LA CATHÉDRALE
une douceur plus grave \ La broderie de la tour de l'est ( ontinue avec un jeu plus vif et plus dégagé les colonnades et les galeries du dedans. Mais la flèche moderne ([ui a remplacé la précédente, foudroyée il y a onze ans,
lointain , où le regard ne flotte qu'en tremblant d'amour et de crainte. Au reste, il ne faut peut-être plus envisager les cathédrales que comme des monuments, et non comme des temples, dont le catholicisme a perdu le sens autant que le protestantisme. On peut se consoler ainsi de leur voir enlever certains détails qui ne tiennent plus à rien, pourvu que Ton ne gâte pas le reste, et si cette lacune sert à mieux placer dans son jour l'édifice, considéré uniquement comme morceau d'art.
^ En général la couleur de l'édifice est très befle ; et, après le massif élégant qui forme le chœur, elle est peut-être ce que l'extérieur oflre de plus distingué. Quel dommage si on le badigeonnait, comme on a pu avoir des raisons de le faire dans l'intérieur! J'ai vu des artistes compter assez sur quelques vœux positifs exprimés de temps à autre à ce sujet, et sur le vague instinct de la commune sottise, pour prédire avec désespoir qu'un jour on en viendrait là. Eflacer d'un seul coup la peine de cinq ou six siècles, ce serait en efl'etbien joué.... Les rebords et petits toits de pierre des basses tourelles et des contre-forts s'étaient conservés, sous leur vieillesse foncée, aussi nets, aussi vifs qu'au premier jour : maintenant les conduits des gouttières les entaillent sans pitié; les mêmes lances de plomb empalent un petit ange bouffi et accroupi qui avait cru pourtant se bien cacher dans un recoin des murs. Le Grand Conseil vient de dépenser onze mille francs pour le badigeonnage de l'intérieur, et d'en voter seize cents pour les restaurations de l'extérieur. Nous sommes incapables de restaurer (voyez dans le clocher d'horribles imitations de chapitaux gothiques) ; c'est à peine si nous pouvons dignement soutenir. En quoi que ce soit donc, on ne devrait toucher à la cathédrale, comme aux autres monuments, mais à la cathédrale du moins, qu'après mûr examen d'hommes experts, et non sur la déclaration instantanée de quelque commission législative que l'on ne peut forcer d'avoir la science infuse.
est lourde, roide, et se dessine par angles sans flexuosités. Le portail sud, ou la porte des apôtres, est moins ancien que les parties les plus belles de l'édifice ; mais dans sa recherche il y a du charme et de l'originalité. Au lieu de ce mauvais bonnet de tuiles jeté par compassion à la tour du clocher, elle avait jadis * une aiguille dentelée qui, en s'effilant, étirait et allégeait le reste. On critique en effet le clocher, peu élevé depuis que les désastres qui poursuivirent cette église l'ont réduit à deux étages. Il est peu svelte et a quelque chose de joufflu. Mais il faut dire qu'il lui manque aussi l'entourage nécessaire, l'harmonie de forme et de couleur du Vieil-Evêché, remplacé presque entièrement par un bâtiment moderne, et la rue, toute en escaliers découverts, autrefois réservée aux cérémonies religieuses et aux pèlerins dont elle amenait les genoux devant le portail. Et puis, de certains endroits, de la place Saint-Laurent, par exemple, comme ce clocher se redresse fièrement î Ailleurs il aura un aspect de solidité et de force. Il n'a pas été fait pour une plaine, mais déjà pour la montagne, où il tient sa place à l'horizon. C'est un gros roc planté sur ses bords. Contemplez-le, quand passent les sombres nuages î assis à ses pieds et suivant de l'œil la mousseuse prairie qui grimpe sur ses flancs, il vous semblera grandir au milieu des violentes nuées qu'il déchire à leur passage, et qui le laissent inébranlé. Vous pourrez vous croire dans quelque vallée alpestre, surmontée d'un pic solitaire, autour duquel s'amassent les brouillards
^ Comme on peut le voir dans un recueil de gravures du XVIIe siècle, représentant les principales villes de la Suisse.