‹ Œuvres choisiesChapitre 64 sur 83 · LA PUISSANCE QUI EST LE PRINCIPE DE LACTION NA RIEN DE COMMUN AVEC · texte numérisé non relu

LA PUISSANCE QUI EST LE PRINCIPE DE LACTION NA RIEN DE COMMUN AVEC

l'action : ce qui est très beau ; et voilà Locke !

Ailleurs il vous dira que la liberté suppose la volonté. {Ibid., §9.) De sorte encore que la liberté n'a rien de commun avec cette faculté, sans laquelle il n'y aurait point de liberté; ce qui est tout à fait curieux, Mais tout cela est bon pour le xvm° siècle.

2. A man fdUing into the water (a bridge breaking uiider bim) bas not herein in liberty; is nota free agent : for tbougb be hasvolilion, thougb he prefers bis not falling to falling [ah! pour cela, je le crois), yet the forbearance of tliis motion not being in bis power, etc. (II, 21, 9.)

sa volonté est aussi contente que la vôtre l'était peu tout à l'heure lorsqu'elle tombait sous le pont. Or, il se trouve que cet homme, ainsi transporté, ne peut sortir de celle chambre où il y a une personne, etc., parce quon a fermé la porle à clef, à ce que dit Locke : donc la liberté rCa rien de commun avec la volonté^.

Pour le coup, je me flatte que vous n'avez plus rien à désirer ; mais pour parler sérieusement, que dites-vous^ d'un philosophe capable d'écrire de telles absurdités-?

Mais tout ce que je vous ai cité n'est que faux ou ridicule, ou l'un et l'autre; et Locke a bien mérité d'autres reproches. Quelle planche dans le naufrage n'a-t-il pas offerte au matérialisme (qui s'est hâté de la saisir), en soutenant qiie la pensée peut appartenir à la matière! Je crois à la vérité que, dans le principe, cette assertion ne fut qu'une simple légèreté échappée à Locke

1 . Again, suppose a man be carried whilst fasl asleep, into a room where is a person he longs to see and speak wilh; and be Ihere locked fast m, beyond his powerto get out; he awakes and is glad to find himself in so. désirable company wich he stays wiliingly in : id est, prefers his slay to going away {autre explication de la plus haute importance)... yct being locked fast initis évident... he hasnot l'reedom toLe gone... sothat iibeity is net an idea belonging to volition [Ibid., § 10.)

CE qu'il fallait démontrer.

2. « La liberté est une propriété si essentielle à tout être spirituel que « Dieu ne saurait l'en dépouiller... Oter la liberté à un esprit serait la « même chose que l'anéantir; ce qui ne doit s'entendre que de l'esprit et « non des actions du corps que l'esprit détermine conformément à sa vo- 0 lonté...; car il faut bien distinguer la volonté ou l'acte de vouloir d'avec « l'exécution qui se fait par le ministère du corps. L'acte de vouloir ne sau- « rait être empêché par aucune force extérieure, pas même par celle de « Dieu... Mais il y a des moyens d'agir sur des esprits qui tendent, non à « contraindre, mais à persuader. En liant un homme pour l'empêcher d'a- « gir, on ne change ni sa volonté ni son intention; mais on pourrait lui « exposer des motifs, etc., etc. » {Euler, Lettres à un prince d'Ail., t. II, liv. xoi.)

Peut-être, et même probablement, ce grand homme en veut ici à Locke, dont la philosophie ne sait point sortir des idées matérielles. Toujours il nous parle ûe. ponts brisés, de portes fermées à clcf($ 9, 10, ibid.) de paralysies, de danse de Saint-Guy (§ 11), de tortures {§ 12).

