CLXXXIV JUSTE OLIVIER
Olivier l' étudiait dans un type unique et bien authentique; à Paris, il le varie et le nuance en mille rêves charmants.
Ce Fabrice-Philémon et cette Marthe-Baucis devraient rendre indulgents les censeurs d'Olivier. Combien y a-t-il d'artistes auxquels les imaginations avides de beaux souvenirs en doivent un plus charmant? On n'oubHe pas un couple pareil. Flanqué de Jacques Balalarme,le « patifou, » — un portrait et l'un des meilleurs qu'ait tracés Olivier, — il plaide éloquemment la cause du romancier, non-seulement auprès des rigoristes de la morale, mais aussi bien auprès des rigoristes de l'art. L'artiste complet n'existe pas. Les uns, plus réalistes, commencent par l'observation; les autres, les idéalistes, débutent par le rêve; mais encore faut-il que le rêve féconde l'observation et que l'observation nourrisse le rêve. Ainsi, quel que soit le point de départ, l'essentiel est qu'on se rapproche de ce point central où s'unissent les contraires et où se réalise la perfection. Olivier s'en approchait.
Je ne m'étendrai pas davantage sur les romans d'Olivier; il suffit d'en avoir esquissé le caractère général. Mais ses nouvelles en vers, Héléna et Donald, demandent que nous nous y arrêtions quelques instants. Elles soulèvent une question théorique, indiquée par Sainte-Beuve dans une de ses Catcseries du lundi, celle du récit revêtant la forme du vers et de la strophe. C'est sur ce dernier point que porte la difficulté. Le récit en vers est chose commune. Il y en a des exemples dans toutes les littératures où l'élément épique a sa part. A défaut d'épopées indiscutables, la littérature française de tous les âges est riche en contes versifiés. Mais la nouvelle, mise en strophes? L'éminent critique paraît croire qu'il y a contradiction dans les termes, la nouvelle appartenant au genre narratif, tandis que la strophe est essentiellement lyrique*