‹ Œuvres choisiesChapitre 41 sur 83 · Irascimini et nolite peccare. Ps. IV · texte numérisé non relu

Irascimini et nolite peccare. Ps. IV

Martin; et qui ne prie plus, ne vit plus. Point de religion sans prière, a dit ce même Voltaire que vous venez de citer' : rien de plus évident; et par une conséquence nécessaire, point de prière, point de religion. C'est à peu près l'état où nous sommes réduits : car les hommes n'ayant jamais prié qu'en vertu d'une religion révélée (ou reconnue pour telle), à mesure qu'ils se sont approchés du déisme, qui n'est rien et ne peut rien, ils ont cessé de prier, et maintenant vous les voyez courhés vers la terre, uniquement occupés de lois et d'études physiques, n'ayant plus le moindre «entiment de leur dignité naturelle. Tel est le malheur de ces hommes qu'ils ne peuvent même plus désirer leur propre régénération, non point seulement pour la raison connue qu'on ne peut désirer ce quon ne connaît pas, mais parce qu'ils trouvent dans leur abrutissement moral je ne sais quel charme affreux qui est un châtiment épouvantable. C'est donc en vain qu'on leur parlerait de ce qu'ils sont et de ce qu'ils devraient être. Plongés dans l'atmosphère divine, ils refusent de vivre, tandis que s'ils voulaient seulement ouvrir la bouche, ils attireraient l'esprit ^. Tel est l'homme qui ne prie plus ; et si le culte public (il ne faudrait pas d'autre preuve de son indispensable nécessité) ne s'opposait pas un peu à la dégradation universelle, je crois, sur mon honneur, que nous deviendrions enfin de véritables brutes. Aussi rien n'égale l'antipathie des hommes dont je vous parle pour ce culte etpour ses ministres. De tristes confidences m'ont appris qu'il en est pour qui l'air d'une église est une espèce de mofette qui les oppresse, au pied de la lettre, et les oblige de sortir; tandis que les âmes saintes s'y sentent pénétrées de j e ne sais quelle

1. Il l'a dit dans l'Essai sur les mœurs, etc., tome I, de lAlcoran, œuvres, in-80, tome XVI, p. 332-

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