NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE CXXXV
réussir non-seulement a cause de lui, mais en vue de jy^me Olivier, qui avait commencé à écrire des nouvelles, et moins pour pénétrer dans le monde littéraire de Paris qu'afin de mieux pénétrer en Suisse même. Il nous faut la garantie et l'estampille de l'étranger. La Revue des deux mondes semblait le recueil indiqué. Mais il fallait se rendre favorable le cerbère qui en gardait l'entrée , M. Buloz. Ce n'était point impossible, comme le prouvait l'exemple d'Adolphe Lèbre, qui, à peine établi à Paris, venait d'y débuter brillamment. Sa recommandation serait puissante ; celle de Sainte-Beuve plus encore, car Sainte-Beuve était alors entièrement dévoué à la Revue des deux mondes. « Il faut avoir quelque fidélité en sa vie et selon son ordre, écrivait-il à propos d'une autre publication pour laquelle on avait voulu le gagner. A Buloz, sinon à son roi et à son supérieur. On ne choisit pas toujours les objets de sa fidélité ; mais il y faut tenir, dût-on crever. » Ce n'est pas que Sainte-Beuve ne trouvât dur parfois le sceptre que M. Buloz tenait d'une main si ferme. Il souffrait dans sa dignité d'homme de lettres quand il l'entendait se moquer de la mauvaise humeur de ses confrères, certain qu'il était de les voir revenir à lui, car, disait le terrible directeur, « il y a de Fargent dans, la mangeoire. » Mais il lui savait gré de ce que sa revue était la seule à Paris qui gardât quelque indépendance et oti la vraie critique pût trouver un refuge. Aussi M. Buloz, charmé de son concours, ne faisait-il rien sans lui. Sainte-Beuve était le plus écouté des conseillers du maître, et aucune recommandation ne pouvait valoir la sienne. Déjà il avait préparé les voies. Un séjour que fit ]y[me Olivier à Paris, dans l'hiver de 1841 à 1842, — son mari ne tarda pas à l'y rejoindre, — devait aplanir les dernières difficultés. L'accueil qu'ils reçurent fut excellent, et ils quittèrent Paris emportant quelque espérance.