dans un de ces moments d^ ennui dont Une savait que faire; et je ne doute pas qu'il ne l'eût effacée si quelque ami l'eût averti doucement, comme il changea dans une nouvelle édition tout le chapitre de la liberté, qui avait été trouvé trop mauvais ^ : malheureusement les ecclésiastiques s'en mêlèrent, et Locke ne pouvait les souffrir; il s'obstina donc et ne revint plus sur ses pas. Lisez sa réponse à l'évêque de Worcester; vous y sentirez je ne sais quel ton de hauteur mal étouffée, je ne sais quelle acrimonie mal déguisée, tout à fait naturelle à l'homme qui appelait, comme vous savez, le corps épiscopal d'Angleterre, le caput mortuum de la Chambre des pairs 2. Ce n'est pas qu'il ne sentît confusément les principes; mais l'orgueil et l'engagement étaient chez lui plus forts que la conscience. Il confessera tant que vous voudrez que la matière est, en elle-même, incapable de penser; que la perception lui est par nature étrangère, et qu'il est impossible d'imaginer le contraire^. Il ajoutera encore quen vertu de ces principes, il a prouvé et même démontré l'immatérialité de l'Être suprême pensant; et que les mêmes raisons qui fondent celte démonstration portent au plus haut

1. Locke en eut honte, à ce qu'il parait, et en bouleversant ce chapitre, il nous a laissé l'heureux problème de savoir si la première manière pouvait être plus mauvaise que la seconde. {0/ Power, lib. II, chap. vu, § 71.)

Ces variations prouvent que Locke écrivait réellement comme il l'a dit pour tuer le temps, comme il aurait joué aux cartes; excepté cependant que, pour jouer, il faut savoir le jeu.

2. Ce même sentiment, qui s'appelle, suivant son intensité accidentelle, éloigncment, antipathie, haine, aversion, etc., est général dans les pays qui ont embrassé la Réforme. Ce n'est pas qu'il n'y ait, parmi les ministres du culte séparé, des hommes très estimables et très justement estimés; mais il est bien essentiel qu'ils ne s'y trompent pas: jamais ils ne sont ni ne peuvent être justement estimés à cause de leur caractère: mais lors- (lu'ils le sont, c'est indépendamment et souvent même en dépit de leur caractère.

3. I never say nor suppose, etc. {Voy. la réponse à l'évêque de "Worcester. Essai, liv. IV, chap. m, dans les notes), Matteris evidenti.y in ils owne nature, void of sensé and though. ilbid.)

degré de prohahilité la supposition que le principe qui pense dans l'homme est immatériel^. Là-dessus, vous pourriez croire que la probabilité élevée à sa plus haute puissance devant toujours être prise pour la certitude, la question est décidée ; mais Locke ne recule point. Il conviendra, si vous voulez, que la toute-puissance ne pouvant opérer sur elle-même, il faut qu'elle permette à son essence d'être ce qu'elle est; mais il ne veut pas qu'il en soit de même des essences créées, qu'elle pétrit comme il lui plait. En effet, dit-il avec une sagesse étincelante, c'est une absurde insolence de disputer à Dieu le pouvoir de surajouter- une certaine excellence ^ à une certaine portion de matière, en lui communiquant la végétation, la vie, le sentiment, et enfin la pensée. C'est, en propres termes, lui refuser le pouvoir de créer^; car si Dieu a celui de surajouter à une certaine masse de matière une certaine excellence qui en fait un cheval, pourquoi ne saurait-il sura-^ouier à cette même masse une autre excellence qui en fait un être pensant^? Je plie, je

l.This thinking eternal substance I hâve proved to be immaterial. (Ibicl.).., I piesiim for what I hâve said about the supposition of a System of matter thinking (will there demonstrates that God is immaterial) will prove it in the highest degree probable, etc. [Voyez les pages 141, 144, 145, 150, 167, de l'édition citée.)

2 Supperadd; c'est un mot dont Locke fait un usage fréquent dans cette longue note.

3 Ail the excellencies of végétation, etc. [ibid., page 144). Excellencies and opérations. [Ibid., page 145, passim.)

4. Whatit wouldbeless thanaainsolcnt absu?-dity todeny hispower, etc. [Ibid., page 146.)... than to deny his power of création. {Ibid., page l'iS.)

Ce beau raisonnenient s'applique également à toutes les essences ; ainsi, par exemple, on ne pourrait, sans une absurde, insolence, contester à Dieu le pouvoir de créer un triangle carré, ou telle autre curiosité de ce genre.

