‹ Œuvres choisies; (volume 2)Chapitre 12 sur 75 · NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE LXIII · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE LXIII

Le lecteur a déjà compris, sans doute, qu'il ne s'agissait pas seulement ici des mérites ou des démérites d'Olivier ; il s'agissait de savoir si l'enseignement de l'histoire aurait sa chaire spéciale. Plusieurs n'en voyaient pas l'utilité. L'histoire, disait-on, s'apprend en lisant, en se jouant. L'expérience, cependant, paraissait favorable, et le rapport concluait à ce que le cours fût continué. Olivier avait gagné, à la fois, sa cause personnelle et celle de l'histoire à l'académie à Lausanne.

Dès lors la nomination d'Olivier fut renouvelée d'année en année jusqu'en 1838, où le moment parut venu de lui faire une position définitive, la chaire d'histoire ayant été régulièrement instituée. Mais des difficultés surgirent. On était en pleine réorganisation académique. On voulait du nouveau, du profond, des maîtres versés dans la science allemande. Quelques-uns se demandèrent si Olivier était réellement à la hauteur de la tâche. Tel autre n'avait-il pas plus de titres? M. VuUiemin, par exemple, était connu par de nombreuses publications historiques. Il ne posait pas sa candidature; mais on la posait pour lui, peut-être à son insu. Plus âgé qu'Olivier, plus mûr, il avait traduit Hottinger, pubHé le Chroniqueur, édité Ruchat, et on le savait tout absorbé, de concert avec M. Monnard, dans la continuation de Jean de Muller. Naguère encore, il venait de rendre un service, éminent par la fondation, due à son initiative, de la Société d'histoire de la Suisse romande. Olivier, lui aussi, était occupé d'un grand ouvrage : un volume venait justement d'en paraître; mais c'était de la description, de la poésie, autant ou plus que de l'histoire. Au fond, Olivier n'avait qu'un titre, mais considérable : cette chaire était à lui, il l'avait en quelque sorte créée, et l'affection croissante de ses élèves prouvait qu'il était de plus en plus digne de la remplir. Cependant le gouvernement hésitait, flottant entre les

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courants d'opinion qui se formaient autour des noms rivaux. Olivier et Vulliemin avaient de nombreux amis communs, et ne nourrissaient l'un contre l'autre aucun sentiment de mesquine jalousie ; mais il suffit que deux ' noms soient ainsi en présence pour donner lieu ou pré- | texte à des cabales plus ou moins remuantes. Nul doute j qu'en cette occasion les vers publiés par Olivier, déjà | nombreux, ne lui aient fait du tort dans l'opinion. C'est un poète! disait-on, et il était jugé. Bref, en 1838, Olivier ne fut encore renommé que provisoirement, et l'année suivante, sa nomination définitive n'eut point lieu à l'unanimité, mais simplement à la majorité des voix.

Solennellement installé dans sa chaire nouvelle, le 23 février 1839, il l'occupa sans interruption jusqu'à ce que les circonstances politiques vinssent le chasser du canton de Vaud, comme elles l'avaient chassé de celui de Neuchâtel, ce qui arriva un an après la révolution de 1845. Sa carrière professorale à Lausanne comprend donc une période de douze ans et demi, depuis l'automne 1833 au i printemps 1846. '

Pendant ces vingt-cinq semestres, Olivier aborda toutes les parties de l'histoire, et compléta son enseignement général par un enseignement spécial sur l'histoire suisse. Tous ces cours sont entièrement écrits, quelques-uns ■ deux fois au lieu d'une, et il suffit d'y jeter les yeux pour s'assurer qu'il s'agit bien d'un enseignement universitaire, : et digne de l'être, substantiel, exact, approfondi, et puisé aux sources. Olivier prit sa vocation de professeur non moins au sérieux que celle de poète, et s'en acquitta en homme de labeur.

Il suffit également d'un premier coup d'œil pour comprendre ce qui, dans l'étude de l'histoire, intéressait Olivier, ce qui du poète a fait un historien. Il n'est pas historien quoique poëte, mais parce qu'il est poëte. Ce n'est

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