NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE CXCIX
vertu de quoi aurait-il été fait pour lui une exception à la loi commune? Combien de fois ce langage a-t-il été entendu des amis d'Olivier! Nul doute que l'écho n'en ait retenti jusqu'à lui.
Peut-être, avec un peu d'adresse, en faisant agir habilement certaines influences, eût -il pu reconquérir à l'académie de Lausanne une partie de sa position perdue. Les temps étaient changés. L'interdit ne pesait plus sur les professeurs de l'ancien régime. L'un des plus distingués, Charles Secrétan, le philosophe, avait été réintégré dans sa chaire. Olivier n'y songea pas. Son nom cependant fut prononcé, et d'honorables ouvertures lui furent faites par un membre du gouvernement, un de ses anciens disciples, celui-là même qui avait gardé un souvenir si vivant de ses leçons sur Wallenstein. Mais, pendant les vingt-cinq ans qu'Olivier venait de passer à Paris, il n'avait pu reprendre que par moments, dans de rares occasions, ses anciens travaux historiques. Comment en renouer le fil, à l'âge où il était, après une si longue interruption ? C'eût été une vie à recommencer. Que lui proposait-on d'ailleurs? Que pouvait-on lui proposer? Un de ces cours extraordinaires auxquels on affecte une subvention qui atteint à peine à la moitié du traitement, déjà si modique, d'un professeur en titre. Il eût dû pour cela quitter son chalet et venir s'établir chèrement à Lausanne. C'eût été une ruine complète. Il n'y avait de salut pour lui qu'à la condition de dépenser deux fois moins et de gagner deux fois plus: en été, l'ermitage de Gryon; en hiver, des cours réussis.
Bien convaincu que là, et pas ailleurs, était sa seule planche de salut, Olivier voulut au moins donner à ces cours le cachet d'originalité sans lequel il n'y a pas d'œuvre d'art véritable. Il puisa la substance du premier en grande partie dans ses souvenirs ; il y mit la fleur et le
ce JUSTE OLIVIER
fruit de son expérience ; ce furent des conférences sur la littérature française contemporaine. Sainte-Beuve y occupa une grande place. Plusieurs leçons eurent un vif succès, et le nombre des auditeurs, partout considérable, lui fut, pour l'avenir, d'un grand encouragement. Cependant, dès la seconde année, et plus encore la suivante, il put constater une diminution notable. A quoi cela tenaitil ? Je n'ai jamais eu l'occasion d'entendre Olivier dans une de ces conférences, de sorte que je ne puis en juger par moi-même. On m'assure cependant, et je le crois sans peine, qu'Olivier y était moins à son aise qu'autrefois, lorsqu'il professait à l'académie, au milieu d'élèves qu'il connaissait tous individuellement. Tantôt il se sentait gêné et l'abandon lui manquait; tantôt il s'efforçait d'être familier et l'était trop ; il dépassait le but de peur de le manquer. D'ailleurs, fidèle à son système d'art original, il s'appliquait à ne parler que des choses qu'il savait le mieux, des questions littéraires qui l'avaient plus vivement intéressé et préoccupé. C'était l'artiste encore, c'était le poëte qui se livrait. Il parlait de tout ce qu'il aimait, même de la montagne. Un jour, il faisait une conférence en vers, où il s'amusait à moraliser sur le caractère et l'esprit féminin. Un autre jour, ô pudeur ! il s'oubliait jusqu'à chanter lui-même une de ses chansons. Ce n'était pas ce qu'on lui demandait; surtout, ce n'était pas ce que demandait le public dont la présence devait assurer le succès matériel, le public des pensionnats. Dans ce monde-là, on ne parut pas se douter de l'influence éducatrice que pouvait avoir la libre causerie d'un esprit aussi distingué. Ce qu'on voulait, c'était un enseignement positif sur un sujet déterminé, un cours de littérature régulier, comme les autres en font, afin que chaque année on pût faire la balance de ce qu'on avait appris et de ce que cela avait coûté. Le hasard me ren-