LE VIEUX BERGER
» En manteaux blancs ou drapés de nuages, Les monts ainsi, graves, silencieux.
Ont à leurs pieds vu s'écouler les âges Et les destins des mortels soucieux.
O de la cime, etc.
» Dans le passé qui va tissant ses voiles, D'autres ici vinrent un jour s'asseoir.
La gentiane azurait ses étoiles.
Et puis, comme elle, ils n'étaient plus le soir. O de la cime, etc.
» Et notre soir à nous sera de même ; De nous alors on ne saura plus rien; Mais du glacier l'éclatant diadème Ceindra toujours le pic aérien.
O de la cime, etc.
» D'autres viendront, en leurs beaux ans prospères, Ou sur leurs pas un vieux chantre égaré. Dire après nous, comme avant nous nos pères. Un chant des monts par les monts inspiré. O de la cime, etc.
» Mais ce qu'on voit, ce qu'on entend une heure Sur les monts même oîi tout semble éternel, N'est pas perdu ; ce qu'on aime et qu'on pleure Est seulement invisible et du ciel.
45 6 MONTAGNE
O de la cime Souffle léger, Viens et ranime La voix du vieux berger ! »
KOSXLÏDCK
O pauvre roselier^ comme disent les pâtres, Au lieu de cet affreux nom de rhododendron Dont tu fus baptisé par nos savants folâtres. Dans le prétendu grec sorti de leur chaudron ;
O pauvre roselier, sur les pentes moroses Que tu vas égayant au souffle du matin, Tes buissons, panachés de fleurs rouges ou roses, Te font de leur couronne un lugubre destin.
Les enfants, les bergers, les voyageurs avides, Les belles aux doux yeux t'ont bien vite fauché; Même on voit tes bouquets, laissant leurs places vides, En corbeille, en charrette apparaître au marché.
Ainsi traité, bientôt des pentes rocailleuses Rephant tes tapis, tu les enlèveras.
Pour les pendre aux balcons des hauteurs sourcilleuses. Où seul, inaccessible, en paix tu fleuriras.