‹ Œuvres choisies; (volume 2)Chapitre 9 sur 75 · NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE LUI · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQ.UE ET LITTERAIRE LUI

plus il observe, et plus il se persuade que c'est dans les passions, disons le mot, dans le péché, que sont les grands obstacles à la foi. La sienne est humble, mais ferme. Il ne la cafche, ni ne l'affiche ; mais il se demande toujours, à part lui, quelle est celle des personnages qu'il rencontre, surtout des personnages célèbres. « Que croit-il ? » Telle est sa première question. Et le plus souvent il est obligé de répondre comme faisait Sainte-Beuve à propos de Lamartine, en levant les bras : « Il croit comme ça, comme ça... »

Peut-être Olivier aurait-il prolongé quelque temps encore son séjour à Paris ; mais la soudaine révolution de juillet y coupa court. Son journal permet de suivre les événements autant qu'un jeune homme, demeurant sur le quai, a pu les suivre de sa fenêtre ou en se promenant. On voit les fluctuations diverses de ces trois journées, et l'étonnement, le saisissement de la victoire. Elle lui semble miraculeuse. Des raisons humaines ne suffisent pas à l'expHquer. Il y faut le doigt de Dieu. Une seule pensée douloureuse trouble sa joie, celle des Suisses qui^ par honneur, défendent encore une fois la cause d'un roi impopulaire, et qu'on insulte, qu'on conspue, qu'on massacre. Son imprimeur, M. Everat, qui allait remettre des ouvriers à la Bataille de Grandson, lui donnait à ce sujet des détails navrants : « C'est toujours à. regret, disait-il, que des citoyens paisibles tirent le fusil. On en a tué plus de quatre-vingts, tout près de notre rue. Des hommes superbes, des colosses ! J'en ai vu un qui était blessé et qu'on a achevé. Il est tombé sur le nez. Il avait des mollets aussi gros que votre cuisse. Il me semblait qu'on n'aurait pas dû pouvoir se décider à tuer de si beaux hommes. »

A quelques jours de là, Olivier quittait Paris, non sans lui donner dans son journal une pensée de regret en même

LIV JUSTE OLIVIER

temps que d'adieu : « C'est une chose singulière que ce Paris. On dirait qu'il est sous la puissance de quelque démon qui d'abord vous repousse, et qui finit par vous enlacer de mille liens, qu'on a peine à rompre. »

Après quelque séjour dans le canton de Vaud, Olivier se rendit à Neuchâtel, où ses cours ne devaient pas tarder à commencer. Son journal nous l'y montre peu disposé à la gaieté : « Arrivé tout craintif à Neuchâtel, la première chose que j'y ai rencontrée, c'est un enterrement. » Il s'effrayait de tout : de la tâche qu'il allait entreprendre, de ses études incomplètes, de ses collègues, de ses élèves, et surtout de sa timidité, de son incapacité, dont le sentiment lui était d'autant plus cruel qu'il arrivait précédé d'une réputation naissante et qu'on attendait de lui davantage. Aussi se plonge et se replonge-t-il dans ses plus noires méditations : « Quelle triste journée! quelle triste vie! J'ai voulu commencer mort cours de littérature. Au bout de deux pages, je me suis trouvé arrêté. Peu de secours en moi-même, et point de livres. J'ai voulu me mettre à l'histoire. Hélas! j'ai éprouvé pour la vingtième fois que je ne suis qu'un ignorant. On ne veut pas le croire; mais il est pourtant vrai que je suis dans une position tout à fait semblable à celle de J.-J. Rousseau donnant un concert de musique à Lausanne. J'ai passé un moment affreux... Que faire? A cette question je ne trouvais d'autre réponse que la certitude de ma mort ; la mort seule me tirera d'affaire ; je ne la chercherai point; non, mon esprit ne se laisse pas

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