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humaine, c'est la vérité humaine, plus facile et plus importante à saisir que les accidents mobiles des faits, et qu'on reconnaît même au travers du tissu de fables et de légendes dont les peuples ont coutume de revêtir les souvenirs de leur enfance.
« L'homme, l'homme donc, s'écrie Olivier, l'étude de rhomme dans l'histoire, le portrait ou la figure humaine, et non pas seulement le paysage ou le calque, d'ailleurs impossible, de l'événement. »
Telle est la pensée mère de ce discours. Je ne l'examine ni ne la discute ; je la prends telle qu'elle est, et je dis qu'elle explique admirablement l'impression produite par Olivier sur tous ceux qui l'ont entendu. Les témoignages surabondent. Les lettres collectives qu'en diverses occasions lui ont adressées ses élèves, pour le remercier ou prévenir si possible un départ, insistent toutes siir ce point que dans son enseignement le sentiment moral s'empare du fait matériel, donné par la science, et y fait circuler la vie. C'est ce que disent déjà ses disciples de Neuchâtel, en 1833. C'est ce que disent encore les étudiants de Lausanne, en 1846, en lui faisant de derniers et tristes adieux. Et quand on demande aujourd'hui aux anciens auditeurs d'Olivier, ce qu'ils se rappellent de ces leçons, tous voient se dresser aussitôt dans leurs souvenirs quelque figure originale, aux traits énergiquement accusés, que la parole du maître y a gravée pour la vie. Pour l'un, c'est Henri IV. Pour un autre, Gustave-Adolphe. « Sa leçon sur Gustave-Adolphe, m'écrit-on, fut une des plus belles choses que j'aie entendues à l'académie. » Pour un autre, c'est Wallenstein, le grand et triste Wallenstein, qui semble avoir été de la part d'Olivier l'objet d'études approfondies. Elles ont dû être bien frappantes, en effet, ces leçons sur Wallenstein, et en général sur la guerre de trente ans, car le souvenir s'en est immédiate-
NOTICE BIOGRAPHiaUE ET LITTERAIRE LXIX
ment réveillé, lorsque, vers l'an 1870, Olivier étant rentré en Suisse, il fut question de lui demander un cours pour l'académie de Lausanne. « Redonnez-nous du Wallenstein, » lui disait le membre du gouvernement chargé des ^ premières ouvertures. Et comme il s'excusait, alléguant les longues années remplies par d'autres préoccupations, la nécessité de se remettre au courant, les travaux de la critique, et enfin ses notes perdues : « Je vous prêterai mes extraits, reprit son interlocuteur ; je les ai précieusement conservés. Redonnez-nous du Wallenstein! » — « Les leçons d'Olivier sur cette période si intéressante et si dramatique, m'écrit le même magistrat, m'avaient laissé une vive impression. C'était comme une série de tableaux qui représentaient successivement les événements principaux, et au premier plan desquels se détachaient les grandes figures de Wallenstein, Tilly, Gustave-Adolphe, Richelieu et Mazarin. Et cependant, malgré ce caractère un peu plastique, car ces portraits étaient admirablement vivants, la partie philosophique et intérieure, si je puis m'exprimer ainsi, était fort bien traitée. Les négociations qui ont précédé la paix de Westphalie, et dans lesquelles Mazarin a joué un si grand rôle, étaient racontées d'une manière si intéressante que, bien que je fusse à l'âge où l'on préfère naturellement le récit des batailles et des grands coups de sabre, elles étaient restées gravées profondément dans ma mémoire. Je ne puis me rappeler à quelles sources Olivier avait puisé pour ses récits et ses portraits ; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne s'était pas borné à lire Schiller, et qu'il avait dû consulter beaucoup d'écrits et de mémoires du temps. »
Les renseignements que j'ai recueillis, quoique venant tous de bon lieu, ne sont pas entièrement d'accord sur la manière dont Olivier professait. D'un côté, l'on parle de certains défauts de diction, d'éclats de voix, et de la
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pénible obligation où il était de suivre de trop près, pour l'ordinaire, ce qui était écrit sur son cahier. D'un autre côté, on le représente le front penché sur son manuscrit, mais ne lisant pas, ou lisant dans sa pensée plutôt que dans son cahier, parlant librement, avec une chaleur communicative. Les deux versions peuvent être vraies, selon les moments. La seconde rappelle ce que nous avons dit de ce regard en dedans. Une esquisse de Henri Eu- 1er, le peintre, doit avoir rendu cette attitude, ce vaste front penché et cet œil qui semblait se dérober, mais où brillait sous les sourcils l'éclair de la flamme intérieure. Euler n'avait que trop bien réussi : l'esquisse plut et fut volée, et il n'y a guère de chance qu'on la retrouve jamais.
Mais tous les témoignages sont d'accord sur l'effet produit par cet enseignement. Tous tendent à établir qu'avant Vinet, aucun professeur ne remua et ne fit remuer autour de lui autant d'idées nouvelles. « Il nous étonnait quelquefois, nous dit celui de nos correspondants qui insiste le plus sur les défauts de diction ; mais il nous donnait à penser, et souvent, en sortant de son cours, nous avions pour longtemps à discourir et à discuter. Il communiquait le feu sacré à tous ceux qui avaient le sens et le goût de l'histoire. » Cet effet fut d'autant plus sensible qu'auparavant l'histoire était plus négligée. « Quant à l'histoire, écrit un autre des élèves d'Olivier, nous étions presque table rase. Pas de plan ni de gradation dans les collèges communaux. En seconde latine, à Vevey, un cours très abrégé d'histoire-bataille qu'on apprenait par cœur; en première, le manuel de M. Monney, et des extraits de V Histoire ancienne de Ségur. Je suppose qu'ailleurs cet enseignement dépendait de la bonne volonté des maîtres. En tout cas, on ne subissait aucun examen d'histoire pour passer du collège de Lausanne à l'a-