‹ Œuvres choisies; (volume 2)Chapitre 41 sur 75 · NOTICE B10GRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE CLXV · texte numérisé non relu

NOTICE B10GRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE CLXV

ciel et terre. Les Souvestre, plus heureux, grâce à la vogue dont jouissaient les écrits du père, n'étaient pas des amis moins sincères, moins bons à voir. Dans la société religieuse, Olivier avait des relations variées, mais discrètes et choisies ; les fonctions de diacre, dont il avait été chargé et qu'il remplissait avec un zèle dont il existe de nombreux témoignages, l'avaient mis en rapport avec toutes les sommités de l'église réformée. Il était fort apprécié, fort distingué d'Adolphe Monod. Quant au pasteur Louis Bridel, c'était un de ses plus anciens amis. Sa liaison, de plus en plus étroite, avec le peintre Gleyre, lui ouvrait des jours sur un autre milieu, celui des artistes. Chez Gleyre et par Gleyre, il voyait fréquemment Gustave Planche. Clément, le critique des Débats, était un ami du foyer, un des plus familiers et des plus précieux. Michelet appelait aussi Olivier son ami, voire son « illustre ami. » Marc-Monnier l'appelait « son père en marionnettes. » Champfleury, frappé de la franchise du sentiment rustique dans les vers d'Olivier, cherchait à se rapprocher de lui. « Après Burns et Hebel, lui écrivait-il, je n'ai trouvé que vous. » M. Fritz Berthoud, qui a si bien parlé d'Olivier dans quelques feuilletons de la Gazette de / Lausanne, apportait à la Place Royale les parfums des coteaux de Neuchâtel et des grandes sapinières jurassiques ; M. Porchat, encore un émigré vaudois, rappelait à son ancien collègue Lausanne et la patrie, bien plus que de mesquines rivalités ; Aimé Steinlen, précepteur dans la famille de Rougemont, le faisait ressouvenir du groupe de ses élèves ; Gustave Roux et quelquefois l'auteur de ces lignes lui représentaient le respectueux et traditionnel attachement que, dès ce temps-là, lui avait voué la jeunesse vaudoise, même celle qui n'avait pas eu le privilège de l'entendre; enfin, une colonie nombreuse, la colonie polonaise, Mickiévicz et Towiansky en tête, lui

CLXVI JUSTE OLIVIER

ouvrait sur les horizons slaves de lointaines et gigantesques perspectives. Voilà bien des noms déjà, et il en manque plus d'un, entre autres celui de M. L. Ruchet, l'ancien président du conseil d'état du canton de Vaud, qui avait cherché un asile à Paris, avec sa famille, en même temps que les Olivier. C'était le pays en abrégé que cette maison de la Place Royale, le pays avec ses amis du dehors. Gardons-nous d'oublier, comme fond de tableau, la Société suisse de bienfaisance et ses belles séances annuelles, oîi assistaient régulièrement les chefs de la légation, M. Barmann d'abord, puis M. Kern, ainsi que leurs principaux employés, et tous les Suisses connus établis à Paris. Olivier avait coutume d'y apporter son couplet. Il y venait respirer l'air natal, il y venait chanter la patrie :

Pays des monts et des libres pensées

Dans l'œil d'un frère il est doux de te voir.

Olivier n'était donc point seul dans cette grande ville ; il y avait son salon, comme à Lausanne, mieux qu'à Lausanne peut-être. C'était le dimanche que la porte s'en ouvrait à tous les habitués. Quiconque y a passé quelques soirées en a sûrement emporté de précieux souvenirs. On y faisait parfois de la musique ; on y a chanté, entre autres, plusieurs chansons d'Olivier sur des airs composés par M. Roux. Le plus souvent on se bornait à causer. Quand les jeunes gens s'étaient retirés, les amis se serraient autour de la grande cheminée. Les échos les plus divers arrivaient à ce coin de feu, et l'on s'y trouvait, somme toute, assez bien placé pour observer l'éternel spectacle de l'humaine comédie.

Il reste un monument de la vie intellectuelle où Olivier se trouva ainsi plongé, la Chronique de la Revue suisse.

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