5. Anhorseisaraaterial animal, oranextendeldsolidsubstance with sens and spontaneous motion... to some part of matter he(God) superadd motion... that are to be found in an éléphant... but if one ventures to go one step farther, and says God may give to rnatter thought, reason and volition... there are meu ready presently to limite the power ol the omnipotent Creator, etc. [Ibid., page 144.) Il faut l'avouer, c'est se donner un grand tort envers Dieu.

VOUS confesse, sous lepoidsdecet arg-ument; mais, comme il faut être juste même envers les gens qu'on n'aime pas, je conviendrai volontiers qu'on peut excuser Locke jusqu'à un certain point, en observant, ce qui est incontestable, qu'il ne s'est pas entendu lui-même.

Le chevalier. — Toute surprise qui ne fait point de mal est un plaisir. Je ne puis vous dire à quel point vous me divertissez en me disant que Locke ne s'entendait pas lui-même; si par hasard vous avez raison, vous m'aurez fait revenir de loin.

Le comte. — Il n'y aura rien de moins étonnant que votre surprise, mon aimable ami. Vous jugez d'après le préjugé reçu qui s'obstine à regarder Locke comme un penseur : je consens aussi de tout mon cœur à le regarder comme tel, pourvu qu'on m'accorde (ce qui ne peut, je crois, être nié) que ses pensées ne le mènent pas loin. Il aura beaucoup regardé, si l'on veut, mais peurw. Toujours il s'arrête au premier aperçu; et dès qu'il s'agit d'examiner des idées abstraites, sa vue se trouble. Je puis encore vous en donner un exemple singulier qui se présente à moi dans ce moment.

Locke avait dit que les corps ne peuvent agir les uns sur les autres que par voie de contact. Tangere enim et tangi nisi corpus nulla potest res. ^ Mais lorsque Newton publia son fameux livre des Principes, Locke, avec cette faiblesse et cette précipitation de jugement qui sont, quoi qu'on en puisse dire, le caractère distinctif de son esprit, se hâta de déclarer : qu'il avait appris dans l'incomparable livre du judicieux M . Newton^ que Dieu était bien le maître

1. Toucher, être touché n'appartient qu'aux seuls corps (Lucr.). Cet axiome, que l'école de Lucrèce a beaucoup fait retentir, signifie néanmoins précisément : que nul corps ne peut être touché sons être touché. — Pas davantage; réglons notre admiration sur l'importance de la découverte.

2. Il est visible que ces deux épithètes se battent; car si Newton n'était qae judicieux, son livre ne pouvait être incomparable ; et si le livre était

de faire ce quil voulait de la matière, et par conséquent de lui communiquer le pouvoir d'agir à distance: qu'il ne manquerait pas en conséquence, lui Locke ^ de se rétracter et de faire sa profession de foi dans une nouvelle édition de V Essaie

Malheureusement le judicieux Newton déclara rondement, dans une de ses lettres théologiques au docteur Bentley, qu'une telle opinion nepouvait se loger que dans la tête d'un sot^. Je suis parfaitement en sûreté de conscience pour ce soufflet appliqué sur la joue de Locke avec la main de Newton. Appuyé sur cette grande autorité, je vous répète avec un surcroît d'assurance que, dans la question dont je vous parlais tout à l'heure, Locke ne s'entendait pas lui-même, pas plus que sur celle de la gravitation; et rien n'est plus évident. La question avait commencé entre l'évêque et lui pour savoir si un être purement matériel pouvait penser ou non^. Locke conclut que : Sans le secours de la révélation, on ne pourra jamais savoir si Dieu n'a pas jugé à propos de joindre et de fixer à une matière dûment disposée une substance immatérielle-pensante''. Vous voyez. Messieurs, que tout ceci n'est que la

incomparable, l'auteur ne devait plus être que JwfZiciatof. — Le judicieux Newton rai)i)elle trop le joli Corneille, né Au joli Turcnne.

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