-Sacrement : Laucla, Sion, Salvatorem, etc., etc.

1. Intellectus noster, secumlkm statum prxsentem, nihil intelliglt sine phantasmatc. S. Thom. Adversùs génies. Lib. III, cap. xli.

« propre opération, la vue ne pouvant se voir ni « voir qu'elle voit. »

Je voudrais encore vous faire lire la superbe cléîînition de la vérité, que nous a donnée saint Thomas. La vérité, dit-il, est une équation entre ï affirmation et son objet. Quelle justesse et quelle profondeur! c'est un éclair de la vérité qui se définit elle-même, et il a bien eu soin de nous avertir qu'il ne s'agit d'équation qu'entre ce quon dit de la chose et ce qui est dans la chose; « mais qu'à l'é- « gard de l'opération spirituelle qui affirme, elle n'admet « aucune équation », parce qu'elle est au-dessus de tout et ne ressemble à rien, de manière qu'il ne peut y avoir aucun rapport, aucune analogie, aucune équation entre la chose comprise et l'opération qui comprend.

Maintenant, que les idées universelles soient innées dans nous, ou que nous les voyions en Dieu, ou comme on voudra, n'importe; c'est ce que je ne veux point examiner dans ce moment : le point négatif de la question est sans contredit ce qu'elle renferme de plus important; établissons d'abord que les plus grands, les plus nobles, les plus vertueux génies de l'univers se sont accordés à ■ rejeter l'origine sensible des idées. C'est la plus sainte, la 1 plus unanime, la plus entraînante protestation de l'esprit humain contre la plus grossière et la plus vile des erreurs: pour le surplus, nous pouvons ajourner la question.

Vous voyez. Messieurs, que je suis en état de diminuer un peu le nombre de ces noms respectables dont vous me parliez, Monsieur le chevalier. Au reste, je ne refuse point d'en reconnaître quelques-uns parmi les défenseurs du sensibilisme (ce mot, ou tout autre qu'on trouvera meilleur, est devenu nécessaire); mais, dites-moi, ne vous est-il jamais arrivé, ou par malheur, ou par faiblesse, I de vous trouver en mauvaise compagnie? Dans ce cas, comme vous savez, il n'y a qu'un mot à dire : Sortez

tant que vous y êtes, ou a droit de se moquer de vous, pour ne rien dire de plus.

Après ce petit préliminaire, Monsieur le chevalier, je voudrais d'abord, si vous me faisiez l'honneur de me choisir pour votre introducteur dans ce genre de philosophie, vous faire observer avant tout que toute discussion sur l'origine des idées est un énorme ridicule, tant qu'on n'a pas décidé la question de V essence de rame. Vous permettrait-on dans les tribunaux de demander un héritage comme parent, tant qu'il serait douteux si vous l'êtes? Eh bien, Messieurs, il y a de même dans les discussions philosophiques, de ces questions que les gens de loi appellent préjudicielles, et qui doivent être absolument décidées avant qu'il soit permis de passer à d'autres, Si l'estimable Thomas a raison dans ce beau vers :

L'homme vit par son âme, et l'âme est la pensée,

tout est dit; car si la pensée est essence, demander l'origine des idées, c'est demander l'origine de l'origine. Voilà Condillac qui nous dit : Je m'occuperai de V esprit humain, nonpouren connaître la nature^ cequiserait téméraire; mais seulement pour en examiner les opérations. Ne soyons pas la dupe de cette hypocrite modestie : toutes les fois que vous voyez un philosophe du dernier siècle s'incliner respectueusement devant quelque problême, nous dire que la question passe les forces de l'esprit humain; quil n'entreprendra point de la résoudre, etc., tenez pour sûr qu'il redoute, au contraire, le problème comme trop clair, et qu'il se hâte de passer à côté pour conserver le droit de troubler l'eau. Je ne connais pas un de ces messieurs à qui le titre sacré d'honnête homme convienne parfaitement. Vous en voyez ici un exemple : pourquoi mentir? pourquoi dire qu'on ne veut point prononcer sur l'essence de l'âme, tandis qu'on prononce très expressément

â8 LES SOIRÉES DE SAINT-PÉTERSBOURG.

