Ad Gai. IV
5. Et imtnisit in os meuni canticum novum, carmen Dec Jacob. (Ps XXXIX, 4.)
n'est pas dans le cœur de l'homme, comment celui-ci priera-t-il? ou comment sa plume impuissante pourrat-elle écrire ce qui n'est pas dicté à celui qui la tient? Lisez les hymnes de Santeuil , un peu légèrement adoptées peut-être par l'Église de Paris : elles font un certain bruit dans l'oreille, mais jamais elles ne prient, parce qu'il était seul lorsqu'il les composa. La beauté de la prière n'a rien de commun avec celle de l'expression : car la prière est semblable à la mystérieuse fille du grand roi, toute sa beauté naît de l'intérieur ^ C'est quelque chose qui n'a point de nom, mais qu'on sent parfaitement et que le talent seul ne peut imiter.
Mais puisque rien n'est plus difficile que de prier, c'est tout à la fois le comble de l'aveuglement et de la témérité d'oser dire qu'on a prié et qu'on n'a pas été exaucé. Je veux surtout vous parler des nations, car c'est un objet principal dans ces sortes de questions. Pour écarter un mal, pour obtenir un bien national, il est bien juste, sans doute, que la nation prie. Or, qu'estce qu'une nation? et quelles conditions sont nécessaires pour qu'une nation prie ? Y a-t-il dans chaque pays des hommes qui aient droit de prier pour elle , et ce droit , le tiennent-ils de leurs dispositions intérieures , ou de leur rang au milieu de cette nation, ou des deux circonstances réunies? Nous connaissons bien peu les secrets du monde spirituel; et comment les connaîtrions-nous, puisque personne ne s'en soucie? Sans vouloir m'enfoncer dans ces profondeurs, je m'arrête à la proposition générale : que jamais il ne sera possible de prouver qu'une nation a prié sans être exaucée; et je me crois tout aussi sûr de la proposition affirmative , c'est-à-dire : que toute nation qui prie est exaucée. Les exceptions ne prouveraient rien