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populaire qui se sont longtemps conservées dans la Suisse française. Ces formes ont un fond d'inspiration et des effets qui leur sont propres; elles offrent surtout l'avantage, éminemment poétique à notre avis, de parler à l'âme sans lui tout dire, de susciter des pensées et des tableaux que l'imagination, essentiellement rêveuse et libre de sa nature, peut achever ou poursuivre à son gré. ))
Il n'y a rien à ajouter à ce que vient de dire Olivier, sinon qu'en tirant de l'oubli, dérouillant et renouvelant ces vieux refrains, il a mis la première main à une œuvre qui est dans l'esprit des temps actuels et qui s'achèvera sûrement quand un vent de renouveau soufflera sur la littérature française, je veux parler de la réconciliation de la poésie des lettrés et de la poésie du peuple, de ces deux poésies indispensables l'une à l'autre, et qui en France, ont si longtemps vécu côte à côte sans se connaître. Il ne semble guère, à voir ce qui se passe en cet instant, qu'elles soient près de se tendre la main et de s'embrasser. La poésie des lettrés s'alambique, et celle du peuple s'en va avec l'antique naïveté; mais plus on s'éloigne du but et plus on s'en rapproche, car on ne fuit la simplicité que pour y être ramené plus vivement, et le jour où l'on y reviendra, les poètes ne négligeront plus le trésor des poésies [populaires, maintenant recueillies , source inépuisable de fraîches et fécondes inspirations.
Parmi les pièces les mieux réussies de ce livre IV^, il faut citer d'abord le Servant, qui n'a point trouvé son origine dans quelque refrain, mais bien dans une superstition populaire. Chacun le connaît, ce lutin familier qui chemine sans cesse, la nuit,
De la grand'salle à la cuisine,
De la laiterie au cellier.
Du fond de la cave au grenier;
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qui tantôt fait plier l'escalier sous ses pas, tantôt se glisse de rampe en rampe ; qui va taquiner les servantes dans leur lit, ou s'asseoir au chevet de la châtelaine. La poésie toute légère, toute divine, de cette capricieusè existence, ne saurait être plus intimement sentie et rendue. Jamais Olivier n'a trouvé des vers plus heureux, plus flexibles, plus purs, plu^ pénétrés, plus animés de poésie. Ce n'est plus de la grâce poignante, mais de la grâce étincelante. Il atteint ici à la perfection de son art, et cela d'autant mieux, peut-être, qu'il s'agit d'une poésie plus impersonnelle. Dans ses chansons tragiques, si l'on ose les appeller ainsi, tragiques ou trop intimes, il arrive que l'émotion lui coupe la voix et qu'il bégaie au lieu de chanter.
Les juges les plus délicats rangent aussi la Belle passant atc soir et /<? Voile de neige parmi les chefs-d'œuvre d'Olivier. La chanson s'y transforme en une mystérieuse ballade, dont les strophes vont s'enroulant autour d'un refrain sans cesse répété:
Oh î qui me donnera, donnera Voile de neige, et qui me l'ôtera ?
Ces vers, tirés de quelque vieille ronde, sont l'âme de la ballade. Ce n'était qu'un germe, un simple refrain ; mais sous le souffle du poëte le germe a fleuri, le refrain s'est épanoui en poëme. Cette belle aux yeux bleus qui soupire i après le voile de neige, et qui, malade, seule en sa rêve- | rie, s'en va se perdre sur les montagnes, où l'attend un 1 autre voile de neige que celui dont elle voudrait se ceindre la tête, nous l'avons déjà rencontrée quelque part; c'est encore la pauvre fille souffrant d'un mal inconnu, c'est l'héroïne du poëme des Campagnes, mais transfigurée par la fantaisie. Douce et triste figure, pour être
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tout à fait vraie, pour revêtir toute son expression, elle avait besoin de s'idéaliser ainsi et de se placer dans un cadre qui, par l'harmonie même, en fît ressortir la pâle beauté.
Mais la perle dans ce genre est, croyons-nous, le morceau des Marionnettes, dont le charme tient en partie à la facilité avec laquelle le refrain s'est développé en un poëme. Ailleurs, on peut soupçonner quelque arbitraire dans ces sortes d'interprétations et de paraphrases. Ce qu'Olivier y trouve n'est pas toujours ce qu'un autre y aurait trouvé. Mais cette fois, il n'y a pas deux interprétations possibles ; tout coule de source, tout est naturel, tout semble nécessaire. Eh î qui donc à ce seul mot de mario7inettes ne voit pas apparaître toute la comédie humaine? Le thème est simple; mais quel bonheur, quelle richesse, quel imprévu dans les développements, et quelle grandeur quand après les marionnettes humaines commencent à danser dans l'espace les marionnettes éternelles, les terres et les soleils !
Terre qui gémis Dans Tespace Où tout passe, Terre qui gémis Un moment, comme tes fils ;
Soleil radieux Qui nous traînes Dans tes chaînes, Soleil radieux Trois p'tits tours de cieux en cieux !
Ce morceau-là, du premier coup, conquit tous les suffrages. Chacun sentit que c'était l'œuvre d'un poëte, d'un grand poëte, et plus d'un critique autorisé n'hésita pas
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à le proclamer. « Sous une forme tout enfantine, disait Vinet dans le Semeur^ cela est plein de grandeur et de mélancolie ; cela est nouveau en France, nouveau en Allemagne, nouveau partout. » Il n'y a rien aujourd'hui, après trente ans, à changer à ce jugement.
« Je me perds dans la frayeur que je ressens pour vous, car Paris sans la certitude de son hospitalité me semble l'enfer où l'on a froid. » C'est ainsi que M"^^ Desbordes-Valmore saluait l'arrivée de ses amis Olivier. Peutêtre l'événement lui aurait-il donné raison s'ils étaient venus chercher l'occasion d'une fortune littéraire. Mais le dernier séjour qu'ils avaient fait à Paris, à propos de la maladie de leur fils Arnold, les avait à peu près guéris de toute vaine ambition, en leur faisant sentir de plus en plus distinctement, à l'un et à l'autre, cette incompatibilité secrète de goûts et de croyances, qui, dès le début, avait semé de difficultés leurs relations avec les grandes revues parisiennes. Sainte-Beuve en fit plus d'une fois des reproches à Olivier; plus d'une fois il répéta ce qu'il lui avait écrit dès 1845: « La destinée vous rapproche de Paris, et vous ne l'avez abordé que sur la défensive, vous faisant à vous-même des difficultés au lieu d'y entrer franchement comme vous le pouviez, plume en main. » Plus d'une fois, il insista sur la nécessité de « se serrer littérairement, et de faire groupe ensemble, » soit en s'appuyant sur la Revite des deux mondes, soit en fondant une sorte de Revue suisse à Paris. Cette idée d'une revue suisse à Paris revenait ordinairement sur l'eau quand