‹ Œuvres choisies; (volume 2)Chapitre 68 sur 75 · ÉPISODES HISTORIQUES, MONUMENTS · texte numérisé non relu

ÉPISODES HISTORIQUES, MONUMENTS

Le roi Conrad et la reine Berthe.

Avant le milieu du dixième siècle , les Sarrazins , ayant pénétré par toutes les gorges des Alpes, en Dauphiné, dans le Piémont, le Montferrat, les vallées de Suze, de Maurienne et de Tarantaise , étaient descendus dans le Valais et le Pays-de-Vaud. Saint-Maurice fut pour eux un de ces postes de rapines, qu'ils allaient élevant de défilés en défilés, quand ils n'y trouvaient pas déjà une forteresse à leur convenance. Lorsqu'ils eurent l'hospice du Saint-Bernard, ils commandèrent définitivement dans les Alpes, et des sources du Rhône gagnant aisément celles du Rhin, ils pillèrent l'abbaye de Dissentis. Tous les passages leur appartenaient. Ils se firent montagnards ! d'ailleurs plus d'un parmi eux, avant de quitter sa patrie, s'était comme essayé aux Alpes dans les vallées de l'Atlas.

Avec l'aplomb léger du chamois, ils se dirigeaient donc sur ces roches pendantes où nous n'allons chercher aujourd'hui que les émotions de la nature, là si puissante qu'elle étouffe de son seul poids tout souvenir des hommes. Les pèlerins, même en ces temps de détresse, ne pouvant se passer de Rome, essayaient de se glisser par les montagnes sans être aperçus des noirs démons qui en avaient fait leur demeure ; mais ils les voyaient soudain apparaître aux pas dangereux, en grand nombre et postés sur l'escarpement, bandant leurs arcs et roulant des pierres. Ceux qui ne succombaient pas, étaient enfermés dans des cavernes , jusqu'à ce qu'ils eussent fourni une rançon. Enfin , ce fut chose reçue que de traiter avec eux pour obtenir de passer. Rien n'était plus terrible que leur nom: la poésie chargeait d'imprécations le Grand-Saint-Bernard qui les avait reçus: « Quoi! lui disait-elle, tu fais périr de saints hommes inhabitués à tes sentiers, et tu conserves les méchants, ces Maures sanguinaires et rapaces. Ah ! puisses-tu, consumé par la foudre, n'être à jamais que débris et chaos. » Dans le Pays-de-Vaud, on se fortifiait. Quelques-unes de leurs bandes s'étaient avancées jusqu'au Léman, et du lac vers le Jura. Le Jorat offrait encore un refuge au mifieu de la plaine : la tour de Gourze y fut construite sur sa colline arrondie 011 l'on ne cesse de monter qu'arrivé au pied même de ce vieux fort ,. circonstance qui donnait jusqu'au dernier pas l'avantage à ses défenseurs. Berthe en compagnie d'un évêque et de quelques chevaliers, se retira dans la tour, alors solitaire, qui domine Neuchâtel. De nouveaux fugitifs allèrent grossir les populations du Pays-d'Enhaut. D'un autre côté.

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