‹ Œuvres choisies; (volume 2)Chapitre 23 sur 75 · NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE CI · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE CI

Strophe. Elle m'a dit qu'elle voudrait avoir le tout. J'ai répondu que je vous demanderais toute la chanson. Ainsi, M. Olivier me l'adressera à son intention, et non sans une fleur bleue, s'il vous plaît. »

Et huit jours après, le 13 mars :

« M^ie Dudevant doit me donner une lettre pour vous la prochaine fois que je la verrai, ^qs fleurs hïeues l'ont charmée, et elle a admiré les Vieux Chênes. Elle a lu ceux-ci à M. de Lamennais, qui était chez elle lorsqu'elle les a reçus, et l'austère banni du sanctuaire a répété avec émotion et application à lui-même la dernière strophe :

Aux nouveaux dieux, ivres de l'encensoir....

Voilà des fortunes auxquelles les feuilles envolées de Rovéréa ne s'attendaient pas ^ »

Les Vieux Chênes ne sont pas la seule chanson d'Olivier qui ait enthousiasmé ses élèves. M. Herminjard m'en cite plusieurs; puis s'excusant de faire trop long : « Ne vous

^ Comme on était au commencement de mars, Olivier ne put envoyer â Georges Sand que des gentianes en vers. Ce fut alors qu'il écrivit pour elle Laf^eur bleue :

Vous êtes riante et légère.

Avec des yeux profonds et doux.

N'ayez pas peur d'être bergère, Les Alpes sont faites pour vous.

Et pour l'engager plus efficacement à venir en respirer le bon air, il lui raconte l'histoire de la fleur bleue semée sur la montagne par les Immortels eux-mêmes. Il y a des strophes bierk gracieuses dans ce morceau, celle-ci entre autres :

Le ciel, un jour, descendit sur la terre Dans sa grandeur et sa simplicité.

Le ciel est bon malgré son voile austère, Le ciel n'est que bonté.

CII JUSTE OLIVIER

en étonnez pas, me dit-il. Toucher à Olivier, c'est toute notre vie de jeunesse qu'on ressuscite d'un mot. Amour, patrie, poésie, mystères du cœur humain, beautés de l'histoire et de la nature, nous avons tout entrevu et plus ou moins pénétré et saisi, grâce à Olivier. Nous provenons de lui et nous serons à lui tant que nous vivrons. »

Voilà, dans toute sa vivacité, l'émotion de reconnaissance et d'admiration qui persiste au cœur de ses anciens disciples. Elle nous reporte au moment de l'ardeur intellectuelle la plus généreuse chez les étudiants de l'académie de Lausanne. « Nos entretiens étaient de flamme, » disait Adolphe Lèbre. Nul doute que l'ébranlement politique de 1830, et son retentissement prolongé, ne fussent pour beaucoup dans cette disposition des esprits. Les deux premières révolutions françaises, celle de 1789 et celle de 1830, ont enivré d'enthousiasme jusqu'aux esprits les plus sceptiques. On croyait aller au-devant d'un avenir glorieux. Le vieux monde devait faire place à un monde tout neuf, resplendissant de vertus et de lumière. La jeunesse était jeune alors. Elle vivait d'illusions, mais elle vivait. Vit-elle encore? Il faut le croire; mais telle que. je la vois, elle me semble mal préparée à comprendre ces temps de fiévreuse espérance et de poétique aspiration. Au reste, ce ne fut qu'un moment. Le glorieux avenir du monde se fit attendre, et le réveil après le songe fut douloureux pour plusieurs. Il le fut surtout pour Olivier et ses jeunes amis. Toute cette société se dispersa. Frédéric Monneron prit le chemin de Gœttingen, Lèbre celui de Munich, puis de Paris. La mort acheva ce que la dispersion avait commencé. Monneron mourut le premier, à vingt-quatre ans, en 1837. Lèbre et Durand ne devaient pas tarder à le suivre. Cependant la jeunesse nouvelle qui, cha(|iic année, affliKiità l'académie, n'avait déjà plus la même ferveur. Les dons aussi paraissaient moins riche-

Page 1