‹ Œuvres choisies;Chapitre 173 sur 194 · LE BROUILLARD ET LES CIMES · texte numérisé non relu

LE BROUILLARD ET LES CIMES

De mainte chose belle ainsi la destinée

Fut toujours — loin d'y voir un trésor précieux. —

Ou d'être méconnue, ou d'être profanée

Par la foule au grand flot, trouble et capricieux.

Gryon, août 1871.

LE BKOUÏLLAK» KT LES CIMLS

(Inédit.)

Sous une belle matinée Cachant ses plans malicieux, Le brouillard se met en tournée Parmi les bois silencieux.

De ses produits, tels que l'aragne Si fins n'en file sur les prés.

Dans les .bas-fonds de la montagne Ses magasins sont encombrés.

Pour écouler sa marchandise Il veut donc voir si quelque roc, Enjolé par sa mignardise N'en prendrait pas un léger stock.

Il va toujours fumant sa pipe, Mais de façon, le vieux sournois, Que s'interrompe ou se dissipe Leur trace à tous deux dans les bois.

MONTAGNE

Qu'il en tire ou non des bouffées, Qu'elle ait ou non l'air expirant, Cette pipe, ouvrage des fées, D'elle-même va se bourrant.

Il prend à gauche, il prend à droite, Mais toujours un peu s'élevant ; Il glisse, il fait l'homme qui boite ; Puis il repart comme le vent.

Il gagne ainsi le premier faîte ; Là, près des cimes, il s'assied.

Les regarde, lève la tête.

Puis leur baise humblement le pied.

Les cimes sur leurs cols d'albâtre.

Déesses aux casques d'argent.

Acceptent de sa main folâtre Des cravates d'un gris changeant.

Mais le brouillard, ouvrant sa balle De colporteur au pas discret.

En sort, en déplie, en étale De même étoffe une forêt.

Il la déroule aune par aune, Qu'il mesure au bras du rocher.

Sous un obUque rayon jaune Où le soleil semble loucher.

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