‹ Œuvres choisies; (volume 2)Chapitre 72 sur 75 · LA RÉFORME · texte numérisé non relu

LA RÉFORME

persuadée que Rome avait altéré ou obscurci ces vérités dans l'Eglise, elle voulait réformer cette dernière et ne prétendait rien de plus. Elle ne voulait ni faire absolument une église nouvelle, estimant qu'il n'y en avait et qu'il n'y en aurait jamais qu'une, celle du corps de Christ ; ni laisser chacun agir à part et pour lui seul : c'eût été en effet le comble de l'absurde, puisqu'elle professait avec l'Evangile que 'les chrétiens sont liés entre eux par une même chaîne dont le premier et dernier anneau sont au ciel. Mais qu'arriva-t-il et qu'est-ce qui fit que la Réformation fut en partie manquée là même où elle put vaincre? Il arriva en grand, dans presque tous les états, ce que nous avons vu dans celui de Berne en petit; c'est que les gouvernements ou la masse du peuple se bornèrent à se séparer de Rome sans réformer en eux ce qui avait besoin de l'être. Il en résulta qu'au lieu de chercher à être l'église chrétienne, uniquement, ils furent des églises anti-romaines, voilà tout. D'ailleurs, sous l'effet d'un goût théologique alors très répandu, la foi tendait à devenir toujours plus une discussion et toujours moins une action. Ainsi faisant , quel espoir d'unité, l'unité n'existant que par la charité ? De tant d'efforts, il ne demeurerait donc qu'une œuvre d'égoïsme ; les souverains et les peuples, agissant en hommes inconvertis, choisirent surtout de la Réforme ce qui allait à leurs intérêts individuels, savoir l'insurrection, par où elle avait dû débuter: ils ne furent que protestants ; c'était risquer sur bien des points de n'être ni véritablement réformés, ni chrétiens. A qui la faute ? Au principe de la Réforme ? autant vaudrait condamner l'Evangile, toutes les fois qu'il est mal

compris ou que, restant sur les lèvres, il ne descend pas dans le cœur. Il y a des préjugés protestants : ils sont étroits ; mais il y a des préjugés romains et papistes : ils sont hautains. Pour qui rejette et les uns et les autres, le vrai réformé sera vrai catholique, parce qu'on le verra se placer au-dessus de toute unité matérielle et factice, ne vouloir pas plus de la secte d'une nation, d'un empire, ni même d'un monde social passager, que de la secte d'un individu, et bien loin de faire bande à part n'aspirer au contraire qu'à agir avec tous. Mais les princes de l'empire , mais Henri VIII , mais Zurich et Berne, mais Luther et les Réformateurs quand ils ont erré, la Réforme les abandonne à ses accusateurs, qui ne peuvent dire que ce qu'elle dit avant eux, c'est qu'elle a besoin d'être reprise et continuée.

La Cathédrale.

Par un singulier rapport de caractère avec nous, la cathédrale vaut mieux à l'intérieur qu'à l'extérieur ; surtout là où l'évêque Aymon de Montfaucon a placardé de son ambitieuse devise des innovations maladroites ou de mesquines adjonctions \ Dans ces derniers temps une détestable galerie de bois est venue tronquer le grand

^ Et encore ne s'y était-il résolu qu'avec beaucoup de peine, bien qu'il possédât un revenu de 5000 ducats d'or. Il avait promis de décorer la cathédrale d'ouvrages dans le goût modernei

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