NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTÉRAIRE CLVII
Sainte-Beuve croyait avoir à se plaindre de son terrible directeur, qui, sujet à des engouements, ne faisait plus du spirituel critique le plus gâté de ses enfants gâtés. « Que ne pouvons-nous refaire un centre ! s'écrie-t-il dans une lettre où il complimente Olivier sur ses Chansons lointaines,... Si je n'étais pas un gueux, ce serait déjà fait. Mais enfin voyez si vous et vos amis ne pourriez pas faire ici sous autre uniforme le pendant de la Revue suisse, et le jour où c'est fait, j'en suis, donnant de temps en temps un bout d'article, en attendant que je puisse y entrer tout à fait. Et alors nous irions de l'avant. » Il ne sortit rien de ce projet, qui n'eût été réalisable qu'à la condition qu'on eût trouvé tout d'abord des fonds à y consacrer.
Quant à la Revue des deux mondes, Olivier n'eût pas désiré mieux que d'y collaborer encore de temps en temps ; mais le courage lui manquait à la pensée de ce milieu de moins en moins sympathique. Et puis, — ceci était sa grande raison, — il fallait avant tout pourvoir à la nécessité première, c'est-à-dire gagner son pain et celui de sa famille.
C'était, en effet, dans l'espoir d'y gagner sa vie plus facilement qu'ailleurs qu'Olivier était venu se fixer à Paris. Il avait loué un appartement assez considérable pour recevoir chez lui quelques jeunes gens ; il ne voulait ni d'une simple pension alimentaire, ni d'une institution pédagogique; son idée était d'élargir le cercle de sa famille, et de traiter les nouveaux membres qui allaient l'augmenter selon leurs besoins, donnant aux cadets tous les soins que peut réclamer l'enfance, accordant aux aînés toute la liberté que comporte la jeunesse. Il avait entendu plus d'une fois, à Lausanne, à Genève et ailleurs, des parents, obligés d'envoyer leurs enfants étudier à Paris, se plaindre de ce qu'ils ne trouvaient pas de famille sûre à qui les confier; il espérait, en comblant cette la-