‹ Œuvres choisies; (volume 2)Chapitre 15 sur 75 · NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE

cadémie. Lorsque notre cher Olivier commença son cours libre, en novembre 1833 (si je ne fais erreur), ce fut un enchantement. Tout de suite on comprit la beauté et la poésie de l'histoire. La salle était toujours pleine, la même où Sainte-Beuve entendit Vinet.... Je ne crains pas d'affirmer que les treize années d'enseignement d'Olivier ont contribué dans une large mesure à raviver chez les étudiants l'activité littéraire. On s'en aperçut immédiatement à Zofingue, Je ne citerai que pour mémoire les travaux historiques de Louis Durand sur Zwingli, de Vulliet sur Alexandre le Grand (point de départ de ses ouvrages d'histoire) , de Meille sur les Vaudois du Piémont, d'Aeppli sur Aloïs Reding, de Blumer sur Jean de Muller, de Troyon sur les antiquités, etc. » Ces lignes sont de M. A.-L. Herminjard, le modeste et aussi savant que consciencieux éditeur de la Correspondance des réformateurs ; il n'oublie que son nom dans cette liste de jeunes gejis que stimula l'enseignement d'Olivier.

Tous ces cours, malgré les hautes piles de cahiers, ne représentent qu'une partie des travaux historiques de J. Olivier pendant son professorat. Il avait une idée, que depuis longtemps il caressait, celle d'écrire une histoire du canton de Vaud. Cette idée avait pénétré déjà dans son esprit lorsque, en 183 1, il disait aux poètes vaudois que c'était à eux

à porter la lumière Dans ce passé qui dort sans âme et sans couleurs.

LXXII JUSTE OLIVIER

Dès lors, elle était devenue son idée favorite, et l'espoir de la réaliser avait contribué à lui faire quitter Neuchâtel. « J'ai eu, dit Olivier, une très ancienne et très vive ambition d'élever, fût-ce dans la solitude, un monument à ma patrie. » Il ne put pas cependant, à Lausanne, y travailler tout de suite. Il lui fallut vaincre les premières difficultés de son enseignement, et pousser assez loin ses préparations pour n'avoir plus toujours présente à l'esprit la leçon du lendemain; mais aussitôt qu'il y vit jour, il se mit à l'œuvre. Dès 1834 ou 1835, cet ouvrage était celui sur lequel se concentrait l'effort de ses études, celui auquel il rapportait toutes ses pensées et consacrait presque tous ses loisirs. S'il est un livre où il ait répandu son âme, c'est bien celui-ci. Plus de trente ans après l'avoir achevé, passant en revue ses divers ouvrages, dans des notes écrites pour servir à quelque édition future, il a peine, en en parlant, à se défendre de quelque émotion. « Ouvrage plein de défauts, dit-il, mais aussi de flamme et de jeunesse, qui m'a coûté cinq ans d'un travail acharné. » Ailleurs, il parle de six ans, et ce dernier chiffre est plus juste.

Une histoire du canton de Vaud! Je ne crois pas qu'il y ait un canton en Suisse, ni, peut-être, un pays au monde, dont l'histoire soit plus malaisée à écrire. Ce n'est que depuis soixante-quinze ans qu'il existe un canton de Vaud ; il n'existait auparavant qu'un pays de Vaud, et il n'est pas besoin de remonter bien loin dans le moyen âge pour en voir l'image se perdre dans celle de l'Helvétie. Passe encore si, depuis qu'il apparaît, ce pays de Vaud avait eu une existence distincte, s'il avait été lui-même. Mais c'est à quoi il réussit le moins. Toujours al^sorbé par ses voisins, toujours sujet, son histoire se confond tantôt avec celle d'un royaume de Bourgogne^ tantôt avec celle de l'empire germanique, tantôt avec

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