‹ Œuvres choisies; (volume 2)Chapitre 73 sur 75 · LA CATHÉDRALE 30I · texte numérisé non relu

LA CATHÉDRALE 30I

arceau qui doit terminer la nef du côté opposé au chœur ; tandis que celui-ci, privé de son jubé, déshabillé sans mystère , reste effrontément dans cette nudité , qu'une grille de fer enchaîne mais ne dérobe pas. Malgré ces défauts, et ils sont plutôt nos fautes *,il est peu d'intérieurs de cathédrales qui puissent l'emporter sur celui-ci. C'est la richesse et l'harmonie, la variété gracieuse et sans confusion, la simplicité dans l'innombrable et l'infini. Oui! il y a dans cette œuvre de nos pères une sublimité cordiale dont la seule pensée, jetée dans ces lignes, m'a fait tressaillir. Les doubles galeries s'avancent le long de la nef avec un charme inexprimable, légèrement, mais

de son époque, ou dans le style de la Renaissance ; mais depuis quinze ans qu'il s'y était engagé, il n'en avait rien fait, et s'était borné à la démolition d'une porte et de quelques autres constructions en marbre. La pluie et les vents pénétraient dans l'église, éteignaient les luminaires , et y balayaient de sales débris. Nul souci n'en prenait l'évêque Aymon, qui ne songeait qu'à augmonter le nombre de ses châteaux et de ses terres. L'an 15 13, un bref de Léon X, lequel se trouve aussi avoir protégé les arts à Lausanne, força l'évêque à faire les réparations et constructions encore aujourd'hui jalousement signées des armoiries des Montfaucon , et de la devise : Si qna fata sinant. Voy. ce bref dans le Cous, suisse, XI, 28.

^ Nous aimons tous la cathédrale, elle ne trouve guère d'indifférents parmi nous, c'est une justice à nous rendre. Mais il est permis de croire, même en tenant compte de la difficulté et pourtant de la nécessité de réparer un tel édifice, que nous sommes coupables à cet égard de plusieurs restaurations mal entendues. Le jubé de marbre noir, œuvre plus riche que belle, cernait le chœur d'une bande trop lourde et trop sombre, c'est vrai ; mais sa disparition n'a fait que remplacer un défaut par un autre. Dans l'idée de ces grands édifices religieux, le chœur, sans être invi-

sans audace ambitieuse, sans brusquerie, sans effort ; tout aimablement : serrant, en bas, leur colonnade, mais sans la presser ni l'écraser; sous la voûte, gonflant et déployant leurs ogives comme des feuilles à qui il ne faut qu'un souffle pour se dérouler et s'entr'ouvrir ; jusqu'à ce que toujours plus épanouies/elles enlacent le chœur en voltigeant, et montent avec lui, sans se heurter, sans s'agiter, dans une ferveur douce et profonde. Toute l'architecture de cette partie de l'église est belle et grande. Le sanctuaire aspire l'air et l'esprit par ces deux vastes trèfles vides à quatre feuilles ; la lumière par cette rose qui volatilise les colonnes dans les vapeurs rouges et bleues de son arc-en-ciel. A l'extérieur, elle est dominée par une galerie dont les colonnettes basses, mais assez minces pour n'en pas moins être légères, ont reçu de la main des hommes une grâce achevée, et du souffle du temps, sur les tons gris-vert ou bleu de Id, pierre de Lausanne, des ombres foncées qui, sans les rendre dures, leur donnent

sible, devait pourtant être séparé de la nef, comme l'âme du i fidèle doit être séparée de la terre par ses désirs, mais y vivre i par la charité. Au lieu de le pénétrer d'un coup d'oeil, le regard | ne s'y avançait que peu à peu, et se cachant pour ainsi dire d'autel en autel, de colonne en colonne. Cela est si frappant que la plupart des cathédrales présentent, en remontant du porche au chœur , une légère déviation qui paraît, ce me semble , aussi dans la nôtre. Evidemment cherchée, cette disposition n'est pas seulement, comme on l'explique, destinée à présenter l'image de THomme-Dieu inclinant sa tête dans l'agonie, tandis qu'il étend ses bras sur ceux de la nef et ses pieds vers le portail, vers cet occident où ils se mettront en marche à leur sortie du tombeau ; c'est encore un efl'et d'art qui déroute les calculs du coup d'œil, et fait en quelque sorte rayonner les colonnes dans ce chœur

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