CLXXIV JUSTE OLIVIER
à une sorte d'échafaudage, consistant en deux ou trois planches posées sur des barres de fer qui reHaient une cheminée à la charpente du toit. La vue était fort belle de là-haut, mais vertigineuse: on était au septième, et l'œil plongeait à pic dans la rue. On y avait installé deux caisses rempHes de terre, destinées à des plantations. Le vent se chargea de les ensemencer. Il y poussa des campanules, de petits gramens, de la folle avoine et aussi des capucines et des liserons, qui réussirent parfois à s'enrouler autour du balustre , une simple barre de fer. Il est souvent question de ce jardin aérien dans la correspondance d'Olivier avec sa mère. On en suit les événements. C'était dans cette haute mansarde, son observatoire, comme il l'appelait, qu'Olivier se donnait rendez-vous à lui-même. Le plus scfuvent on l'eût trouvé devant sa table à écrire, ou bien se promenant en long et en large, fumant force cigarette!* et faisant la chasse à la rime rebelle. Souvent aussi, dans les belles nuits, on l'eût surpris à son balcon. Nul doute qu'on eût pu l'y entendre fredonner les refrains de ses chansons populaires, de celle du chevalier du guet qui passe làbas si tard, au grand effroi des compagnons de la marjolaine, ou de celle de frère Jacques, qu'on éveille pour sonner matines :
La vie et son rêve
En trois mots s'achève.
Dig din don
Dig din don.
Le lieu était propice aux longues rêveries. Au-dessous de lui, cette place Royale construite sur l'emplacement de l'hôtel des Tournelles, où avaient résidé les rois de France, œuvre de Henri IV et de Louis XIII, rendezvous du grand monde, aujourd'hui déserte, mais toujours