sur le point capital en soutenant que les idées nous viennent par les sens, ce qui chasse manifestement la pensée de la classe des essences? Je ne vois pas n'ailleurs ce que la question de l'essence de la pensée a de plus difficile que celle de son origine qu'on aborde si courageusement. Peut-on concevoir la pensée comme accident d'une substance qui ne pense pas? ou bien peut-on concevoir l'accident-pensée se connaissant lui-même, comme pensant et méditant sur V essence de son sujet qui ne pense pas? Voilà le problème proposé sous deux formes différentes, et pour moi je vous avoue que je n'y vois rien de désespérant ; mais enfin on est parfaitement libre de le passer sous silence, à la charge de convenir et d'avertir même, à la tête de tout ouvrage sur l'origine des idées, qu'on ne le donne que pour un simple jeu d'esprit, pour une hypothèse tout à fait aérienne, puisque la question n'est pas admissible sérieusement tant que la précédente n'est pas résolue. Mais une telle déclaration faite dans la préface accréditerait peu le livre; et qui connaît cette classe d'écrivains ne s'attendra guère à ce trait de probité.

Je vous faisais observer ensuite, Monsieur le chevalier, une insigne équivoque qui se trouve dans le titre même de tous les livres écrits dans le sens moderne, sur l'origine des idées, puisque ce mot à'origine peut désigner également la cause seulement occasionnelle et excitatrice, ou la cause productrice des idées. Dans le premier cas, il n'y a plus de dispute, puisque les idées sont supposées préexister; dans le second, autant vaut précisément soutenir que la matière de l'étincelle électrique est produite par l'excitateur.

Nous rechercherions ensuite pourquoi l'on parle toujours de l'origine des idées, et jamais de l'origine des pensées. Il faut bien qu'il y ait une raison secrète de la

préférence constamment donnée à l'une de ces expressions sur l'autre : ce point ne tarderait pas à être éclairci; alors je vous dirais, en me servant des paroles mêmes de Platon que je cite toujours volontiers : Entendonsnous, vous et moi, la même chose par ce mot de pensée. Pour moi, la pensée est le discours que l'esprit se tient

A lui-même ^.

Et cette définition sublime vous démontrerait seule la vérité de ce que je vous disais tout à l'heure : que la question de V origine des idées est la même que celle de Vorigine de la parole; car la pensée et la parole ne sont que deux magnifiques synonymes ; l'intelligence ne pouvant penser sans savoir qu'elle pense, ni savoir qu'elle pense sans parler, puisqu'il faut qu'elle dise : je sais.

Que si quelque initié aux doctrines modernes vient vous dire que vous parlez parce qu'on vous a parlé ; demandez-lui (mais vous comprendra-t-il?) siY entendement, à son avis, est la même chose que V audition; et s'il croit que, pour entendre la parole, il suffit d'entendre le bruit qu'elle envoie dans l'oreille?

Au reste, laissez, si vous voulez, cette question décote. Si nous voulions approfondir la principale, je me hâterais de vous conduire à un préliminaire bien essentiel, celui de vous convaincre qu'après tant de disputes, on ne s'est point encore entendu sur la définition des idées innées. Pourriez-vous croire que jamais Locke n'a pris la peine de nous dire ce qu'il entend par ce mot? cependant rien n'est plus vrai. Le traducteur français de Bacon déclare, en se moquant des idées innées, qu'il avoue ne pas sesou-

1. Tô Se SiavoÈaôai àp' ôjisp èyw xaXsIç;... Xoyov ôv aùtè Tcpô; aOrriv ^<h^yjh 6i£Ï£py£Tat. iPlato, in Thext. 0pp., t II, p. 150-121.) - ' '

Verbe, parole et raison^ c'est la même chose (Bossuet, VI Avert. aux Protestants, N° 48), et ce verbe, cette parole, cette raison, est un être, une hypostase réelle, dans l'image comme dans l'original. C'est pourquoi il est écrit die verbo, et non pas die verbum.

BIBUOTHECA

venir d'avoir eu dans le sein de sa mère connaissance du carré de l'hypoténuse. Voilà donc un homme d'esprit (car Locke en avait beaucoup) qui prête aux philosophes spiritualistes la croyance qu'unfœtus, dansleseinde samère, sait les mathématiques, ou que nous pouvons savoir sans apprendre; c'est-à-dire, en d'autres termes, apprendre sans apprendre ; et que c'est là ce que les philosophes nomment idées innées.

