CXXXIV JUSTE OLIVIER
l'historien en avaient un égal besoin. Voilà le budget des charges. Celui des ressources ne comptait guère que deux articles : le pauvre traitement que recevaient alors les professeurs de Lausanne, et les revenus, très modestes, de la fortune de M^^^ OUvier. Il y avait tout juste de quoi suffire, et bientôt, la petite famille grandissant, il n'y eut point assez. Nul doute qu'Olivier n'ait caressé l'espérance de trouver le surplus indispensable dans la juste rémunération de son travail, c'est-à-dire dans la vente de ses ouvrages. Mais il fit à ce sujet les plus pénibles expériences. Son Canton de Vaud, auquel il avait donné six années d'un labeur acharné, ne se plaça que très lentement; il en était lui-même l'éditeur, et il eut toutes les peines du monde à rentrer dans les avances qu'il avait dû faire pour payer l'impression. Les Etudes d'histoire nationale donnèrent lieu à des règlements de compte tout aussi peu réjouissants. Les Deux voix, sur lesquelles il n'y avait qu'une voix, disait Emile Deschamps, eurent un succès d'éloges plus que d'argent. Olivier, sans doute, n'écrivait ni ne chantait par spéculation ; cependant il est dur de ne pas vendre ses livres ou de les vendre si mal, et il y a quelque dérision à s'entendre acclamer comme le poëte ou l'auteur national, à recevoir des adresses dans lesquelles on parle de la reconnaissance de la patrie, quand on sort de chez son libraire et qu'on a pu voir la triste balance des vendus et des invendus. Olivier, aux prises avec les difficultés de la vie, emprisonné par la force des choses dans une sphère trop étroite, connut toutes les ingratitudes de la gloire, et sa disposition naturelle à ne pas voir le monde en beau n'en fut guère diminuée.
Dans son désir de se créer des ressources, il songea de nouveau à Paris, et fit des démarches pour obtenir l'accès à quelque revue. Il souhaitait vivement les voir