‹ Œuvres choisiesChapitre 8 sur 83 · VI PREFACE DU PREMIER EDITEUR · texte numérisé non relu

VI PREFACE DU PREMIER EDITEUR

qu'il a prédit est arrivé; puisse-t-il être un jour suivi dans ce qu'il a conseillé!

Il fallut se taire lorsque la terre entière se taisait devant un seul homme : ce fut dans le silence et dans l'exil que M. de Maistre prépara et acheva en partie les travaux qui devaient compléter cette espèce de mission qu'il avait reçue d'éclairer et de reprendre son siècle , de tous les siècles sans doute le plus aveugle et le plus criminel. Toutefois, dès 1810, il publia à Saint-Pétersbourg l'ouvrage intitulé : Essai sur le principe générateur des constitutions politiques. Dans ce livre court, mais tout substantiel, l'auteur, remontant à la puissance divine comme à la source unique de toute autorité sur la terre, semble s'arrêter avec une sorte de complaisance sur cette «grande idée qui féconde tout, en effet, dans le monde des intelligences, et de laquelle allaient bientôt émaner toutes ses autres productions. Dans un sujet qui était purement métaphysique, on lui reprocha d'avoir été trop métaphysicien : ceux qui lui firent un tel reproche ne savaient pas, et peut-être ne savent point encore, que c'est dans la métaphysique qu'il faut aller attaquer leserreursqui corrompent et désolent aujourd'hui la société; c'est parce que les bases de cette science sont fausses, depuis Aristote jusqu'à nos jours, que je ne sais quoi de faux s'est glissé partout et jusqu'au sein de la vérité même, c'est-à-dire jusque dans les paroles et dans les écrits d'un grand nombre de ses plus sincères et plus ardents défenseurs. Nous pou-

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vons concevoir quelque espérance de voir bientôt se faire cette grande et utile réformation, et M. de Maistre aura la gloire d'y avoir puissamment contribué.

En 1816, parut sa traduction française du traité de Plutarque , intitulé : Sur les délais de la justice divine dans la punition des coupables .Dans les notes savantes et profondes dont il accompagna cette traduction, M. de Maistre fit voir l'esprit du Christianisme exerçant son influence secrète et irrésistible sur un philosophe païen, l'éclairant à son insu, et lui faisant dire des choses que toute la sagesse humaine abandonnée à elle-même n'eût jamais pu dire ni même imaginer. On voit dès lors que ces grands mystères de la Providence occupaient fortement cet esprit dont la vue était si juste et si perçante ; qu'il cherchait, autant qu'il est permis à un homme de le faire, à en pénétrer les profondeurs et à en justifier les décrets. C'est, en effet, à suivre la Providence dans toutes ses voies qu'il s'était appliqué sans relâché dans ses longues et laborieuses études; et l'on vit bientôt paraître le livre fameux dans lequel , s'élevant d'un vol d'aigle au-dessus de tous les préjugés reçus, attaquant toutes les erreurs accréditées, renversant tous les sophismes de la mauvaise foi et de la fausse érudition , il nous rendit cette Providence visible dans le gouvernement temporel des papes, qu'il a présentés hardiment, sous ce rapport, comme les bienfaiteurs et les conservateurs de la société européenne, après tant de déclamations ineptes qui, depuis trois siècles, ne

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