Un écrivain bien différent et d'une tout autre autorité, qui honore aujourd'hui la France par des talents supérieurs et par le noble usage qu'il en sait faire, a cru argumenter d'une manière décisive contre les idées innées, en demandant : Comment, si Dieu avait gravé telle ou « telle idée dans nos esprits, Vhomme pourrait parvenir c< à les effacer? Comment, par exemple, l'enfant idolâtre, « naissant ainsi que le chrétien avec la notion distincte « d'un Dieu unique, peut cependant être ravalé au point « de croire à une multitude de dieux ? »

Que j'aurais de choses à vous dire sur cette notion distincte et sur l'épouvantable puissance, dont l'homme n'est que trop réellement en possession, d'effacer plus ou moins ses idées innées et de transmettre sa dégradation ! Je m'en tiens à vous faire observer ici une confusion évidente de Vidée ou de la simple notion avec ['affirmation, deux choses cependant toutes différentes : c'est la première qui est innée, et non la seconde ; car, personne, je crois, ne s'est avisé de dire qu'il y avait des raisonnements innés. Le déiste dit : Ilya qu'un Dieu, et il a raison: l'idolâtre dit : Il y en aplusieurs, et il a tort ; il se trompe, mais comme un homme qui se tromperait dans une opération de calcul. S'en suivrait-il par hasard que celui-ci n'aurait pas l'idée du nombre? Au contraire, c'est une preuve qu'il la possède ; car, sans cette idée, il n'aurait pas même l'honneur de se tromper. En effet, pour se tromper,

il faut affirmer ; ce qu'on ne peut faire sans une puissance quelconque du verbe être, qui est l'âme de tout verbe ' , et toute affirmation suppose une notion préexistante. Il n'y aurait donc, sans l'idée antérieure d'un Dieu, ni théistes, ni polythéistes, d'autant qu'on ne peut dire ni oui ni non sur ce qu'on ne connaît pas, et qu'il est impossible de se tromper sur Dieu, sans avoir l'idée de Dieu. C'est donc la notion ou la pure idée qui est innée et nécessairement étrangère aux sens : que si elle est assujettie à la loi du développement, c'est la loi universelle de la pensée et de la vie dans tous les cercles de la création terrestre. Du reste, toute notion est

vraie

Vous voyez. Messieurs, que sur cette grande question (et je pourrais vous citer bien d'autres exemples), on en est encore à savoir précisément de quoi il s'agit.

Un dernier préliminaire enfin non moins essentiel serait de vous faire observer cette action secrète, qui, dans toutes les sciences...

Le sénateur. — Croyez-moi, mon cher ami, ne vous jouez pas davantage sur le bord de cette question; car le pied vous glissera, et nous serons obligés de passer ici la nuit.

Le comte. — Dieu vous en préserve, mes bons amis, €ar vous seriez assez mal logés. Je n'aurais cependant

1. Tant que le verbe ne parait pas dans la phrase, l'homme ne parle pas, il BRUIT. (Plutarque, Questions platoniques, chàp.ix; traduction d'Amyot.)

2. Celui qui tenait ce discours, il y a plus de dix ans, se doutait peu alors qu'il était à la veille de devenir le correspondant et bientôt l'ami de l'illustre philosophe dont la France a tant de raison de s'enorgueillir ; et qu'en recevant de la main même de M. le vicomte de Bonald la collection précieuse de ses œuvres, il aurait le plaisir d'y trouver la preuve que le célèbre auteur de la Législation primitive s'était enfin rangé parmi les plus respectables défenseurs des idées innées. Au reste, on n'entend parler ici que de la proposition négative qui nie l'origine immatérielle des idées; le surplus est une question entre nous, une question de famille, dont les matérialistes ne doivent pas se mêler.

pitié que de vous, mon cher sénateur, et point du tout de cet aimable soldat qui s'arrangerait fort bien sur un canapé.

Le chevalier. — Vous me rappelez mes bivouacs; mais quoique vous ne soyez pas miKtaire, vous pourriez aussi nous raconter de terribles nuits. Courage, mon cher ami ! certains malheurs peuvent avoir une certaine doi> ceur; j'éprouve du moins ce sentiment, et j'aime àcroire \

que je le partage avec vous. i

Le comte. — Je n'éprouve nulle peine à me résigner; je vous l'avouerai même, si j'étais isolé, et si les coups qui m'ont atteint n'avaient blessé que moi, je ne regarderais tout ce qui s'est passé dans le monde que comme •*, un grand et magnifique spectacle qui me livrerait tout "l entier à l'admiration; mais que le billet d'entrée m'a i coûté cher!... Cependant je ne murmure point contre la J puissance adorable qui a si fort rétréci mon appartement. Voyez comme elle commence déjà à m'indemniser, puisque je suis ici, puisqu'elle m'a donné si libéralement des amis tels que vous. Il faut d'ailleurs savoir sortir de soi-même et s'élever assez haut pour voir le monde, au lieu de ne voir qu'un point. Je ne songe jamais sans admiration à cette trombe politique qui est venue arracher de leurs places des milUers d'hommes destinés à ne jamais se connaître, pour les faire tournoyer ensemlile comme la poussière des champs. Nous sommes trois ici, par exemple, qui étions nés pour ne jamais nous connaître : cependant nous sommes réunis, nous conversons ; et, quoique nos berceaux aient été si éloignés, peut-être que nos tombes se toucheront.

