Omnis gloria filiee régis ab intus. (Ps. XLIV
quand même elles pouraient être vérifiées; et toutes disparaitraient devant la seule observation : que nul homme ne peut savoir, même lorsqu'il prie parfaitement, s'il ne demande pas une chose nuisible à lui ou à l'ordre général. Prions donc sans relâche, prions de toutes nos forces, et avec toutes les dispositions qui peuvent légitimer ce grand acte de la créature intelligente : surtout n'oublions jamais que toute prière véritable est efficace de quelque manière. Toutes les suppliques présentées au souverain ne sont pas décrétées favorablement, et même ne peuvent l'être, car toutes ne sont pas raisonnables : toutes cependant contiennent une profession de foi expresse de la puissance, de la bonté et de la justice du souverain qui ne peut que se complaire à les voir affluer de toutes les parties de son empire; et comme il esx impossible de supplier le prince sans faire, par là même, un acte de sujet fidèle, il est de même impossible de prier Dieu sans se mettre avec lui dans un rapport de soumission , de confiance et d'amour ; de manière qu 'il y a dans la prière, considérée seulement en elle-même, une vertu purifiante dont l'effet vaut presque toujours infiniment mieux pour nous que ce que nous demandons trop souvent dans notre ignorance ^ Toute prière légitime , lors même qu'elle ne doit pas être exaucée, ne s'élève pas moins jusque dans les régions supérieures, d'où elle retombe sur nous, après avoir subi certaines préparations, comme une rosée bienfaisante qui nous prépare pour une autre patrie. Mais lorsque nous demandons seulement à Dieu que sa volonté soit
1. Le seul acte de prière perfectionne l'Iiomme, parce qu'il nous rend Dieu présent. Combien cet exercice inspire de bonnes actions I combien il empêche de crimes! l'expérience seule l'apprend... Le sage«e se plaît fds seulement dans la prière; il s'y délecte. Où cpO.ei TtpoaéuxeaOai, âW.a àyauqt (Orifj., ubi sup., n" 8, page 210, n° 20, page 229.
faite; c'est-à-dire que le mal disparaisse de l'univers, alors seulement nous sommes sûrs de n'avoir pas prié en vain. Aveugles et insensés que nous sommes! au lieu de nous plaindre de n'être pas exaucés, tremblons plutôt d'avoir mal demandé, ou d'avoir demandé le mal. La même puissance qui nous ordonne de prier, nous enseigne aussi comment et dans quelles dispositions il faut prier. Manquer au premier commandement, c'est nous ravaler jusqu'à la brute et même jusqu'à l'athée; manquer au second, c'est nous exposer encore à un grand anatlième, celui de voir notre prière se changer en crime^.
N'allons donc plus, par de folles ferveurs,
Prescrire au Ciel ses dons et ses faveurs.
Demandons-lui la prudence équitable,
La piété sincère, charitable;
Demandons-lui sa grâce, son amour;
Et s'il devait nous arriver un jour
De fatiguer sa .facile indulgence
Par d'autres vœux, pourvoyons-nous d'avance
D'assez de zèle et d'assez de vertus
Pour devenir dignes de ses refus *.
Le chevalier. — Je ne me repens pas, mon bon ami, de vous avoir glacé. J'y ai g'agné d'abord le plaisir d'être grondé par vous, ce qui me fait toujours un bien infini; et j'y ai gagné encore quelque chose de mieux. J'ai peur, en vérité , de devenir chicaneur avec vous; car l'homme ne se dispense guère de faire ce qui lui apporte plaisir et profit. Mais ne me refusez pas, je vous en conjure, une très grande satisfaction : vous m'avez glacé à votre tour lorsque je vous ai entendu parler de Locke avec tant d'irrévérence. Il nous reste du temps, comme vous voyez; je vous sacrifie de grand cœur un hoston qui