‹ Œuvres choisies; (volume 2)Chapitre 50 sur 75 · CLXXXVIII JUSTE OLIVIER · texte numérisé non relu

CLXXXVIII JUSTE OLIVIER

ni fort, ni craint, ni même sûr de n'avoir pas été leurré par « cette vieille avare et chiche. »

Ainsi parla, lèvre plissée, , Le père, esprit triste et moqueur.

L'enfant l'écoute et jure d'être vainqueur, non pas vainqueur de la vieille, mais vainqueur avec elle et par elle ; il jure de la satisfaire si bien qu'à bout de prêche elle dise amen. Toute sa vie est dans cette résolution, où il entre quelque orgueil, en même temps que beaucoup de force, et l'intérêt du poëme gît dans les épreuves répétées que lui fait subir l'impérieuse mendiante. Hélas! c'est toujours à recommencer. Position, amour, ambition, il faut tout lui abandonner. Il y a un moment où, meurtri, vaincu,, le pauvre Donald n'a plus qu'une pensée :

m désir, Un désir.

Un désir, Finir.

Peu s'en faut que ce désir ne reçoive son accomplissement; mais tout est bien qui finit bien, et le fils, plus heureux que le père, rencontre enfin, en épousant Espérance la blonde, un bonheur innocent que ne lui dispute plus la vieille et terrible mégère. Toute cette histoire, divisée en chapitres, dont chacun est un poëme à part, ayant son rhythme, est d'un grand charme poétique et d'une haute et franche beauté morale.

Donald serait, à mes yeux du moins, la perle des œuvres d'Olivier datées de Paris, le meilleur des rêves de la chambre haute, si de là ne venaient aussi les Chansons du soir. M. Amiel l'a dit, et il a eu raison : Avant tout, Olivier est lyrique. Il y a des strophes charmantes

NOTICE BIOGRAPHiaUE ET LITTERAIRE CLXXXIX

dans Dofiald ; mais y en a-t-il qui dépassent, y en a-t-il qui vaillent celles qui ouvrent le nouveau recueil?

Le soir quand on est seul dans l'ombre qui s'amasse Et monte à la fenêtre où l'on aime à s'asseoir, Il nous revient des airs qu'on se chante à voix basse Le soir.

Le soir, quand on est vieux dans l'ombre qui s'avance Pour nous conduire au terme où l'on ne peut rien voir, Il nous revient des airs que chantait notre enfance Le soir.

Voilà le véritable Olivier, le voilà dans son fort, dans sa note. On pourrait bien encore signaler dans ces deux strophes, et dans les suivantes, tel vers qu'on voudrait plus facile de tour et plus limpide d'expression ; mais la critique s'arrête, désarmée, devant la profondeur et l'intimité du sentiment. Ces vers ont un charme pénétrant, qui tire les larmes des yeux. Combien de fois en a-t-on vu rouler sur les joues d'Olivier lui-même, quand on les lui chantait sur un air admirablement approprié aux paroles, composé par M. Roux M Ceci, c'est le lyrisme du souvenir, le lyrisme de la seconde moitié de la vie, bien

^ M. Roux a composé des airs pour un grand nombre de chansons d'Olivier. S'il était moins mon ami, je les louerais ici comme je crois qu'ils le méritent. Il ferait un grand plaisir, en les publiant, non-seulement à tous ceux qui ont connu Olivier, mais à quiconque aime la poésie et le chant» Il n'y a sur ce point qu'une voix parmi les personnes qui ont eu l'occasion d'entendre quelques-uns de ces airs. M. Roux, seul, se refuse à y croire. Aussi peut-on craindre qu'ils ne restent encore longtemps ensevelis dans son portefeuille, à moins qu'une douce violence n'obtienne de lui ce que les prières n'ont pas encore obtenu.

autrement touchant et divers que celui de la folle jeunesse. La muse de l'espérance ne connaît pas l'objet qu'elle chante, aussi n'en parle-elle que vaguement; tandis que celle du souvenir a la précision et la vérité de l'expérience, même quand elle idéalise. Elle sait ce qu'elle regrette. Il vient un âge où l'on se désintéresse des vagues désirs de la première ; les tristesses de la seconde intéressent jusqu'à la mort.

Il n'y a rien dans les Chansons du soir dont le commencement ne se trouve dans les recueils précédents; mais partout une note plus intime, plus pénétrante, qui donne à d'anciens motifs plus de force et plus d'accent. Les chants patriotiques, soit qu'ils doivent endormir les regrets de l'absence ou célébrer les joies du retour, sont plus tendres, plus émus que jamais. Il en est de même des chansons narquoises, auxquelles se mêle toujours une pensée de plus en plus sérieuse.

Les ombres évidemment se sont allongées, la poésie d'Olivier est bien une poésie du soir ; mais un rayon qui vient de l'aurore éternelle traverse et illumine ce mélancolique coucher de soleil. Et la nuit et le rayon s'unissent et se marient de telle façon qu'on ne peut dire, parfois, si c'est l'un ou si c'est l'autre!

O gaîté! joyeuse cime Du cœur qui va s'élevant, O don vulgaire ou sublime !

Vulgaire le plus souvent ; Oui, malgré tout, oui, je t'aime ; Malgré le sombre anathème Du sort contre nous ligué, Soyons gai !

Mais la principale richesse du recueil est dans les morceaux dont le thème a été pris de quelque ancienne ronde

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