Si le mélange des hommes est remarquable, la communication des langues ne l'est pas moins. Je parcourais un jour dans la bibliothèque de l'académie des sciences de cette ville, le Muséum sinicum de Bayer, livre qui

est devenu, je crois, assez rare, et qui appartient plus particulièrement à la Russie, puisque l'auteur, fixé dans cette capitale, y fit imprimer son livre, il y a près de quatre-vingts ans. Je fus frappé d'une réflexion de cet écrivain savant et pieux. « On ne voit point encore, dit- « il, à quoi servent nos travaux sur les langues ; mais bien- « tôt on s'en apercevra. Ce n'est pas sans un grand des- « sein de la Providence que des langues absolument « ignorées en Europe, il y a deux siècles, ont été mises « de nos jours à la portée de tout le monde. Il est per- « mis déjà de soupçonner ce dessein; et c'est un devoir <( sacré pour nous d'y concourir de toutes nos forces^ » Que dirait Bayer, s'il vivait de nos jours? la marche de la Providence lui paraîtrait bien accélérée. Réfléchissons d'abord sur la langue universelle. Jamais ce titre n'a mieux convenu à la langue française ; et ce qu'il y a d'étrange, c'est que sa puissance semble augmenter avec sa stérilité. Ses beaux jours sont passés : cependant tout le monde l'entend, tout le monde la parle ; et je ne crois pas même qu'il y ait de ville en Europe qui ne renferme quelques hommes en état de l'écrire purement. La juste

1. Quoique l'esprit général du passage indiqué soit rendu, il vaut la peine d'être cité en original, vu surtout l'extrême rareté du livre dont il est tiré.

Velim autem ut {unusquisqu») ita per se sentiat queni fructuni non modo res litteraria, sedetiam res chrisliana exhis notrislucubrationibusperceptura sit, utnostrâ admonilione non indigeat; et tamelsi quid commodi imprimis religioni atlulei-imus nondum cuique fortassis illico apparebit, tamen véniel tempus quum non ita obscurum erit. Equidem singulare cœlestis numinis beneficium esse arbitrer quod omnes omnium gentium linguse quse ante hos ducentos annos maximâ ignoranliâ tegebantur, aut patefactee sunt bonorum virorum industriâ aut adhuc producuntur. Nam si destinationem eeternie majestatis et in futurum tempus consilia divinse mentis ratio investigare non potest, tamen exstant jam multa Providentise istius argumenta ex quibus majus aliquid agitari sentiamus, quod votis expetere pium sanctumque est : pro virili autem manus prsebere, et vel minimam materiam comportare unice gloriosum.

(Theoph. Sigib. Bayeri, Muséum sinicum; in-S°, Petropoli, 1730, loin. II, preef., pag. 143-144.)

et honorable confiance accordée en Angleterre au clergé de France exilé, a permis à la langue française d'y jeter de profondes racines : c'est une seconde conquête peutêtre, qui n'a point fait de bruit, car Dieu n'en fait point* , mais qui peut avoir des suites plus heureuses que la première. Singulière destinée de ces deux grands peuples, qui ne peuvent cesser de se chercher ni de se haïr! Dieu les a placés en regard comme deux aimants prodigieux qui s'attirent par un côté et se fuient par l'autre, car ils sont à la fois ennemis et parents^. Cette même Angleterre a porté nos langues en Asie, elle a fait traduire Newton dans la langue de Mahomet 3, et les jeunes Anglais soutiennent des thèses à Calcutta, en arabe, en persan et en bengali. De son côté, la France qui ne se doutait pas, il y a trente ans, qu'il y eût plus d'une langue vivante en Europe, les a toutes apprises, tandis qu'elle forçait les nations d'apprendre la sienne. Ajoutez que les plus longs voyages ont cessé d'effrayer l'imagination ; que tous les grands navigateurs sont européens*; que l'Orient entier cède manifestement à l'ascendant européen ;

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