‹ Œuvres choisies; (volume 2)Chapitre 13 sur 75 · NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE LXV · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE LXV

plus ce style tranquille, simplement didactique, des cours de Neuchâtel ; c'est un style où tout parle, où tout s'anime, semé d'images hardies, inattendues, qui dessinent dans la mémoire les faits et les personnages. Ce n'est pas seulement le style de quelqu'un qui sait l'histoire, mais de quelqu'un qui la voit^ d'une vue intérieure. Olivier ne semble pas regarder au dehors, mais au dedans; c'est dans sa conscience qu'il a contemplé ses héros, c'est sa conscience qui les lui a expliqués.

Les tendances fatalistes de l'histoire moderne, disposée à voir les masses plus que le détail, et les forces latentes qui agissent dans les événements plus que les acteurs sur la scène, ont en Olivier un adversaire convaincu. Non que, chez lui, les considérations générales fassent défaut, bien au contraire ; non que, derrière les hommes, on ne discerne point l'impitoyable logique des faits ; mais cette logique n'est aux yeux d'Olivier que celle de la vie morale, celle du bien et du mal, produisant leurs conséquences, et son nom véritable est Justice.

Un de mes correspondants, auquel je dois des indications précieuses, me signale l'enseignement d'Olivier comme rojnantique au premier chef, et cette épithète lui a été, si je ne me trompe, assez souvent appliquée dans une intention peu louangeuse. L'enseignement d'Olivier est très romantique, si l'on veut dire par là qu'on y sent, dans les leçons sur le moyen âge, par exemple, ou sur le XVI^ siècle, ou sur telle autre période favorite, les puissances nouvelles de l'imagination qui, faisant invasion dans la poésie, y ont enfanté le romantisme. Mais il faut se garder de lui supposer rien qui ressemble au parti pris, à l'exagération systématique et au goût des couleurs voyantes. Nous avons vu Olivier, pendant son séjour à Paris, résister à tous les entraînements, et juger avec une grande indépendance ceux dont on l'accuse d'avoir pris

LXVI JUSTE OLIVIER

la manière. Le romantisme d'Olivier n'est pas celui de l'école ; il n'est qu'à lui et procède soit de sa nature d'artiste, soit de son sentiment chrétien, qui non-seulement se fait jour dans de libres épanchements, mais qui se glisse et se trahit partout, qui seul explique cette façon de chercher dans le cœur de l'homme le centre et le vrai foyer de l'histoire. Le goût chez Olivier, comme chez tous les artistes vraiment sincères, semble n'avoir été qu'une forme de la conscience. Et ceci peut faire comprendre une certaine timidité à se produire en public qu'il ne surmonta jamais entièrement. C'était une sorte de pudeur : ses leçons étaient trop lui-même.

Au reste, si l'on veut se faire une juste idée de sa méthode, il suffit de lire son discours d'installation, auquel on ne peut faire qu'un reproche, celui d'être trop plein, trop dense : les faits, les idées, les aperçus s'y pressent et s'y étouffent. « Ce qui nous frappe dans l'histoire, dit-il, c'est l'homme, et dans les études historiques faites en nos temps, c'est de le voir si souvent oublié, méconnu. » Aussi s'est-il proposé d'entretenir ses auditeurs du portrait ou de la figure et de la vérité humaines en histoire. Il ne faut point prendre ce mot de portrait dans un sens trop étroit; Olivier n'a pas uniquement en vue ces portraits en titre dont les historiens d'autrefois semaient leurs récits, et qui sont jetés, tout encadrés, dans les Mémoires du cardinal de Retz, par exemple. C'est le XVII^ siècle qui détache ainsi les figures et les dispose dans un livre comme des tableaux. Le portrait historique n'est point borné à cette forme ; il peut se diversifier à l'infini, et l'on conçoit parfaitement un ouvrage qui en soit rempli, mais où il n'y en ait pas un seul à part. « J'appelle portrait, dit Olivier, tout ce qui dans un sujet d'histoire tend à montrer l'homme, et non pas seulement la nature et le fait. » Il ne faut pas non plus confondre le portrait avec

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ces analyses illimitées qui, dans nombre d'ouvrages modernes, en tiennent lieu. Le portrait est affaire du peintre. Il rend l'homme au vif et n'est point une dissection. Le véritable historien ne fait pas de l'homme un sujet à dissertation ; il ne raisonne pas la vie, du moins explicitement : il la sait, il la sent, il l'exprime. Mais c'est là, justement, l'art simple et grand dont l'histoire semble avoir perdu le secret. « Elle fait le plus volontiers ressortir, elle exagère souvent les nécessités physiques et morales ; elle fond le plus possible l'individu dans la masse, dont il semble n'être qu'un détail, un trait, une ombre fugitive. » Elle prononce encore des noms parce qu'il le faut bien : mais elle n'esquisse pas de figure humaine : tout est général et désert, comme dans le monde vaporeux conçu par le panthéisme de notre âge, dont cette façon d'histoire n'est qu'une image, comme lui vide et fausse.

A vrai dire, cet excès s'explique par un autre excès, antérieur, et contre lequel il fallait bien réagir. Autrefois, l'histoire semblait ignorer les grandes masses, les effets d'ensemble, pour ne s'attacher qu'aux individualités précises. On ne voyait le peuple nulle part, on ne voyait que ses chefs ; on faisait de l'histoire monarchique, et l'on y transportait l'esprit de flatterie et de cour.

Evitons ces deux tendances extrêmes, et ne prenons de l'une et de l'autre que ce qu'elles ont de légitime. Attachons-nous aux individus parce qu'ils sont « significatifs » dans l'ensemble, parce qu'ils y ont une place marquée, qu'on ne peut leur ôter sans manquer essentiellement au vrai. L'humanité se résoud en individus. « Les grands hommes ne font pas l'histoire, mais ils l'expliquent. » D'ailleurs, ne pèrdons pas de vue l'ensemble, les masses, le fond ; mais disons-nous bien que ce fond ne consiste ni en idées abstraites, ni en forces aveugles, ni en purs événements : ce fond, c'est l'homme encore, c'est la nature

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