PREFACE DU PREMIER EDITEUR
dite OU de prudence ont cessé; d'une main ferme, ces courageux athlètes ont tracé la digue de séparation ; et, ce qui est encore nouveau sous le soleil, les deux Cités, celle du monde et celle de Dieu, se sont séparées pour n'être plus désormais confondues jusqu'à la fin ; et , dès cette vie, elles sont devenues manifestes à tous les yeux.
Parmi ces interprètes de la vérité, si visiblement choisis et appelés par elle pour rétablir son empire et relever ses autels, nul n'a paru avec plus d'éclat que M. le comte de Maistre : dès les commencements de la grande époque où nous avons le malheur de vivre, il fit entendre sa voix, et ses premières paroles, qui retentirent dans l'Europe entière ' , laissèrent un souvenir que trente années d'événements inouïs ne purent effacer. De même que celles des prophètes, ses paroles dévoilaient l'avenir en même temps qu'elles indiquaient aux hommes les moyens de les rendre meilleurs. Ce
1. Dans l'ouvrage intitulé : Considérations sur la France, publié en 1796. Quoique rigoureusement défendu par le méprisable pouvoir qui tyrannisait alors la France, il eut, dans la même année, trois éditions, et une quatrième l'année suivante. Dès 1793, époque de sa retraite en Piémont, M. de Maistre avait fait paraître deux Lettres d'un Royaliste savoisien à ses compatriotes; et, en 1795, il avait publié un autre écrit, sous le titre de Jean-Claude Têtu, maire de Montagnole ; brochure, dit-on, aussi piquante qu'ingénieuse sur les opinions du moment. Enfin en 1796, ses Considérations stir la France furent précédées d'un écrit intitulé : Adresse de quelques parents des militaires savoisiens à la nation française, dans lequel il combattait avec beaucoup d'énor.!j;ie l'application des lois françaises sur l'émigration aux sujets du roi de Sardaigne. Mallet du Pan fut l'éditeur de ce dernier ouvrage.